Le copyright, cible de Porto Alegre


Au forum brésilien, une table ronde sur les logiciels libres pour assouplir, voire abolir, la propriété intellectuelle.

La prochaine révolution passera par le numérique. «La plus grande bataille du XXIe siècle sera celle contre la mainmise sur les technologies par les multinationales», déclare Lawrence Lessig, professeur de droit à l’université de Stanford (Californie), fondateur de Creative Commons, altermodèle du strict copyright (1). Samedi matin, dans l’espace Pensée autonome, un vieux dock en bordure du fleuve transformé en centre de conférence, plus de mille jeunes écoutent débattre les papes du logiciel libre. Parmi eux, Gilberto Gil, le ministre brésilien de la Culture.

«Il s’agit tout simplement de s’affranchir des barrières des droits de propriété intellectuelle et de reconquérir une forme de citoyenneté», résume Manuel Castells, sociologue espagnol, auteur de la Société en réseau (2). La lutte pour les logiciels libres, qui permettent de copier, diffuser, utiliser sans autorisation, bat son plein. D’un côté, l’industrie de la culture (mais pas seulement, également celles de l’agriculture, de la santé…), qui «veut tenir en laisse» la «diffusion des savoirs». De l’autre, les tenants d’un bien public mondial «digital», qui voient dans le copyright une entrave au développement culturel, social ou sanitaire. Ou éducatif : «Les logiciels libres facilitent au contraire la transmission des savoirs dans des communautés pauvres et reculées», estime ainsi Gilberto Gil, défenseur d’«une alliance en marche» entre concepteurs de logiciels libres et militants antipauvreté.

Faut-il, pour autant, abolir la propriété intellectuelle ? Pour Lessig, les brevets doivent exister, mais être «light». Il faut, dit-il, commencer par les «désacraliser», au nom d’un «nécessaire rééquilibrage». Il rappelle : «En verrouillant les droits de propriété intellectuelle, le gouvernement verrouille aussi les flux de connaissance. Il continue à entraver la lutte contre le sida via les génériques en multipliant les accords bilatéraux avec la Chine ou le Maroc, des textes plus contraignants que ceux existant à l’Organisation mondiale du commerce.»

«Contrôle des vies». Pour les plus radicaux, il faudrait aller plus loin. Les brevets devraient au contraire être «abolis», car ils «contrôlent les vies», martèle John Perry Barlow : «Ils sont totalitaires et laissent potentiellement le droit à des entreprises de posséder l’air et l’eau, la santé, malgré des profits obscènes.» Barlow, parolier des Grateful Dead, groupe hippie popularisé en balançant des cassettes dans le public, s’est reconverti en prenant la défense des «pirates» utilisant les sites d’échanges musicaux gratuits, avec son Electronic Frontier Foundation. Pour autant, les deux icônes de la défense des «usages collectifs» contre l’industrie du disque parviennent à se retrouver, notamment sur le dos des États-Unis. «Pendant un siècle, les États-Unis se sont assis sur les brevets pour se développer, avant d’en faire leur credo, une fois devenus première puissance mondiale», analyse Lessig.

L’industrie culturelle accuse les pirates de piller ses coffres. «Mais qui en profite, s’interroge John Perry Barlow, les créateurs ou l’industrie du disque ? Qu’est-ce qui conduit à l’uniformisation de la musique, les échanges peer-to-peer ou la stratégie d’éviction des groupes prétendument non rentables ?» Et puis, il y a le téléchargement payant, imparfait, limité. «Quand vous allez sur iTunes Music Store aux États-Unis, vous avez seulement trente vieux morceaux de Gilberto Gil !» dit Lessig. Pour le ministre de la Culture brésilien, justement, face à des géants comme Microsoft qui aliènent toute liberté de choix, «il faut revenir, via les logiciels libres, à l’Internet, espace de créativité et d’innovation, d’échange et de gratuité».

Le Brésil se veut en pointe dans le combat. Lula compte ainsi remplacer le système d’exploitation Windows de Microsoft par Linux dans 300 000 ordinateurs fédéraux et 200 000 écoles publiques. Coût de l’investissement : près de 6 milliards de dollars sur cinq ans.

