Les pôles de compétitivité face au «modèle français»


En dotant l’Agence de l’innovation industrielle de un milliard d’euros dès 2005, Jacques Chirac a voulu hier répondre aux premières inquiétudes sur le financement des pôles de compétitivité. La reconnaissance d’un grand nombre de ces pôles  » 67 sur les 105 présentés  » pose en effet la question de leur ambition, de leur réel potentiel (nos éditions d’hier).

Comment rivaliser avec les grandes aires d’entreprises innovantes, développées de l’Inde (Bangalore) à la Californie (Silicon Valley), en choisissant d’emblée d’en labelliser plusieurs dizaines ? Si l’on en croit les modèles étrangers, la taille des «clusters» ou «districts industriels» joue un grand rôle dans leur efficacité et leur visibilité. Celle-ci conditionne leur reconnaissance à l’international.

Cette dotation en argent public n’élude pas toute la question clef du financement des inventions. Parmi les ingrédients nécessaires à la création de ces réseaux porteurs d’innovation, il est indispensable de compter sur du capital-risque, avec des business angels audacieux prêts à investir vite et en amont dans les projets des chercheurs. Le montage français ne dit pas encore s’ils seront au rendez-vous. Jusqu’où la forte présence des préfets chargés de mettre en place le «comité de coordination» de chaque pôle associant ministères, universités, agences de recherche et collectivités locales est-elle compatible avec la dynamique du risque privé ?

Pour réussir, il faudra donc, là aussi, avoir la volonté de bousculer le modèle français : avec son administration centralisée, ses universités disséminées dans de nombreuses villes moyennes depuis le plan 2000, ses corps de chercheurs-fonctionnaires peu rodés à la compétition, ses territoires en concurrence.

«L’innovation est un processus d’apprentissage interactif», rappelle Alain Cadix dans une étude pour le Centre d’observation économique de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris. Elle s’enrichit de proximité géographique mais aussi culturelle, de spécialisation et d’ouverture. Elle abhorre le modèle unique et se nourrit d’expériences. L’innovation a besoin de temps. Et la France est pressée.

Auteur : Laurence Chavane

Source : www.lefigaro.fr

Un trait de génie


Tour à tour portraitiste, chimiste, physicien, aérostier, Nicolas Jacques Conté reste pour l’Histoire celui qui, en 1795, déposa le brevet du crayon à papier.

Pour Gaspard Monge, il « a toutes les sciences dans la tête et tous les arts dans la main. » Mais à qui s’adresse le compliment ? A un peintre ? Un chimiste ? Un physicien ? Un aérostier ? Ou aux quatre à la fois ? A moins que le mathématicien ne fasse référence au génial inventeur du « crayon de papier », Nicolas Jacques Conté.

Né en 1755 à Saint-Céneri (Orne), Conté se découvre, avant sa dix-huitième année, une vocation de dessinateur et de peintre portraitiste, disciple de Greuze qu’il assiste au Louvre. Il utilise pour crayon le charbon du foyer et fabrique lui-même ses couleurs. Il réalise de nombreux portraits pour une clientèle aristocratique, parmi laquelle des membres de la famille royale. Carrière que la Révolution vient interrompre. L’artiste prometteur se tourne alors vers les sciences et plus particulièrement, la mécanique, la physique et la chimie.

En 1793, le Comité de Salut public l’appelle au sein d’une commission de savants chargée de perfectionner le gonflement des ballons pour l’aérostation militaire. Une école aérostatique est créée à Meudon, près de Paris, dont la direction lui est confiée. Il invente des vernis imperméables et une méthode de préparation de l’hydrogène. Blessé par une explosion de gaz lors d’une expérience qui lui coûtera l’œil gauche, il est nommé chef de brigade d’infanterie, commandant en chef de tous les corps d’aérostiers. Il participe, à la même époque, à la création du Conservatoire des arts et métiers.

science. Les blocus économiques ont parfois des effets positifs. Celui imposé à la France par les Anglais depuis 1792 engendre une pénurie de graphite du Cumberland. Ce minerai utilisé depuis 1564 pour fabriquer les mines confère au Royaume-Uni un monopole. Au XVIIe siècle, le graphite se vendait dans la rue et les acheteurs étaient surtout les artistes qui inséraient ces bâtons dans des étuis en bois. En Angleterre, la mine servait au dessin et non à l’écriture. En Allemagne, la poudre de graphite était mélangée à de la colle ou du soufre mais formait un produit de qualité médiocre.

