Les députés russes se préoccupent de la protection de la propriété intellectuelle


Le Conseil d’expert pour la régulation juridique et la protection de la propriété intellectuelle près le Comité pour la Politique économique, la Libre entreprise et le Tourisme à la Douma d’État (Chambre basse du Parlement russe) va présenté en mois de mai prochain un plan détaillé de travail législatif sur la protection de la propriété intellectuelle. C’est ce qu’a notamment déclaré, ce mardi, devant les journalistes le vice-président de ce Comité parlementaire – Alexeï Likhatchev.

« Juste après les fêtes de mai, nous allons présenter un plan détaillé de travail législatif sur la protection de la propriété intellectuelle », a-t-il dit.

Et d’ajouter que le problème sans doute le plus grave en matière de propriété intellectuelle, c’est l’absence totale de sa compréhension en tant que catégorie économique. « Nous ne considérons pas encore la propriété intellectuelle comme une catégorie économique », a déploré le vice-président du Comité pour la Politique économique, la Libre entreprise et le Tourisme à la Chambre basse du Parlement russe.

Qui plus est, a continué Alexeï Likhatchev, il n’y a toujours pas, non plus, de compréhension mutuelle complète entre les trois parties intéressées dans cette sphère précise, et notamment entre le gouvernement de la Fédération de Russie, la Douma d’État et les milieux d’affaires du pays.

Selon le parlementaire, la répression de la contrefaçon est une tâche à accomplir dans les meilleurs délais. « La lutte contre la contrefaçon est un impératif de nos jours. Quoi qu’il en soit, la force à elle seule ne nous permettra certes pas d’en venir à bout », est persuadé le député.

La création d’une base législative pour protéger, comme il se doit, la propriété intellectuelle est, selon le vice-président du Comité pour la Politique économique, la Libre entreprise et le Tourisme à la Douma, la deuxième grande tâche stratégique.

« Il est tout à fait indispensable d’élaborer toute une législation consacrée à la promotion de la propriété intellectuelle, pour son exploitation pour le bien et dans l’intérêt de l’économie dans le pays », a relevé Alexeï Likhatchev. Et de conclure : « Le développement et l’utilisation intelligente de la propriété intellectuelle constituent en fait une condition sine qua non de la mobilisation des investissements dans l’économie russe ».

Source : fr.rian.ru

Les Sept d’or des ingénieurs


Tout un labo sur une puce, une lentille liquide, des miroirs zéro défaut : voici quelques-unes des sept réalisations couronnées par le prix des ingénieurs de l’année.

Rencontre avec Daniel Ameline, délégué général du Conseil national des ingénieurs et scientifiques français.

Pourquoi avoir organisé un prix pour couronner une réalisation technique ? Un brevet ou un contrat commercial ne suffisent-ils pas ?

Daniel Ameline : Non. Même si un brevet enrichit matériellement l’inventeur, il n’apporte aucune reconnaissance sociale. Parfois, alors qu’une invention est utilisée quotidiennement, l’homme qui en est à l’origine est resté totalement anonyme. Sans compter que certaines œuvres recèlent des trésors d’inventivité et d’ingéniosité qu’il faut porter à la connaissance du public « une fois qu’elles sont protégées par des brevets, cela va de soi. Aujourd’hui, l’auteur d’une théorie scientifique est très justement reconnu, celui d’une innovation technique l’est beaucoup moins. Cette non-reconnaissance dévalorise le métier d’ingénieur aux yeux du grand public » qui souvent n’entend parler de technique que lorsque surviennent catastrophes, pollutions et autres scandales industriels.

Qui est considéré comme ingénieur aujourd’hui en France ?

D.A. : Au sens strict, ceux qui sont diplômés des écoles d’ingénieurs, dont un petit nombre seulement est affilié à des universités. C’est la particularité française qui nous distingue des autres pays européens, où les ingénieurs peuvent effectuer leurs études entièrement à l’université. La formation française est reconnue pour privilégier l’innovation, peut-être au détriment d’un certain sens pragmatique. Mais le métier d’ingénieur est aujourd’hui exercé par bien plus de personnes, parce qu’il comporte de multiples facettes. Pour commencer, on peut enseigner, au sein de structures très variées : certains de nos collègues sont intégrés à des équipes de recherche du CNRS, d’autres ont été autodidactes, ont eu une idée féconde puis ont créé leur société  » à deux ou trois  » pour diffuser le produit. Beaucoup travaillent dans des PME, et la moitié dans les très grands groupes industriels.

Certaines réalisations marquent un début de carrière, d’autres ne seront jamais produites en série, mais feront office de chaînon manquant dans un grand instrument scientifique. Il y a des innovations qui voient le jour dans des laboratoires publics et qui n’ont pas encore fait l’objet d’un développement industriel.

C’est au vu de cette diversité que le Conseil national des ingénieurs et des scientifiques de France, avec les revues L’usine nouvelle et Industries et technologies, a mis en place le prix des ingénieurs de l’année, dont la première édition, le 15 décembre dernier, a rassemblé un millier de personnes au pavillon d’Armenonville.

Sur quels critères avez-vous sélectionné les lauréats ?