Brèche. D’où les craintes de Microsoft et des grandes firmes de logiciels traditionnels. «Actuellement, le gouvernement paie chaque année 1,2 milliard de dollars en licences de logiciels, plus qu’il ne dépense pour son projet Faim zéro», assure John Perry Barlow. «Microsoft dénonce les projets brésiliens en disant que les logiciels libres vont coûter plus cher, mais c’est faux, dit Lawrence Lessig. Et même si c’était vrai, la liberté d’être un acteur des nouvelles technologies n’a pas de prix.» Les nouvelles technologies démocratisées ouvrent-elles une brèche à cette marchandisation du monde ? Barlow en est persuadé : «L’économie de l’avenir ne sera pas fondée sur la possession mais sur la relation. Sur le partage et la solidarité.» Mais ce n’est pas encore gagné. Gilberto Gil le sait bien : «Il faudra plusieurs révolutions pour gagner cette bataille.»

(1) Altermodèle permettant à tout auteur de diffuser ses œuvres en ligne, à charge pour l’internaute de respecter certaines conditions… Selon Lessig, plus de 5 millions d’auteurs y ont concédé tout ou partie de leurs droits.

(2) Ed. Fayard.

Auteur : Christian LOSSON

Source : www.liberation.fr

La protection des productions culturelles à nouveau en débat


Des experts du monde entier discuteront à partir de lundi à l’Unesco, à Paris, d’un projet de traité pour protéger la diversité culturelle, un enjeu important pour de nombreux pays qui veulent défendre leur production culturelle face aux États-Unis qui dominent le marché.

Des invitations ont été lancées aux 190 États membres de l’Unesco (Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture), pour cette deuxième session de la réunion intergouvernementale d’experts qui planchera jusqu’au 12 février sur l’avant projet du texte, a précisé l’Unesco dans un communiqué.

L’objectif de ce traité est de garantir un cadre juridique au droit des États de soutenir la création et la circulation des œuvres aux plan national et international, afin d’éviter que la mondialisation ne menace la diversité et n’appauvrisse les expressions culturelles.

Cette démarche s’inscrit dans le cadre des négociations commerciales multilatérales, notamment à l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

>Le débat, qui dure depuis des années, « concerne principalement les biens culturels de grande consommation, le disque, le cinéma, les programmes audiovisuels, le livre », rappelle Monique Dagnaud, spécialiste de la régulation des médias.

« Les marchés de ces produits sont inégalitaires : les États-Unis exportent énormément et l’Europe veut défendre ses productions », ajoute-t-elle à l’AFP.

Le traité, qui doit être adopté lors de la prochaine conférence générale de l’Unesco en octobre, a pour intitulé exact « Convention sur la protection de la diversité des contenus culturels et des expressions artistiques ».

Lors de la réunion qui démarre lundi, qui est en principe la dernière avant la conférence générale, « les experts gouvernementaux vont examiner le texte issu des travaux du comité de rédaction réuni en décembre 2004, qui a intégré à la première version de l’avant-projet de Convention les commentaires écrits reçus des États membres », a précisé l’Unesco.

Ils examineront « les commentaires d’organisations intergouvernementales, notamment la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) et l’Organisation mondiale du commerce (OMC), et d’organisations non gouvernementales. »

Un traité international « renforcera les pays qui sont favorables à la défense de l’exception, et servira aussi la cause des pays en voie de développement qui cherchent à développer leur propre industrie », explique Mme Dagnaud.

Des représentants de professionnels de 21 pays, dont la France, l’Allemagne, la Belgique, le Canada, des pays africains et d’Amérique latine, se sont réunis la semaine dernière pour défendre l’adoption d’un traité qui permettra réellement aux États « de prendre des mesures pour protéger et promouvoir la diversité de leurs exceptions culturelles ».

Le traité « ne doit pas être subordonné à d’autres accords internationaux », et « doit avoir le même poids que les autres accords, y compris les accords commerciaux », affirment-ils dans une allusion à l’OMC.

L’évolution des débats dépendra pour une large part de l’attitude des États-Unis. « Tout le monde admet d’une manière générale le principe de la protection culturelle, y compris les Américains », note Mme Dagnaud. Mais, ajoute-t-elle, ils se montrent « précautionneux ».

Source : AFP

Jacques Chirac demande aux patrons européens de relancer les «grands programmes d’innovation industrielle»


>Le président Jacques Chirac, qui a reçu vendredi à l’Élysée des chefs d’entreprise européens, a souligné devant eux la nécessité de relancer les «grands programmes d’innovation industrielle».