A nouveau convoqué devant le Comité de Salut public en mars 1794, Conté est sommé par Carnot d’inventer une mine de crayon dont la matière première serait extraite du sol français. Il élabore la plombagine artificielle, un substitut au graphite anglais en mélangeant dans un peu d’eau le minerai avec de l’argile. La pâte est ensuite filée, cuite et insérée dans du bois de cèdre. Et on peut, selon le degré de mélange et la cuisson, définir la dureté des crayons (H pour hard ou dur, B pour black ou noir, HB…).

En inventant le crayon à mine artificielle, le fameux crayon à papier – nommé « croion » en 1309, « créon » en 1528, « crayon » en 1704, avec pour origine le mot « craye » -, Nicolas Jacques Conté vient de révolutionner le monde de l’écriture. Le 3 janvier 1795, il dépose le brevet numéro 32 ainsi formulé : « L’argile bien pure, c’est-à-dire celle qui contient le moins de terre calcaire, de silice, etc., est la matière que j’emploie pour donner de l’agrégation et de la solidité à toutes sortes de crayons. On sait qu’elle a la propriété de diminuer de volume et de se durcir en raison directe des degrés de chaleur qu’elle éprouve. » Pour exploiter son invention, il fonde une fabrique de crayons sous son nom – toujours en activité aujourd’hui et toujours selon le même procédé.

En 1798, la première exposition industrielle réserve un triomphe à l’inventeur. Mais encore chef des aérostiers, il doit bientôt suivre Bonaparte et l’armée en Égypte pour y installer des ateliers d’où sortiront des machines pour fabriquer de la poudre, des draps, des sabres, des lunettes pour les astronomes, des loupes pour les naturalistes et des crayons pour les dessinateurs. Lui-même réalise de nombreux dessins retraçant l’évolution industrielle de l’Égypte, qu’il fait graver à l’aide d’une machine de son invention. Napoléon Ier en dressera ce portrait : « Conté qui était à la tête des aéronautes, homme universel, ayant le goût, les connaissances et le génie des arts, précieux dans un pays éloigné, bon à tout, capable de créer les arts de la France au milieu des déserts de l’Arabie. »

Si l’homme décède en 1805, son œuvre perdure et c’est au sein de sa société que vont se regrouper différents fabricants de plumes et de crayons : la maison Gilbert & Blanzy-Poure avec son Critérium (1939), Baignol & Farjon à laquelle on doit la plume Sergent-Major (1881).

En 1979, le baron Bich (groupe Bic) jette son dévolu sur la société Conté alors convoitée par son concurrent allemand Faber Castell. Conté affiche un prestigieux palmarès : leader mondial du portemine, numéro deux mondial du marqueur effaçable à sec (Velleda). La société maintient la tradition en lançant, en 1993, le crayon Evolution où mine et bois sont remplacés par des résines de synthèse. Une véritable révolution ! Fini le cauchemar des mines cassées. Depuis 2004, l’ensemble des articles de dessin et de coloriage commercialisés jusqu’alors sous la marque Conté le sont désormais sous les étiquettes Bic et Bic Kids. En revanche, une gamme de produits Beaux-Arts est toujours vendue sous l’estampille Conté à Paris et le groupe Bic poursuit la fabrication du crayon de bois à mine graphite.

Auteur : Jean Watin-Augouard

Source : www.historia.presse.fr

Propriété intellectuelle : un régime à réformer !