D.A. : Ce fut assez difficile. Il a fallu instituer plusieurs catégories. D’abord, grâce à nos membres, toutes les associations d’ingénieurs, et à nos partenaires, Industries et technologies et L’usine nouvelle, nous avons pu toucher 160 000 ingénieurs diplômés en activité. En quatre mois, nous avons reçu 270 dossiers de candidature dont 150 au moins étaient extrêmement intéressants. Les sept lauréats représentent chacun un aspect important de notre activité professionnelle : les relations avec le monde scientifique  » ou de l’entreprise  » , mais aussi le développement d’un projet d’envergure dont la réalisation requiert des procédés pas encore validés, ou encore le souci d’une invention qui privilégie le développement durable. Ainsi se trouvent couronnés une lentille liquide, les miroirs de l’interféromètre Virgo ou encore un laboratoire entier contenu sur une puce. Chaque catégorie reflète bien, notamment auprès des jeunes et du grand public, la diversité de l’activité d’ingénieur.

Un des attraits de ce métier, qui se porte plutôt bien !

D.A. : Oui. À l’heure où il y a une désaffection pour les études scientifiques, la France n’a jamais formé autant d’ingénieurs : 26 000 par an. Pour une demande toujours en hausse. Et pourtant, collégiens et lycéens ont une idée très vague de la profession.

Propos recueillis par Azar Khalatbari

Site Web : www.cnisf.org

Les lauréats du CNRS

Parmi les sept lauréats, dont la liste se trouve sur le site Internet du CNISF, deux laboratoires du CNRS sont distingués :

>>> Jean-Marie Mackowski (du CNAM et directeur du Laboratoire des matériaux avancés du CNRS à Lyon), pour la réalisation des miroirs du détecteur d’ondes gravitationnelles Virgo

>>> Jérôme Peseux (de l’ENS Cachan et du Laboratoire de spectrométrie physique de Grenoble) et Bruno Berge (de l’Insa de Lyon), pour l’invention d’un cristallin artificiel à partir d’une goutte d’eau et d’une goutte d’huile. Cette réalisation les a conduits à créer une entreprise, Varioptic, pour fabriquer et diffuser le produit.

CONTACT

Daniel Ameline, dameline@cnisf.org

Conseil national des ingénieurs et scientifiques français

Source : www2.cnrs.fr

Deux nouveaux produits pour lutter contre le plagiat et la contrefaçon


Entreprise associée à l’Union des Fabricants, organisatrice du 10ème Forum de la Propriété Intellectuelle, qui s’est tenu à Paris les 22 & 23 Mars, Advestigo a présenté sa suite de services outillés, AdvestiSEARCH et AdvestiCASE, dédiés à la lutte contre le plagiat et la contrefaçon.

Surveiller et traquer la piraterie

AdvestiSEARCH est un service automatisé de recherche et de surveillance de contenus numériques sur Internet. Il permet de localiser et d’identifier en continu tout actif numérique ou représentation numérique d’objet, utilisé, piraté, plagié ou diffusé illicitement.

AdvestiCASE est une solution industrielle de cyber-investigation, première étape pour les entreprises dans la lutte contre le plagiat et la contrefaçon, leur permettant de disposer rapidement d’une information synthétique de toute utilisation impropre, illicite de leur patrimoine ou de son image numérique.

Caractériser la fraude

AdvestiCASE est un outil automatisé permettant aux entreprises d’accumuler rapidement les preuves à charges dans le but de documenter et d’étayer leurs dossiers de contentieux. Elles peuvent ainsi engager les moyens de dissuasion et d’actions qui s’imposent.

Marque, logo, packaging, design industriel, labels, modèles de produits : le patrimoine numérique de l’entreprise peut être piraté à tout moment. Les services d’Advestigo permettent de documenter le recel intentionnel ou accidentel, la contrefaçon, la revente illicite des produits ou de détecter les sites utilisant de manière frauduleuse l’identité visuelle à des fins d’usurpation d’identité numérique (phishing).

Site Web : www.advestigo.com

Source : www.legalbiznext.com

A Rond en Bas


Histoire d’@

@, ou arobase, est aujourd’hui une icône de la modernité, une évidence. Sur les affiches, les tee-shirts, comme sur les cartes de visite, ce petit signe est aujourd’hui banal et prestigieux. Pourtant le mystère qui entoure ce caractère est particulièrement épais. Il commence par le mutisme des grands dictionnaires : ni l’Universalis, ni le Robert, ni le Dictionnaire Historique de la Langue Française d’Alain Rey ne sont d’un quelconque secours. Se tourner vers les ouvrages de typographie, d’histoire de l’écrit ou de l’imprimerie ne donnera rien non plus.

Sur le Web, le mystère s’épaissit car une étrange difficulté surgit : si on entre le caractère @ dans les moteurs de recherche, ils vont l’ignorer sans pitié, ne le reconnaissant pas comme un caractère valide pour une requête. Essayer le nom en toutes lettres ? Mais lequel ?

Car justement, ce nom est problématique dans toutes les langues. A force de ruses, on finit cependant par trouver des ressources précieuses. Mais le mystère ne se dissipe pas pour autant, car on découvre bien vite que les rares documents qui s’intéressent à @ sont très divergents. Et pas sur des points de détail : l’origine du caractère, son nom, son sens, son étymologie en français font l’objet de débats très ouverts.