«J’appelle l’attention des responsables économiques européens sur la nécessaire relance des grands programmes d’innovation industrielle», a déclaré à cette occasion le chef de l’État, dont les propos étaient rapportés par son service de presse.

Au début du mois, lors de la présentation des vœux des «forces vives» -syndicats, chefs d’entreprises et monde associatif-, Jacques Chirac avait souhaité développer une politique industrielle ambitieuse, comparable aux grands programmes d’investissement des années 1970 qui avaient donné naissance à Airbus ou Ariane. Il avait alors annoncé la création «très rapidement» d’une «agence de l’innovation industrielle» dotée d’ici 2007 «d’au moins deux milliards d’euros».

Vendredi, en recevant ce groupe de grands patrons européens membres de l’ERT (European Round Table), le président français a estimé que cette agence française pour l’innovation devait être «le catalyseur d’une démarche européenne».

Parmi les chefs d’entreprise reçus durant environ deux heures figuraient les PDG de Saint-Gobain, de Hoffmann-La Roche, de Volvo, de Nokia, de STMicroelectronics, de MOL, ainsi que les patrons de Solvay, de Thyssen Krupp et d’Air Liquide. L’objectif de cette rencontre était d’avoir un échange avant le prochain conseil européen.

Créé en 1983, l’ERT est un forum d’industriels européens qui vise à promouvoir la compétitivité et la croissance de l’économie européenne. Certains de ses membres avaient déjà été reçus par Jacques Chirac en novembre 2002.

Source : AFP

Pas besoin d’avoir inventé la poudre pour réussir


Pourquoi certaines personnes ont-elles de meilleures idées que les autres ? Parce qu’elles ont les pieds sur terre, elles observent attentivement puis se laissent inspirer. Les idées ne tombent pas du ciel, mais elles sont le fruit d’une bonne observation et d’une analyse approfondie.

Beaucoup de personnes désirent se mettre à leur compte, mais elles manquent d’idée. Toutefois, ce n’est pas les idées qui manquent, on peut en trouver presque partout, dans les journaux, les revues, les salons spécialisés ou les sites Internet. Il suffit d’y jeter un coup d’œil pour connaître les tendances et les évolutions futures. Bien entendu, son propre environnement professionnel regorge d’inspiration. Des entretiens avec les clients, les fournisseurs ou des experts permettent de connaître précisément les besoins du marché et ses lacunes.

Pour avoir du succès en tant qu’indépendant, il n’est pas forcément indispensable d’avoir une idée de génie ou de faire preuve de grande créativité. Ainsi, il est possible de bien gagner sa vie en améliorant les modèles d’affaires déjà existants ou en proposant des produits taillés sur mesure. Toutefois, pour pouvoir réussir, il faut absolument se démarquer de ses concurrents, que ce soit au niveau du prix, de la qualité, des services, etc.

Après avoir développé une idée ou un concept d’affaires, il convient de le soumettre à une analyse approfondie. Pour commencer, il faut examiner précisément ses capacités individuelles et l’utilité des produits ou services planifiés. La situation du marché doit également faire l’objet d’une étude minutieuse, tout comme le financement et l’acquisition du capital.

Protéger ses idées

Si une personne entend séduire le marché avec un projet, elle doit impérativement protéger ses idées, car des personnes peu scrupuleuses n’hésitent pas à reproduire les idées des autres. Par exemple, il est possible de faire breveter une invention, une marque ou un design. Seules les inventions techniques peuvent être protégées, contrairement aux services, concepts, méthodes, programmes… Si une personne doute de l’exclusivité de son invention, elle peut se renseigner sur le web. Sur www.espacenet.ch

Par exemple, il est possible de consulter gratuitement quelque 70 millions documents de brevets. Il existe aussi des banques de données professionnelles , comme l’Institut fédéral de la Propriété intellectuelle (www.ige.ch).

Les inventeurs peuvent y déposer leurs demandes de brevets au moyen de formulaires officiels. Faire appel à un avocat spécialisé est vivement conseillé, car des problèmes, voire des pièges, peuvent survenir à tout moment. De plus, il faut savoir que les brevets ne sont pas gratuits. En plus des frais d’enregistrement et d’examen, il faut s’acquitter de taxes annuelles dès la 5ème année. Les brevets internationaux sont encore plus chers.