En octobre dernier, l’assemblée générale de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) a décidé de réfléchir à ce que pourrait être un régime de la propriété intellectuelle orienté vers le développement. Cela n’a guère été remarqué, mais c’était une décision aussi importante que celle de l’OMC de consacrer les négociations commerciales en cours au développement. Les deux prennent en compte le fait que les règles du jeu économique international traduisent davantage les intérêts des pays industriels et de leurs grandes entreprises que ceux des pays en développement. Sans protection de la propriété intellectuelle, l’incitation à un certain type de création serait amoindrie. Mais les coûts associés à cette protection sont élevés.

Beaucoup de grandes idées – par exemple en mathématiques ou les théories qui sous-tendent l’énergie nucléaire – ne sont pas protégées par la propriété intellectuelle. Les universitaires dépensent beaucoup d’énergie à faire connaître leurs résultats. Je suis content quand on utilise mes idées sur l’information asymétrique, et je suis reconnaissant quand on m’en fait crédit. La croissance du mouvement en faveur des « open sources » sur Internet montre que ce ne sont pas seulement des concepts fondamentaux, mais aussi des biens ayant parfois une valeur commerciale immédiate énorme qui peuvent être produits sans protection de la propriété intellectuelle.

A titre de comparaison, le régime de la propriété intellectuelle récompense les innovateurs en créant un monopole temporaire qui leur permet de facturer un montant plus élevé qu’ils ne le pourraient s’il y avait concurrence. Mais, de ce fait, la diffusion et la mise en application des idées est freinée. La justification économique de ce régime consiste à dire qu’elle suscite l’innovation à un rythme rapide et que cet avantage l’emporte sur les coûts qui lui sont liés. Mais il est de plus en plus évident que des droits de propriété intellectuelle d’une ampleur exagérée ou mal formulés peuvent aussi freiner l’innovation, et pas seulement par une augmentation du coût de la recherche.

Sous ce régime, les monopoles risquent de voir l’innovation moins stimulée que dans un cadre concurrentiel. La recherche moderne montre que le grand économiste Joseph Schumpeter s’est trompé en croyant que la concurrence dans le domaine de l’innovation conduit à une course où les entreprises dominantes se succèdent. En réalité, une fois qu’une entreprise est en monopole, il risque d’être difficile de la déloger, comme le montre l’exemple de Microsoft. Et un monopole peut utiliser les mécanismes du marché pour écraser ses concurrents, comme Microsoft l’a démontré avec le navigateur Internet Net-scape. De tels abus dans l’utilisation des mécanismes du marché découragent l’innovation.

Enfin, la crainte que des progrès soient réalisés à partir d’un brevet existant, sans que la personne l’ayant déposé ne le sache, peut aussi décourager l’innovation. Après le travail de pionnier des frères Wright et des frères Curtis, des revendications de brevets qui empiétaient les uns sur les autres ont contrarié le développement de l’aviation, jusqu’à ce que le gouvernement américain passe outre, à l’approche de la Première Guerre mondiale. Aujourd’hui, la même crainte pourrait freiner le développement des logiciels dans l’industrie informatique.

Toute création est due à un ensemble d’idées. Faire le tri de leur contribution, sans songer à déterminer lesquelles sont vraiment neuves, est pratiquement impossible. Prenons le cas d’un médicament basé sur des connaissances traditionnelles, comme une herbe connue pour ses propriétés médicinales. Quelle est la contribution de la firme qui a isolé le composant actif ? Les entreprises pharmaceutiques disent que l’ensemble des droits doit leur revenir sans rien devoir au pays en développement où l’on est allé chercher un savoir traditionnel. Même si ce pays préserve la biodiversité sans laquelle le médicament n’aurait jamais abouti sur le marché ! Il n’est pas étonnant que les pays en développement voient les choses autrement.