Pourtant, si l’on rassemble les pièces du puzzle, sans pouvoir d’ailleurs conclure sur trois points essentiels, on découvre une histoire passionnante : ce signe mystérieux confond son histoire avec celle des techniques de communication des cinq derniers siècles. A la recherche de @, on rencontre l’écriture manuscrite du latin, l’invention de Gutenberg, celle de la machine à écrire, l’histoire du clavier, celle de l’informatique, des taureaux et des commerçants, avant de déboucher sur Internet.

Les trois mystères de l’@

Ces mystères, bien sûr, ne sont pas absolus, et nul doute que la réponse ultime gît quelque part. Une première version de ce texte était parue dans Le Monde et avait suscité une réponse de Jacques André, chercheur à l’INRIA qui a suivi les pistes de ces mystères bien plus loin que moi (note à l’éditeur : je suggère de reproduire son mail en annexe, puisqu’il m’y autorise). Le texte présent intègre ses résultats et le mérite de ces éclaircissements lui en revient, mais si les bornes de l’inconnu sont repoussées, elles n’en sont pas pour autant supprimées.

A : Premier mystère : de quand date l’apparition du @ ?

La première piste (indiquée par Le Signet québecois ou Wired Style, voir bibliographie) est celle de l’écriture manuscrite au Moyen-Age. Avant l’imprimerie, les copistes et de manière générale les scripteurs utilisaient des raccourcis pour gagner du temps et de la place. Le mot « ad » en latin (vers, à) aurait ainsi été comprimé par ce signe. Les « ligatures », fusions de deux lettres consécutives en un seul signe, étaient alors très courantes.

Une reproduction des caractères employés par Gutenberg montre en effet que les ligatures étaient aussi nombreuses que les lettres simples. Dans « ad », le d se serait progressivement recourbé, comme un 6 à l’envers, puis son rond se serait confondu avec celui du a. Cette hypothèse serait convaincante si on pouvait trouver une reproduction d’un manuscrit utilisant le @, ce qu’aucun auteur ne produit ni même n’évoque.

Au contraire, de nombreux documents tendent à prouver qu’ad en toutes lettres se portait bien dans les manuscrits. Il y a trois graphies principales pour la lettre a : le triangle avec une barre (comme la majuscule), le cercle chapeauté d’une croche à gauche et le simple rond épaulé sur une barre à droite. Seule cette dernière se prête à la déformation évoquée pour donner @. Or cette graphie est la moins fréquente dans les manuscrits.

Par exemple, « The Anglo-saxons », ouvrage collectif édité par James Campbell chez Penguin en 1990, reproduit de très nombreux manuscrits couvrants la période 500-1200 : aucun ne présente de @, alors que les ad abondent, généralement avec un A dessiné comme notre majuscule. Il faudrait donc admettre que la déformation serait intervenue après le 13° siècle.

Deuxième hypothèse, la normalisation de l’écriture par les imprimeurs à la Renaissance.

Selon cette piste, le @ serait une invention des typographes, ce qu’indique une des étymologies du nom français « arobase » : il s’agirait d’une contraction de « a-rond-bas de casse ». Hypothèse séduisante, mais qui laisse entier le mystère du sens préalable du signe ainsi désigné. La piste d’une écriture condensée du ad latin s’étiole vite.

Les reproductions de la bible de Gutenberg montrent de multiples ad écrits en toutes lettres. Les reproductions des premiers livres imprimés en France ou en Italie, vers 1470, regorgent de ad tout-à-fait classiques. Enfin les reproductions des caractères utilisés par Gutenberg ne présentent pas de @. Mais peut-être des typographes plus modernes devaient-ils représenter autre chose que le ad à l’aide de l’arobase ?

Troisième hypothèse : les commerçants espagnols au 17° siècle.

De l’arabe « arrouba », qui donne quatre ou quart dans cette langue, découle l’arrobas, unité ibérique de mesure de poids (environ 12 kilos) tombée en désuétude à partir de 1859 (adoption du système métrique), mais encore utilisée aujourd’hui parfois pour le poids des taureaux dans les corridas.

On la signale également au Portugal pour mesurer le volume du vin. Un dictionnaire espagnol de 1909, l’Enciclopedia universal ilustrada europo-americana , édité à Barcelone, indique que l’arrobas est symbolisée par @. Peut-être l’idée de retenir ce symbole provenait-elle d’un usage antérieur et cette hypothèse serait compatible avec une des deux autres. Mais rien ne l’indique. On peut aussi imaginer une invention pure par les marchands espagnols, l’explication de l’origine « a-rond-bas de casse » étant une ré-écriture plaisante mais ultérieure. Dans ce cas, il resterait à expliquer pourquoi seuls le français et l’espagnol ont gardé le souvenir de la véritable origine.

Une certitude : @ était utilisé par les commerçants américains, en tout cas au 19°siècle, pour précéder un prix unitaire. Cet usage, dans les tarifs imprimés, les étals et les factures n’est pas encore tombé en désuétude. De cette pratique proviendrait le fait de lire « at » le caractère @ : « 2 books @ $10 » se lisant « deux livres à 10 dollars pièce ». D’autres auteurs mentionnent, sans source précise ni indication de date, l’usage de @ dans les courriers diplomatiques.

B : Deuxième mystère : quand @ apparaît-il sur les claviers de machines à écrire ?

La machine à écrire est une très vieille idée. Les premiers brevets sont déposés en 1713 en Angleterre, la première machine fonctionnelle est observée en 1808 en Italie. On rapporte que la mère et la sœur de Nietzsche lui avaient offert une des premières machines à écrire, qu’il détesta immédiatement.