Auteur : Martin Stutz

Source : fr.bluewin.ch/

Les chercheurs préparent la riposte


Mécontents du texte concocté par le ministère, ils pourraient relancer leur mobilisation.

Le procédé a fait ses preuves : on organise « la fuite » d’un projet de loi avant qu’il ne passe devant le Parlement et on observe la réaction des principaux intéressés. Un test grandeur nature avant validation. Depuis dix jours, les syndicats de chercheurs et le collectif Sauvons la recherche sont en possession d’une ébauche très avancée du projet de loi d’orientation et de programmation de la recherche et de l’innovation (LOPRI), concocté par leur ministère de tutelle. Et c’est peu de dire qu’ils en sont mécontents. « Cela va au-delà de nos espérances. Mais dans le sens négatif ! » lance Jacques Fossey, secrétaire général du Syndicat national des chercheurs scientifiques (SNCS-FSU). Le retour de bâton est pour le moins sévère, un an tout juste après l’impressionnante mobilisation du monde de la recherche.

La LOPRI acte en effet de sérieux changements dans la structure du système de recherche français. Principales critiques à son encontre : ce projet de loi assoit le pilotage de la recherche par le gouvernement et sa soumission à des impératifs industriels. Il est aussi reproché au ministre Fillon d’user de procédés pernicieux en se réappropriant des termes formulés lors des États généraux de la recherche de Grenoble, fin octobre 2004. Ainsi, le Haut Conseil de la science est-il devenu le Haut Conseil de la science et de l’innovation… dont les membres sont tous nommés par le gouvernement.

Autre exemple : les pôles régionaux de recherche et d’enseignements supérieurs (PRES) deviennent des « machines de guerre », selon Maurice Hérin, secrétaire national du SNESUP. Il n’est plus question ici de coordonner organismes publics et universités, mais de façonner des « centres d’élite qui recevront l’argent selon des axes prioritaires définis par le gouvernement », détaille Jacques Fossey. D’un côté, les « petites » universités délivreront des licences (bac + 3), de l’autre, les PRES formeront la crème des chercheurs.

De la CGT au SNCS-FSU, en passant par la CFDT et SLR, tous craignent la disparition des organismes publics de recherche, largement moins dotés, d’ici cinq ans, que l’Agence nationale de la recherche (ANR) lancée à l’automne dernier. Une agence qui, là encore, délivrera des fonds sur la base de priorités fixées au sommet de l’État. Une autre façon pour le gouvernement d’asseoir son contrôle. « On passe d’une logique de financement de structure à une logique de financement par projets », résument les syndicalistes. De plus, les contrats à durée déterminée, contre lesquels le monde de la recherche s’est battu l’an dernier, reviennent en filigrane dans ce projet de loi.

Le document promet toutefois de ne pas diminuer les fonds alloués à la recherche, mais compte sur le secteur privé pour atteindre 2,5 % du PIB. Au passage, l’objectif des 3 % est donc mis de côté. « La conjonction de nombreux éléments pourrait relancer le mouvement. On pourrait être surpris par un important regain de mobilisation très prochainement », suggère Jean Kister, de la CGT. Le collectif Sauvons la recherche, lui, se réunissait hier pour décider des formes que pourrait prendre cette mobilisation. L’hiver promet d’être chaud dans les labos.

Auteur : Vincent Defait

Source : www.humanite.presse.fr

Dénichez les aides


Au fil des années, les aides à la création d’entreprise se sont multipliées. Au risque de perdre l’entrepreneur en herbe dans une nébuleuse d’organismes publics ou privés. Point positif : pratiquement tous les créateurs d’entreprise peuvent trouver un appui qui leur convienne. Qu’il s’agisse d’une aide financière, de conseils, d’allégements fiscaux…

Schématiquement, à chaque type d’entrepreneur et d’entreprise correspondent des familles d’aides. Ainsi, si vous décidez de vous lancer dans une activité industrielle ou commerciale, adressez-vous plutôt à la chambre de commerce et d’industrie (CCI) dont vous dépendez géographiquement. A l’inverse, pour une activité artisanale, prenez conseil auprès de votre chambre des métiers.