La société a toujours reconnu que d’autres valeurs peuvent l’emporter sur la propriété intellectuelle. La nécessité d’empêcher une concentration excessive du pouvoir a conduit à une réglementation antitrust qui exige dans certains cas l’obtention d’une licence (comme le gouvernement américain en a décidé pour la compagnie de téléphone AT&T). Lorsque l’Amérique a été confrontée à la menace de l’anthrax après le 11 septembre 2001, les autorités ont établi un régime des licences obligatoires pour Cipro, l’antidote le mieux connu.

Malheureusement, les signataires des accords sur la propriété intellectuelle (TRIPS) lors des négociations commerciales de l’Uruguay Round au début des années 1990 ignoraient cela. J’étais à l’époque conseiller économique du gouvernement du président Clinton, et il était évident qu’il y avait une plus forte motivation pour satisfaire l’industrie pharmaceutique et le secteur du spectacle que pour veiller à ce que le régime de la propriété intellectuelle soit favorable à la recherche scientifique, sans même parler des pays en développement. Il me semble que les négociateurs de l’accord ne comprenaient pas entièrement ce qu’ils faisaient. Sinon, auraient-ils sciemment condamné à mort des milliers de malades du sida qui ne pouvaient plus se procurer des médicaments génériques pas trop coûteux ? Si l’on avait posé la question sous cette forme aux Parlements du monde entier, ces accords auraient été rejetés à juste titre.

Certes, la propriété intellectuelle est importante, mais le régime qu’il convient de lui appliquer n’est pas le même dans les pays en développement et dans les pays avancés, ce que les accords sur la propriété intellectuelle ne prennent pas en compte. De fait, la propriété intellectuelle n’aurait pas dû être incluse dans des négociations commerciales, au moins en partie parce que sa réglementation échappe à la compétence des négociateurs.

En outre, il existe déjà une organisation internationale pour protéger la propriété intellectuelle : l’OMPI. Peut-être que, lors des discussions qu’elle va engager, les voix des pays en développement se feront mieux entendre qu’à l’OMC. Espérons que l’OMPI dira clairement ce qu’un régime de la propriété intellectuelle favorable aux pays en développement implique, et que l’OMC sera à l’écoute. Le but de la libéralisation des échanges est de stimuler le développement, pas de le freiner.

Auteur : JOSEPH E. STIGLITZ, prix Nobel d’économie 2001, est professeur à l’université Columbia (New York).

Source : www.lesechos.fr

Mendeleïev met de l’ordre dans la chimie


Les murs de nos établissements scolaires et de nos laboratoires sont tous ornés d’un tableau abscons intitulé «classification périodique des éléments».

On doit cette représentation des constituants de la matière à un chimiste russe de 35 ans, né à Tobolsk, en Sibérie, Dimitri Ivanovitch Mendeleïev.

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Dimitri Ivanovitch Mendeleïev

Faute de disposer d’un bon manuel, ce professeur renommé de l’université de Saint-Pétersbourg rédige lui-même un ouvrage en deux volumes sur les Principes de la chimie.

Ce travail l’amène à réfléchir sur la manière d’ordonner les 63 éléments chimiques déjà connus comme l’hydrogène, l’oxygène, le fer, le carbone,…

En classant ces éléments d’après le poids de leur atome, il observe que leurs propriétés chimiques se répètent à intervalles réguliers.

C’est ainsi que le 6 mars 1869, il présente devant la Société chimique russe un projet de classification périodique à lignes et à colonnes, où tous les éléments d’une même colonne affichent des propriétés comparables.

Deux ans plus tard, il améliore le tableau en prévoyant des cases vides pour des éléments encore inconnus.

La célébrité lui vient en 1875, lorsque le chimiste Paul-Émile Lecoq de Boisbaudran ayant découvert un nouvel élément, le gallium, celui-ci trouve exactement sa place dans le tableau.

En 1913, lord Rutherford explique la répétition périodique des propriétés des éléments par le nombre d’électrons qui gravitent à la périphérie de l’atome.