La première machine commercialisée date de 1873. La première machine électrique est présentée en 1897. Sholes, l’inventeur de la première machine commerciale, est aussi l’inventeur du clavier QWERTY. Sa démarche visait à permettre la frappe la plus rapide possible (contrairement à une légende tenace, il ne s’agissait pas de ralentir la frappe) en écartant sur le clavier les lettres qui étaient souvent accolées en anglais (où l’on retrouve le vieux problème de la ligature) et qui risquaient donc, étant frappées dans un très court intervalle de temps, de se mélanger les pinceaux dans la mécanique rustique de cette première machine. Il commanda une étude statistique à un de ses proches et proposa une disposition qui minimisait les risques que les tiges des caractères se croisent lors de la frappe.

Le clavier QWERTY était en concurrence avec bien d’autres formes et fut dès le départ contesté, mais il s’imposa comme un standard de fait, parce que les machines qui l’utilisaient avaient d’autres avantages. Le succès commercial de ce type de machine ne démarra vraiment que plus de 20 ans après les premiers modèles de Sholes, avec les Underwood, qui reprirent le clavier QWERTY. En France, les machines américaines commencèrent à se répandre dès la fin du 19°, et l’on s’inquiéta d’une disposition des touches qui avait été pensée pour l’anglais. Mais la commission Albert Navarre, composée de vingt experts, mit trop de temps à rendre sa copie, et quand le clavier ZHJAY apparut, il était trop tard, la main d’œuvre féminine s’était habituée à la disposition américaine.

On accoucha d’un compromis, le clavier AZERTY, qui n’est qu’une légère modification du clavier américain, au moins en ce qui concerne les touches des trois rangées principales. Le même scénario semble s’être reproduit en Allemagne. Mais les images des premiers claviers QWERTY ne montrent pas le @. Quand a-t-il été introduit ? Mystère. On peut imaginer que ce sont les comptables et les commerciaux, plus que les écrivains et les journalistes, qui ont demandé ce caractère, mais quand ? On lit parfois que le clavier de l’Underwood de 1895 était déjà le clavier standard actuel, mais d’autres sources situent aussi l’apparition du @ dans les années quarante.

C : Troisième mystère : d’où vient le nom donné à @ ?

Pour le français, si presque tout gravite autour de la racine « aroba », il y a flottement dans les dictionnaires. On trouve arrobe, arobase, arobas. On cite parfois arobasque, on confond aussi avec arrobas, l’unité de mesure. Quand à l’étymologie, il y en a deux en concurrence : « a-rond-bas de casse » pour une origine typographique, et la traduction de l’unité espagnole, elle-même d’origine arabe. Un auteur hollandais affirme qu’on dit « escargot » en Français. Ce qui est sûr c’est qu’on trouve parfois « a commercial », qui est la traduction d’une des appellations américaines.

Mais ce flottement est international : les Américains disent « at » ou « commercial a ». Les Allemands peuvent dire « Klammeraffe » (singe araignée), les Finlandais « miau » (queue de chat), les Hollandais « apestaart » (queue de singe), les Israéliens « strudel » et les Tchèques « rollmops ». Le nombre et la variété des appellations qui procèdent d’une analogie graphique montrent bien qu’on ignore un peu partout l’origine et le sens de ce caractère.

D : La moins mauvaise hypothèse

A ce stade, on peut avancer ce qui semblerait la plus plausible des versions, en tout cas celle qui ne semble contredite par aucun document :

1. L’usage de cette abréviation pour dire « at » en anglais dans une liste de prix est répandue en Amérique, à la fin du 19° siècle, quand on invente la machine à écrire. Mais on peut douter que l’usage de ce signe dans l’écriture manuscrite provienne d’une volonté d’aller vite. @ n’est pas pratique : son tracé implique que la main revienne en arrière après avoir posé un premier « a », or ce retour en arrière est toujours une perte de temps. Il suffit d’essayer d’écrire ce signe sur un papier pour s’en rendre compte. Outre le ralentissement de l’écriture, par rapport à un simple « ad » ou « at » bâclé, @ implique de bien placer le a central pour que son entourage n’aille pas mordre sur la lettre précédente. Au lieu de venir d’une volonté de condenser l’écriture, il semble plus probable qu’il s’agisse d’une marque de distinction, une volonté de faire « lettré » ou « officiel ».

2. Il est peu probable que ce signe ait un rapport direct avec le latin. On peut imaginer qu’il ait été inventé pour remplacer « ad » dans des documents sans valeur littéraire, au contraire de ceux qui ont été imprimés en priorité lors de l’invention de l’imprimerie au 15° siècle. Mais on ne trouve pas de trace de ce signe avant le 12° siècle. Or, dans les principaux pays occidentaux, le latin est progressivement remplacé comme langage courant, même à l’écrit, dans les cinq premiers siècles du second millénaire. Il pourrait s’agir d’un signe utilisé par des scripteurs intermédiaires, ni des gens qui écrivent tous les jours (de toute façon, à l’époque, presque personne ne sait lire), car ils auraient alors écrit en langue locale (français, anglais, castillan, etc..), ni d’authentiques lettrés, car dans ce cas ils n’auraient peut-être pas abrégé « ad » ou alors cela aurait été repris par les imprimeurs. On peut imaginer de la « littérature grise », des documents comptables ou juridiques, comme les polyptiques carolingiens. Mais on ne voit pas bien l’intérêt d’abréger ad ainsi.