Les entreprises innovantes peuvent, elles, bénéficier du soutien de l’Agence française pour l’innovation (Anvar). Elle peut notamment accorder des avances à taux zéro, remboursables en cas de succès de l’entreprise. Elle n’attribue pas que des aides financières, mais aussi un soutien à la recherche de partenaires, des conseils à la gestion…

Les demandeurs d’emploi qui se lancent dans la création d’entreprise peuvent, pour leur part, trouver une aide auprès de l’ANPE, ou bénéficier de l’ACCRE, aide aux chômeurs créateurs ou repreneurs d’une entreprise, dans le cas d’une reprise.

Néanmoins, la plupart des aides sont locales, qu’il s’agisse de celles dispensées par l’État ou provenant de réseau d’entrepreneurs, comme le Réseau entreprendre, qui regroupe des chefs d’entreprise bénévoles. Les Boutiques de gestion, réseau indépendant de soutien à la création d’entreprise, sont quant à elles présentes dans toutes les régions. Des prêts d’honneur peuvent être accordés aux créateurs d’entreprise par les Plateformes d’initiative locale.

Le choix de l’implantation géographique de l’entreprise peut aussi être stratégique pour le créateur d’entreprise puisqu’il donne parfois lieu à des aides spécifiques en fonction de la localisation choisie. Par exemple, des exonérations de taxe professionnelle et d’impôts fonciers peuvent être accordées aux entreprises qui s’implantent dans certaines zones.

Aux aides directes, peuvent encore s’ajouter des aides indirectes. Par exemple, des locaux peuvent être mis à disposition des entreprises. Les «incubateurs» d’entreprises et des «pépinières» peuvent héberger les «jeunes pousses» en attendant que le chef d’entreprise ait les moyens de financer lui-même ses locaux. Ces structures dispensent aussi des conseils aux créateurs.

L’entrepreneur en herbe ne doit négliger aucune source d’information pour trouver des aides, à commencer par le site Internet du ministère du Commerce et de l’Artisanat (www.pme-commerce-artisanat.gouv). L’Agence pour la création d’entreprise (APCE) est une précieuse adresse (www.apce.com) et offre des synthèses des aides disponibles. Autre organisme à consulter, la BDPME (bande de développement des PME) qui distribue notamment le prêt à la création d’entreprise (PCE). Depuis la semaine dernière, cette dernière et l’Anvar sont d’ailleurs regroupées sous l’autorité d’un nouvel organisme baptisé Oséo (www.oseo.fr).

Auteur : M. D.

Source : www.lefigaro.fr

La France, son industrie, ses champions : critiques du rapport Beffa


Cela ne se fait pas de bouder son plaisir. Pour un industrialiste, les conclusions du rapport de Jean-Louis Beffa sur la « nouvelle politique industrielle française » vont dans le sens de la nécessité. Pour qui continue de penser qu’un pays comme la France ne peut pas se spécialiser dans les seuls services et qu’il doit, en conséquence, se battre pour sauvegarder une industrie dynamique, il faut se rallier à la politique beffaienne.

Si ce rapport contribue à ce que l’État et les grands groupes augmentent réellement les dépenses de recherche-développement du pays, ne nous en plaignons pas. Reste simplement à espérer que cette nouvelle Agence pour l’innovation industrielle, que le PDG de Saint-Gobain va mettre en place, soit habilement gérée et que les 2 milliards d’euros promis par Jacques Chirac ne seront pas gâchés.

Pourtant, le débat ne peut s’arrêter là. L’enjeu du rapport et le moment de sa publication sont trop considérables pour ne pas dire toutes ses réticences.

Le point de départ fait consensus. Toute une série de livres et de rapports viennent de tirer la même sonnette d’alarme que Jean-Louis Beffa : la France est à un tournant. L’A380 ne doit pas faire illusion, son industrie date. Ses efforts de recherche sont insuffisants et ils n’aboutissent pas. Sa croissance est structurellement devenue faible. Sa compétitivité a été sauvegardée ces dernières années, mais le proche avenir est menacé par les États-Unis d’un côté et par la Chine de l’autre. Que lui restera-t-il ?

GÉNIE NATIONAL

Jean-Louis Beffa apporte une réponse : relancer des « grands programmes », comme dans les années 1960 et 1970. Cofinancés par l’État et des grands groupes « pilotes », entraînant un réseau de PMI, ils vont permettre de construire des pôles de compétences dans les industries du futur.

La proposition est surprenante par son côté vieille recette. Que peut encore l’État en matière industrielle à l’heure de la mondialisation ? N’est-ce pas se tromper d’époque ?