Une ligne du tableau correspond au remplissage d’une couche périphérique. A l’extrémité de la ligne, on trouve les gaz rares, avec une couche saturée en électrons. On fait alors un «retour chariot» et l’on passe à la ligne suivante avec une nouvelle couche d’électrons.

Les travaux de Mendeleïev témoignent de l’essor de la science et des techniques au milieu du XIXe siècle, y compris en Russie, où la culture s’épanouit sous le règne du meilleur tsar qu’aient jamais eu les Russes, Alexandre II.

Rien qu’en 1869, les Occidentaux peuvent assister à l’invention de la «houille blanche» (l’électricité produite par les chutes d’eau) ainsi qu’à l’inauguration du canal de Suez et, aux États-Unis, du premier chemin de fer transcontinental.

Dix ans plus tard, la montée des nationalismes et des intolérances commenceront de mettre à mal la foi des Européens dans le progrès.

Avec l’aimable contribution de Christian Guyard

Source : www.herodote.net

57 pour cent des Européens sont réceptifs à l’innovation, selon Eurobaromètre


« L’innovation est la pierre angulaire de la stratégie qui permettra d’atteindre la cible fixée par le Conseil européen, à savoir faire de l’Union l’économie fondée sur la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique d’ici la fin de la décennie »: ainsi commence un rapport Eurobaromètre sur « la réceptivité de la population à l’innovation » en Europe. Toutefois, tous les citoyens européens ne semblent pas accorder à l’innovation le même degré d’importance, puisque 57 pour cent d’entre eux seulement affirment être attirés par les produits ou services innovants.

Trente mille personnes de l’UE, de Bulgarie, Roumanie, Turquie et Croatie ont été interviewées au cours des mois de mai et juin pour ce rapport Eurobaromètre, commandé par la DG Entreprises de la Commission. Les auteurs du rapport classent les personnes interrogées en quatre groupes: « anti-innovation » – 16 pour cent; « réticents » – 33 pour cent; « intéressés » – 39 pour cent; et « enthousiastes » – 11 pour cent.

La Slovaquie, Malte, la Slovénie, le Luxembourg, la Turquie et la Roumanie comptent le plus grand nombre d’enthousiastes à l’égard de l’innovation – environ un citoyen sur cinq – tandis que le sentiment anti-innovation prédomine en Europe du Sud, notamment en Grèce (22 pour cent), à Chypre (21 pour cent), au Portugal (20 pour cent) et en Bulgarie (20 pour cent).

Selon le rapport Eurobaromètre, les personnes les moins réceptives à l’égard de l’innovation sont principalement des femmes, souvent âgées de 55 ans ou plus. L’enquête a également révélé que ces personnes ont généralement un niveau d’éducation plus faible que celles ayant une attitude plus positive à l’égard de l’innovation. Les personnes totalement favorables à l’innovation, les « enthousiastes », sont principalement des hommes jeunes, encore étudiants ou ayant un niveau d’éducation élevé, selon les auteurs du rapport.

A la question de savoir si l’innovation consiste à « créer de nouveaux produits ou services » ou à « améliorer des produits ou services existants », 52 pour cent choisissent la première option et 39 pour cent la deuxième.

Toutefois, les nouveaux produits innovants doivent à la fois séduire des clients grâce aux essais et aux tests et être compétitifs en termes de coûts. Quelque 45 pour cent des personnes interrogées ont déclaré qu’elles seraient prêtes à essayer au moins une fois un produit innovant au lieu du produit qu’elles utilisent habituellement. Toutefois, six pour cent seulement seraient prêtes à remplacer un produit ou service qu’elles utilisent déjà par un produit innovant si celui-ci est significativement plus cher. Ce chiffre grimpe à 31 pour cent pour les personnes qui seraient prêtes à payer un peu plus, alors que la majorité – 45 pour cent – ne seraient prêtes à essayer le nouveau produit ou service que si son prix est le même que celui du produit qu’elles achètent normalement.