3. Au 16° siècle, caractérisé par l’essor des colonies, notamment espagnoles, le signe pourrait avoir eu un second sens, celui d’abréger l’arroba, unité de mesure ibérique. Une piste, citée par Jacques André, serait celle d’un fabricant d’amphores qui aurait siglé ses productions avec un a enroulé. On aurait là le chaînon manquant entre la graphie du signe et son nom en Espagne, France et Portugal. Mais cette confusion n’aurait pas gagné le reste de l’Europe, qui en serait resté à un signe graphique, sans nom, sinon une description (escargot, queue de singe, etc..). En français, l’explication de l’origine du mot par « a-rond-bas de casse » ne serait qu’une plaisante reconstitution a posteriori.

4. L’hypothèse la plus probable est celle d’un euphémisme. Soit l’usage diplomatique pour indiquer dans quelle ville était en poste le diplomate qui écrivait, on retrouverait ici l’ancêtre de l’adresse e-mail : Comte de Macheprot @ Constantinople. Soit une enluminure graphique destinée à enrober la brutalité d’un prix. Cette volonté d’enjoliver expliquerait la reprise du caractère dans la deuxième génération de machines à écrire, au début du 20° siècle en Amérique. En théorie, taper un seul signe au lieu de deux (@ au lieu de at) c’est aller plus vite. Mais comme le @ n’a jamais été accessible que par la pression simultanée de deux touches, ce qui ralentit plus la frappe qu’un second caractère, on ne peut pas non plus justifier son usage par la recherche de la productivité.

5. @ possède des petits frères. Le c entouré d’un cercle de copyright, le p du producteur, et, dans la bande dessinée, le M de la Marque Jaune de Blake et Mortimer. C’est peut-être la marque du copyright qui est l’équivalent moderne de l’arobase.

Un mélodrame : @ et les ordinateurs, l’histoire d’un signe qui perd momentanément son sens, ce qui le conduira au succès.

Au milieu du siècle, dans les bureaux en cours de mécanisation, seuls les commerciaux américains savaient ce que voulait dire ce symbole. Le reste de l’humanité n’en avait pas l’usage. Mais cette situation allait s’inverser en trois étapes.

Première étape : les claviers de machines à écrire s’installent devant les ordinateurs.

Les premiers ordinateurs, comme l’ENIAC de 1946, n’étaient pas programmés au clavier. Dans les centres de recherche militaires et civils, on utilisait un personnel très qualifié et en formation permanente pour « parler » aux machines. Mais quand on commença à leur trouver des applications de gestion d’entreprise, dès le début des années cinquante, l’usage d’un clavier standard fut requis. Il permettait d’utiliser une main d’œuvre « abondante et bon marché », les employées de bureau. Le clavier standard fut donc mis à la disposition des informaticiens. Avec un passager clandestin, un émigré humble et étrange, Charlot prêt à tout pour réussir : @.

Deuxième étape : le besoin d’un caractère « inhumain ».

Dans l’écriture des programmes se mêlent des mots destinés à être reconnus par les seuls êtres humains (des noms propres, des textes purs) et d’autres qui doivent aussi avoir un sens pour la machine, les instructions. Or il peut arriver qu’un mot prête à confusion : somme par exemple peut être l’instruction d’addition, mais peut aussi avoir été entré pour désigner un département français, un petit sommeil réparateur, etc. Diverses solutions ont été élaborées pour éviter cette confusion, dont une consistant à faire précéder les instructions d’un caractère qu’un être humain normalement constitué n’aurait aucune chance d’utiliser. @ était justement disponible pour ça. Ne servant à rien, ne voulant rien dire, il était tout désigné pour jouer un rôle de garde-frontière entre l’humain et l’inhumain. @ avait la valeur de « à partir de moi commence le royaume de la machine ». Ainsi de certaines versions du langage BASIC, des instructions dans Lotus 1-2-3 ou du langage de programmation FRED dans Framework.

C’est cette époque qui vit la renaissance du signe. Les revues de micro-informatique françaises parlent de l’arobase, parfois de l’arobe, voire de l’arobasque dès la fin des années soixante-dix. Si le clavier de l’Apple 2 ne comprend pas ce caractère dessiné sur ses touches, il est accessible par une manipulation. C’est qu’il a été entre-temps inclus dans la norme ANSI des caractères dits ASCII, avec la valeur 64, juste avant le A. Ce rang flatteur renforcera l’intérêt commercial du caractère puisque dans un tri « alphabétique » sur ordinateur les mots commençant par @ se trouveront en tête de liste. En 1981, le clavier de l’IBM PC mettra @ à sa place standard, juste au-dessus du 2 en version QWERTY, et dans la version AZERTY française à côté du à, sous 0. Le clavier du PC évoluera une dernière fois avec celui de l’AT, en 1993, mais sans changer notablement la disposition des touches, et deviendra le « clavier standard ». A ce stade, @ commence à être reconnu par des millions d’utilisateurs. Mais il ne veut toujours rien dire.

Troisième étape : l’invention et le succès de l’e-mail.