Non, répond l’économiste Robert Boyer, membre essentiel de la commission Beffa. Il affirme depuis des années qu’il n’y a pas de modèle unique de capitalisme et que chaque pays doit trouver sa voie propre, en fonction de son génie national. Plutôt que de regarder vers les États-Unis, la France ferait bien de s’inspirer du Japon. Le rebond économique nippon s’explique par le réarmement technologique des grandes firmes industrielles, explique Robert Boyer. « Elles ont intégré qu’il leur fallait innover ou périr, elles ont appris à se coordonner entre elles lors de réunions dites « des conférences des présidents » et elles savent faire appel à l’État pour financer les recherches très avancées. » Ce nouveau modèle japonais correspond, poursuit Boyer, au génie français. Depuis Colbert, la France a su marier l’État, ses grands corps et les « champions ». Arrêtons de croire naïvement aux seules vertus du marché, recommençons ce que nous savions faire et que nous n’aurions pas dû abandonner.

Ces arguments ont du poids. Il est vrai que le rêve d’importer le modèle américain d’innovation par les PMI (les inventeurs dans leur garage) s’est soldé par un échec : les PMI françaises ne parviennent pas à devenir grandes pour des raisons multiples donc difficiles à corriger. Il est vrai aussi que l’État français n’aide que peu ses champions, hors le secteur de la défense.

Pourtant, au bout du compte, il nous reste trois fortes réticences.

1 – Le renouveau des groupes industriels nippons semble plus provenir de l’adoption des dures méthodes américaines de gestion – regardez le redressement de Nissan ! – que du secours de l’argent du gouvernement.

2 – Dans les « grands programmes » des années 1970, l’État n’était pas que financier, il était client. Les projets TGV, nucléaire ou téléphone s’appuyaient sur « un grand plan d’équipement territorial » comme le rappelle Elie Cohen, économiste qui est, lui, critique du rapport Beffa. Aujourd’hui, ce chaînon manque. Dès lors, explique le rapport « l’État n’est plus le Maître Jacques mais le catalyseur » : son aide permettra au groupe industriel de travailler sur des projets de long terme que, seul, il devrait abandonner parce que trop risqués. Soit. Mais ce rôle soulève mille questions : comment décider des domaines à aider ? En quoi l’État est-il bon juge ? En outre, si le projet de long terme s’avère un choix judicieux, le groupe n’aurait-il pas dû y investir de lui-même de toute façon ?

3 – Venons en au fond. La nouvelle « politique industrielle » se veut une rupture avec la caractéristique principale du capitalisme moderne du divorce entre le capital et les territoires, entre les multinationales et les États-nations. Le capital est libre d’aller et venir, la nation collée au sol, par définition.

INGÉNIEURS PAS CHERS

Dans la grande bagarre de la mondialisation, la France était parvenue à maintenir en vie un bon nombre de « champions ». La liste du CAC 40 est flatteuse, on y trouve beaucoup de groupes en solide position de numéro 1 ou numéro 2 mondiaux. Mais qu’en sera-t-il demain ? L’intérêt objectif d’un L’Oréal est la Chine plus que la France. La Chine où se trouve 1,3 milliard de clients et des ingénieurs pas chers. Rien n’assure que nos « champions » ne délocaliseront pas intégralement leurs labos et leurs usines aux États-Unis et en Chine dans vingt ans, ne gardant de la France que le nom et son image de luxe.

« L’objectif est de les retenir », dit Robert Boyer. Bien. Mais on peut se demander si l’intérêt de la France n’est pas plutôt d’attirer sur son sol des capitaux neufs, qu’importe leur nationalité, plutôt que de retenir des « Français » qui n’ont plus de Français que le nom. Le retard de la France dans la recherche n’est pas dû à l’État qui paie sa part mais à l’insuffisance des efforts privés. Asahi le fabricant nippon de verre consacre 4,2 % de son chiffre d’affaires à la recherche, Saint-Gobain 1 %.

Il faut subventionner nos champions. D’accord. Mais que font-ils pour la France ? Que lui offrent-ils en retour ? Les entendez-vous sur ses grands débats ? Les voyez-vous soutenir l’Europe ? Donnant-donnant, M. Beffa.

Auteur : Eric Le Boucher

Source : www.lemonde.fr