Étant donné que « le succès des produits et services innovants dépend du dynamisme du marché », et que « la création de nouveaux marchés et l’acceptation de nouveaux produits par les clients revêtent une importance primordiale pour l’innovation », les résultats de l’enquête pourraient être considérés comme décevants par la communauté de l’innovation comme par les partisans de la stratégie de Lisbonne.

Les auteurs du rapport Eurobaromètre sont cependant satisfaits des résultats et soulignent qu’une « confortable majorité » de 57 pour cent de personnes est attirée par les produits ou services nouveaux ou améliorés. « Nous avons constaté que les préférences des consommateurs varient d’un pays européen à l’autre et sur les marchés nationaux. Toutefois, dans toute l’UE, les interviewés ayant un profil socio-démographique similaire montrent tous, systématiquement, un degré élevé d’ouverture aux nouveaux produits ou services. Les entreprises devraient être informées de ces opinions afin de modeler leur stratégie d’innovation en conséquence », concluent les auteurs du rapport.

L’USPTO a mis en place des nouvelles procédures de réexamen des brevets


L’Office américain des brevets et des marques (USPTO) a mis en place des nouvelles procédures de réexamen des brevets comme instrument valable permettant de réduire la durée et les coûts. Le réexamen des brevets a été conçu afin de proposer une alternative efficace au litige pour statuer sur la brevetabilité des demandes de brevet.

Suite à ces nouvelles procédures, les demandes de brevets dont l’examen était suspendu depuis plus de deux ans seront traitées d’ici le 1er octobre 2005. En outre, les prochaines procédures de réexamen seront accompagnées d’un délai spécifique de deux ans.

Ces procédures seront confiées à une seule unité de 20 examinateurs hautement qualifiés, ayant une grande expérience de l’exercice de réexamen et de la jurisprudence relative. Toutefois, les brevets en réexamen qui ont déjà fait l’objet d’une décision initiale seront attribués au même examinateur.

L’essai de plomb


Les années de plomb

Jamie Lincoln Kitman montre comment les firmes automobiles et les pétroliers imposèrent l’essence au plomb pour leur grand profit et au détriment de notre santé. Anatomie d’un scandale industriel du XXe siècle

Le plomb a mauvaise réputation. Sa couleur triste et sa lourdeur en ont fait un symbole de la mélancolie chez les poètes. Au Moyen Age, à cause de l’activité des alchimistes, il fut associé à la magie et à la sorcellerie. Enfin, sa toxicité a été mise en évidence deux siècles avant l’ère chrétienne par Nicandre de Colophon dans son traité consacré à la pharmacie. En introduction à son « Histoire secrète du plomb », Jamie Lincoln Kitman nous rappelle les effets de ce curieux métal. « Il s’agit d’un poison violent, dont le contact même était déjà connu pour causer des hallucinations, des difficultés respiratoires et, dans les cas les plus graves, folie, tremblements, paralysie, asphyxie et mort. »

Pas étonnant donc que certains historiens  » essentiellement anglo-saxons  » aient envisagé le rôle du saturnisme dans la chute de l’Empire romain, grand utilisateur de plomb pour les conduites d’eau, les ustensiles de cuisine, les bijoux, les monnaies et même le maquillage. Quoi qu’il en soit, le plomb va connaître le purgatoire pendant quelques siècles. Ce n’est qu’à partir de l’industrialisation du XIXe siècle qu’il est à nouveau exploité à grande échelle et que le saturnisme professionnel puis environnemental est décrit. Et c’est là, plus précisément au début du XXe siècle, que commence l’histoire secrète de Jamie Lincoln Kitman, en lien étroit avec celle de l’automobile.