L’e-mail est « inventé » en 1972 par Ray Tomlinson, un ingénieur de BBN, la firme qui servait de support à la première version d’Internet. Dans des interviews, il explique que pour séparer le nom du destinataire de celui de la machine qui hébergeait son courrier il avait d’abord cherché sur son clavier un caractère qui ne saurait se retrouver dans un nom propre. Plusieurs possibilités s’offraient à lui, mais il choisit @ parce que cela se lirait « at », c’est-à-dire « chez ou à » : smith@bbn signifiait Smith chez BBN. Ce jour-là le vieux caractère retrouva son sens latin de ad, et commença sa plus grande carrière. Le mélodrame se terminait en apothéose.

L’e-mail fut tout de suite très utilisé par les scientifiques, les militaires et les informaticiens. Compuserve, un service de « téléinformatique » comme on disait à l’époque, fut fondée en 1977. L’ancêtre d’AOL en 1985. Mais il fallut attendre l’invention du web, en 1989, puis la décision du congrès américain d’ouvrir Internet aux activités commerciales en 1992 pour que la pratique de l’e-mail touche le grand public. Ainsi, bien qu’inventé avant la micro, l’usage de @ pour le courrier électronique se développa dans un contexte où des millions d’utilisateurs étaient déjà familiarisés avec l’existence de ce symbole.

Signe sans nom, signe qui efface sa trace dans les moteurs de recherche, tantôt espagnol, français ou américain, ultra-moderne et très ancien, sur le point de mourir et voué à la gloire du Phénix, partie liée à tous les gadgets d’une époque, @ est le James Bond des caractères. Et il s’en tape si « on ne vit que deux fois ».

Sur la définition et l’étymologie du signe @ : Un débat d’enseignants, de loin la page la plus riche sur le sujet www.chez.com/languefrancaise/fllf/199811-fllf/perluette.htm

Le site « signet » de l’office québécois de terminologie résume la situation www.olf.gouv.qc.ca

Un site belge qui évoque l’expression « a crolle » users.skynet.be/Landroit/Yneolo.html

Un résumé de l’état de l’art pour les Américains www.quinion.com/words/articles/whereat.htm Sur l’histoire des machines à écrire

A brief history of typewriters http://xavier.xu.edu/~polt/tw-history.html

Et sur les mythes à propos de l’invention du clavier QWERTY home.earthlink.net/~dcrehr/myths.html

2 : Ouvrages

Constance Hale et Jessie Scanlon, Wired style, Broadway 1999. La page 36 comprend une bonne notice, prudente, sur @.

Henri-Jean Martin, Histoire et pouvoirs de l’écrit, Albin Michel 1996. page 426 sur l’introduction du clavier QWERTY en France.

Jean-Luc Dusong et Fabienne Siegwart, Typographie, du plomb au numérique, Dessain et Tolra, Larousse 1996. Pour les reproductions des premiers livres imprimés. Malgré ce que peut faire espérer son titre, l’ouvrage ne traite pas du @.

Lecture, Commentaire et Mise en ligne par : Mathias WOU

Les Plaidoiries en propriété intellectuelle commencent


Plaidoiries dans l’Ombre

Début dans l’affaire Kazaa…

Les propriétaires de la compagnie de partage global de fichiers en ligne Kazaa ont déclaré mercredi au tribunal qu’ils ne devraient pas être tenus responsables d’atteinte aux droits d’auteurs par les abonnés de son réseau; la compagnie affirme qu’elle ne peut contrôler l’usage que font ses utilisateurs du programme, une fois que celui-ci a été téléchargé.

Un groupe de compagnies de disques australiennes ont intenté une poursuite contre Sharman Networks (la compagnie derrière Kazaa) et ses dirigeants devant un tribunal fédéral de Sydney, pour atteinte aux droits d’auteurs par les quelque 100 millions d’abonnés du réseau.

Les compagnies de disques se plaignent que les abonnés de Kazaa téléchargent gratuitement jusqu’à 3 milliards de chansons et de fichiers de musique à tous les mois, ce qui prive l’industrie de millions de dollars en royautés impayées.

Dans leur plaidoirie de mercredi, les avocats de Sharman Networks ont admis que certains utilisateurs de Kazaa s’adonnaient effectivement à la copie illégale de fichiers mais que les concepteurs du programme ne pouvaient pas en être tenus responsables. Une fois son programme téléchargé dans l’ordinateur d’un abonné, Kazaa perd le contrôle de son utilisation, un peu comme les fabricants de photocopieurs et d’enregistreurs vidéo qui n’ont rien à voir avec la copie illégale faite à partir de leurs machines. Il importe en fait de déterminer si Kazaa a autorisé ses abonnés à télécharger du matériel dont les droits d’auteur sont protégés.

Le procès intenté par l’AFP à Google teste les limites de l’Internet

Le procès intenté par l’Agence France Presse (AFP) à l’Entreprise-mère du moteur de recherche Google, pour avoir mis en ligne des informations sans autorisation, pourrait constituer une étape historique dans la régulation d’Internet.

Selon l’agence de presse internationale basée à Paris, le service d’actualité «Google News» a enfreint les copyrights de l’AFP en reproduisant des dépêches d’information à partir des sites Internet de certains de ses abonnés.

Les problèmes soulevés par l’affaire ont de profondes conséquences pour Internet, un espace où tout le monde peut publier des informations, et où les «blogs» et journaux en ligne deviennent un moyen de plus en plus utilisé pour consulter l’actualité.

L’AFP, suivant le principe des agences de presse, offre en échange d’un abonnement à ses clients (journaux, télévisions, radios, sites web notamment), une alimentation régulière et permanente en articles et photos qu’ils ont le droit de reproduire ou transformer.

Le service d’information de Google, actif depuis 2002, consiste en une page d’accueil affichant des résumés d’articles souvent accompagnés d’une vignette photographique. Ils renvoient directement aux sites (4 500 sont «scannés» par Google), dont certains reproduisent le contenu de l’AFP, sur lesquels ces articles sont publiés dans leur intégralité.

Contrairement à Yahoo, qui offre un service similaire mais ne renvoie pas le lecteur vers d’autres sites, Google ne paie aucun droit à l’agence. Yahoo paye également un abonnement aux deux autres agences mondiales, Associated Press (AP) et Reuters, pour diffuser leurs dépêches et photos.

La décision du tribunal de Washington, où le procès a débuté jeudi dernier, dépendra vraisemblablement de l’efficacité de l’argumentation de Google. Les dirigeants du moteur de recherche prétendent faire un «usage justifié» du copyright de l’AFP en ajoutant de la valeur au contenu de l’agence, sans pour autant menacer sa capacité à commercialiser ses services.

Cette plus-value est fortement limitée, répond l’AFP. Selon l’agence française, le site d’actualité de Google ressemble fortement à ceux de ses abonnés, mis à part le fait que les dépêches sont résumées, et classées ou hiérarchisées par un robot, et non pas par des éditeurs humains, entre différentes rubriques telles que «Monde», «Sport», «Culture», etc.

La Cour suprême américaine a jugé en 1985 que la publication d’un court extrait, dans la mesure où il représente l’essentiel du travail intellectuel, constitue une enfreinte du droit du copyright, dans un arrêt rendu pour une affaire ne concernant pas Internet. Or l’Agence France Presse avance que le titre et le premier paragraphe, souvent reproduit, constituent l’essentiel d’une dépêche.

Cherchant à éviter le procès, Google a annoncé son intention de retirer de son site «Google News» articles ou photos émanant de l’AFP, ce qui ne peut se faire du jour au lendemain. La procédure judiciaire cependant reste en cours, car le préjudice a déjà eu lieu, a précisé l’un des avocats de l’agence, Joshua Kaufman.

Dans cette affaire, l’Associated Press a exprimé son soutien à l’AFP, dans un communiqué de son porte-parole Jack Stokes: l’AP estime «que les lois sur la propriété intellectuelle protègent les informations. Cette protection est importante pour assurer que des organisations telles que l’AP puisse être en mesure de collecter des informations».

Certains juristes estiment que les faits ne peuvent faire l’objet d’un copyright, et qu’un jugement en faveur de l’AFP nuirait à la libre circulation des idées sur Internet, notamment sur les «blogs» qui citent souvent ou établissent des liens vers des dépêches d’agence. D’autres statuent en faveur d’une légalisation du réseau.

«L’histoire d’Internet, depuis sa création, oscille entre des vagues de libéralisation et de tentatives de contrôle», estime Jonathan Zittrain, professeur de droit à Harvard. «C’est légitimement aux tribunaux et au gouvernement de déterminer où les frontières doivent être tracées.»

Dans le même courant, à force de plaintes, il faut croire que la justice va pour le mieux surtout quand il est question de ces petits qui se fond manger tous les jours par les Mandarins de l’industrie et de la finance.

Et voici que L’Union européenne examine de nouvelles plaintes contre Microsoft

L’Union européenne examine de nouvelles plaintes pour abus de position dominante contre le géant informatique américain Microsoft et cherche à déterminer si la version du système d’exploitation Windows que Microsoft a été contraint de produire sans «Media Player» est techniquement fidèle aux normes.

Un responsable de l’UE qui a requis l’anonymat a déclaré que les adversaires de Microsoft ont affirmé que la version de Windows sans les fonctions audio et vidéo pourrait ne pas bien fonctionner avec d’autres applications. Le service de la concurrence de l’UE a toutefois précisé que des tests étaient en cours.

Vivons seulement !
Lecture, Analyse et mise en ligne par
Mathias WOU

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Source : Associated Press (AP) Meraiah Foley – Anick Jesdanun

Les notes adhésives Post-it®


« Petits feuillets de notes qui ont une bande adhésive sur un de leurs extrêmes », voici la définition que nous trouvons si nous cherchons pour le terme Post-it®.

Le fait que la marque Post-It® est utilisée en tant que terme du langage courant démontre l’utilisation quotidienne du produit que cette marque désigne et qui, de nos jours, est nécessaire à tous.

Cette facilité avec laquelle on se réfère actuellement aux « feuillets adhésifs » Post-It® résulte d’un premier effort innovateur qui a eu lieu par erreur. En fait, c’est en 1968 que le scientifique Spencer Silver des laboratoires 3M, qui faisait une recherche pour fabriquer un type d’adhésif très fort, a trouvé la formule d’une substance repositionnable, facile à adhérer sur les objets et tout aussi facile à retirer.

La fameuse application concrète de cette substance a été inventée plus tard par le chercheur Arthur Fry qui, ayant perdu le marquer de sa partition au moment où il chantait dans le chœur d’une église, a pensé appliquer l’adhésif de Silver à un petit bout de papier qu’il pouvait utiliser en tant que marqueur, sans abîmer la superficie des partitions ou des livres.