A l’époque, les premiers moteurs à combustion interne se caractérisaient par leur « cognement », au bruit désagréable, qui réduisait également les capacités mécaniques, à commencer par le rendement, donc la vitesse. Pour éviter le cliquetis des moteurs, il fallait ajouter une substance à l’essence. Dans ce domaine, tout fut essayé, même le beurre fondu, et les techniciens crurent trouver la parade avec l’éthanol, un alcool d’origine végétale facile à fabriquer à partir de betterave ou de blé. Un peu trop sans doute pour les industriels de la chimie. C’est alors que Charles Kettering, ingénieur à la General Motors et inventeur du démarreur automatique, propose en 1921 d’ajouter du plomb tétraéthyle (PTE) à l’essence. L’expérience est concluante : les moteurs ne cliquettent plus, mais au prix d’un additif très toxique par rapport à l’éthanol. En revanche, la production du PTE annonce quelques juteux bénéfices pour la firme Du Pont.

« L’histoire de l’ascension du PTE est donc, réellement, l’histoire de la guerre menée par les compagnies pétrolières et les exploitants du plomb contre l’éthanol, additif qui pouvait être mélangé à l’essence pour en augmenter l’indice d’octane ou, dans leurs pires cauchemars, directement brûlé à la place de l’essence. » Jamie Lincoln Kitman nous raconte dans le détail cette nouvelle alchimie, financière cette fois, qui transforma le plomb en or noir et assura pendant un demi-siècle d’importants bénéfices à l’industrie pétrochimique américaine. « Aujourd’hui, dans l’ère postplomb, l’éthanol est systématiquement mélangé à l’essence pour en élever l’indice d’octane et, en tant que produit oxygéné, pour en réduire les émissions. » Sauf, précise l’auteur, pour certains pays d’Afrique, du Moyen-Orient, d’Asie et d’Amérique latine ! Ainsi, à Mexico, « 4 millions de voitures rejettent dans l’atmosphère une quantité de plomb estimée à 32 tonnes par jour. »

Jamie Lincoln Kitman a conçu son étude historique comme un polar industriel. On se croirait dans un roman de John Grisham lorsqu’il détaille les manigances, les intrigues et les chantages entre Du Pont, General Motors et Standard Oil (aujourd’hui Exxon) pour plomber les automobilistes. On apprend ainsi l’hécatombe du personnel des usines qui fabriquait le PTE et qui succombait à des empoisonnements ou les liens de la société américaine Ethyl Gasoline Corporation avec l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale, via la société chimique IG Farben, qui fabriquait aussi le zyklon B pour les camps de la mort. Cette sordide affaire dura jusque dans les années 1970, où la nocivité du PTE fut révélée. Néanmoins, la stratégie du « prouvez que nous avons tort et nous changerons » a fait des émules. « Pendant les cinquante dernières années, l’industrie automobile, mais aussi les industries du nucléaire, de la chimie et du charbon, les marchands de tabac, de pesticides et d’amiante ont adopté des stratégies similaires. »

Après de multiples analyses, contre-expertises, recours en justice et investigations de la part de l’administration américaine, le plomb fut abandonné et avec lui tous ses effets nuisibles. « Entre 1975 et 1984, le plomb destiné à la consommation automobile diminua de 73% et le taux de plomb dans l’air ambiant de 71%. » Par la suite, des études ont même démontré que le plomb n’était pas bon pour les moteurs ! L’interdiction de la vente d’essence plombée par l’Union européenne en 2000 pouvait laisser penser que le plomb avait enfin été éliminé du carburant dont il constituait un élément, toxique certes, mais naturel. En tout cas, après la lecture de ce livre, vous ne pourrez plus faire le plein d’essence sans penser à ce scandale de l’histoire industrielle du XXe siècle.

« L’Histoire secrète du plomb », par Jamie Lincoln Kitman, trad. de l’américain par Arnaud Pouillot, Allia, 160 p., 6,10 euros. En librairies

Jamie Lincoln Kitman, journaliste et historien, est le patron du bureau new-yorkais d’« Automobile Magazine ». Son enquête sur « l’Histoire secrète du plomb » a paru en mars 2000 dans le prestigieux hebdomadaire« The Nation ».

Auteur : Laurent Lemire

Source : permanent.nouvelobs.com