C’est ainsi que la solution à un problème universel jusqu’alors non résolu a été trouvée (l’inconvénient de se souvenir de tout ce que nous devons faire et de tout ce qui se passe au niveau personnel et professionnel), grâce à ces petites notes que nous pouvons adhérer sur n’importe quelle superficie sans l’endommager.

La protection de cette première invention par le brevet a permis à la multinationale 3M Innovative Properties Co. d’investir sur cet effort innovateur et d’y apporter des perfectionnements innombrables, entre lesquels nous mentionnons la version numérique des notes Post-it®.

Liens :

v3.espacenet.com

v3.espacenet.com

Bibendum se dégonfle


Aucun soupçon de couardise chez Bibendum ! Si le pneu Michelin se dégonfle, c’est pour améliorer encore ses performances. Increvable par définition, le pneu sans air ne sera disponible que dans dix ans. D’ici là, voici ses secrets et ses promesses.

[Eric Bergerolle] –  Laissez-moi vous poser cette question : un pneumatique sans air est-il toujours un « pneu » ? Un peintre sans inspiration est-il toujours un artiste ? Un soda sans gaz est-il toujours du soda ? Hum… Je sais, je ne manque pas d’air.

Il n’empêche que, vu ce que nous concocte le manufacturier clermontois, nous sommes en droit de nous demander si, à l’avenir, le pneu Michelin sera toujours capable de boire l’obstacle ? *

Chez Bibendum, on n’hésite pas à remettre en question le principe même du pneumatique. D’ici une quinzaine d’années, l’atmosphère sous pression sera remplacée par des rayons flexibles. Plus besoin de gonfler ses pneus, donc plus besoin non plus de surveiller leur pression. Fini les affres de la crevaison !

Génial ? Certes. Mais le concept n’est pas nouveau pour autant. Déjà, dans les années 1880-90, des inventeurs anglais et français avaient tenté de mettre au point une roue garnie de ressorts, dans l’idée d’isoler les omnibus hippo- ou automobile des cahots destructeurs de la route. C’était l’époque où le pneumatique faisait encore figure de chimère.

Cette solution fut cependant bien vite abandonnée lorsqu’on s’aperçut que la roue ne tournait pas toujours autour de son centre… Depuis, le concept a été appliqué avec succès au chemin de fer. Et il refait surface dans les laboratoires de Michelin, qui envisage des applications aux engins militaires et de chantiers, à l’automobile comme aux cycles, ou encore aux fauteuils pour handicapés.

La clé de ce développement est la maîtrise des nouveaux matériaux composites, employés pour les rayons intercalés entre la bande de roulement (en contact avec la chaussée) et la jante. Ces matériaux assurent la même flexibilité que l’air comprimé et la même résistance à la torsion que les flancs d’un pneu conventionnel. Ce sont là des qualités fondamentales pour assurer tenue de route, confort des passagers et longévité de l’enveloppe de caoutchouc.

Là où tout se complique, c’est que Michelin présente simultanément deux applications du pneu sans air. Voilà qui peut porter à confusion.

Baptisés Tweel et Airless, ces deux concepts ont déjà été transposés au stade du prototype. Ils visent à répondre aux exigences parfois divergentes des différents types d’engins automobiles. Michelin USA a fait la démonstration de la roue Tweel, tandis que l’Airless semble moins avancée.

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Très spectaculaire, la roue Tweel laisse observer le travail de déformation de ses rayons. Un peu à la manière des poutrelles des constructions de Gustave Eiffel, ces éléments transversaux interagissent et se répartissent les forces appliquées à roue (masse du véhicule, transfert de charge au freinage, déformation en virage, nid-de-poule, etc.).

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Les performances atteintes par la roue Tweel montée sur une Audi A4 par les ingénieurs de Michelin North America sont d’ores et déjà équivalentes à celles d’un pneu conventionnel, tout en offrant une fonction d’amortissement supplémentaire.

Lynn Mann de Michelin North America prévient toutefois que la roue Tweel n’est pas encore prête à descendre dans la rue. « Tel qu’appliqué à l’Audi, Tweel n’est assurément qu’une étude. Avec un fort potentiel, certes, mais une étude expérimentale quand même. Notre objectif pour l’heure est de lancer Tweel sur des véhicules légers à faible vitesse, tels que le Segway Centaur, le siège iBOT pour personnes handicapées, ou bien le petit engin de travaux publics Skid Steer. Les enseignements que Michelin tirera de ces applications serviront à achever la mise au point de Tweel pour les automobiles. » Viendront ensuite les gros engins de BTP, les tracteurs agricoles, les camions semi-remorques, puis les avions !

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De son côté, le système Airless est présenté comme prioritairement destiné aux voitures de tourisme et aux motos. Ce qui ne signifie pas pour autant que sa commercialisation interviendra plus rapidement, ni même qu’il sera préféré au Tweel.

« Là n’est pas la question, précise Michelle Pierson, Media Relations Manager chez Michelin. Tweel et Airless sont pour l’instant deux interprétations expérimentales du pneu sans air. Chacune correspond aux exigences techniques propres à certaines formes de mobilité. Y compris celles qui n’ont pas encore quitté les laboratoires des constructeurs. »

* Ainsi que le proclamaient les premières publicités Michelin. « Nunc est bibendum… » (« C’est maintenant qu’il faut boire »), ce qui traduit l’idée que le pneu Michelin boit l’obstacle.

Source : www.lequotidienauto.com