Un trait de génie


Tour à tour portraitiste, chimiste, physicien, aérostier, Nicolas Jacques Conté reste pour l’Histoire celui qui, en 1795, déposa le brevet du crayon à papier.

Pour Gaspard Monge, il « a toutes les sciences dans la tête et tous les arts dans la main. » Mais à qui s’adresse le compliment ? A un peintre ? Un chimiste ? Un physicien ? Un aérostier ? Ou aux quatre à la fois ? A moins que le mathématicien ne fasse référence au génial inventeur du « crayon de papier », Nicolas Jacques Conté.

Né en 1755 à Saint-Céneri (Orne), Conté se découvre, avant sa dix-huitième année, une vocation de dessinateur et de peintre portraitiste, disciple de Greuze qu’il assiste au Louvre. Il utilise pour crayon le charbon du foyer et fabrique lui-même ses couleurs. Il réalise de nombreux portraits pour une clientèle aristocratique, parmi laquelle des membres de la famille royale. Carrière que la Révolution vient interrompre. L’artiste prometteur se tourne alors vers les sciences et plus particulièrement, la mécanique, la physique et la chimie.

En 1793, le Comité de Salut public l’appelle au sein d’une commission de savants chargée de perfectionner le gonflement des ballons pour l’aérostation militaire. Une école aérostatique est créée à Meudon, près de Paris, dont la direction lui est confiée. Il invente des vernis imperméables et une méthode de préparation de l’hydrogène. Blessé par une explosion de gaz lors d’une expérience qui lui coûtera l’œil gauche, il est nommé chef de brigade d’infanterie, commandant en chef de tous les corps d’aérostiers. Il participe, à la même époque, à la création du Conservatoire des arts et métiers.

science. Les blocus économiques ont parfois des effets positifs. Celui imposé à la France par les Anglais depuis 1792 engendre une pénurie de graphite du Cumberland. Ce minerai utilisé depuis 1564 pour fabriquer les mines confère au Royaume-Uni un monopole. Au XVIIe siècle, le graphite se vendait dans la rue et les acheteurs étaient surtout les artistes qui inséraient ces bâtons dans des étuis en bois. En Angleterre, la mine servait au dessin et non à l’écriture. En Allemagne, la poudre de graphite était mélangée à de la colle ou du soufre mais formait un produit de qualité médiocre.

A nouveau convoqué devant le Comité de Salut public en mars 1794, Conté est sommé par Carnot d’inventer une mine de crayon dont la matière première serait extraite du sol français. Il élabore la plombagine artificielle, un substitut au graphite anglais en mélangeant dans un peu d’eau le minerai avec de l’argile. La pâte est ensuite filée, cuite et insérée dans du bois de cèdre. Et on peut, selon le degré de mélange et la cuisson, définir la dureté des crayons (H pour hard ou dur, B pour black ou noir, HB…).

En inventant le crayon à mine artificielle, le fameux crayon à papier – nommé « croion » en 1309, « créon » en 1528, « crayon » en 1704, avec pour origine le mot « craye » -, Nicolas Jacques Conté vient de révolutionner le monde de l’écriture. Le 3 janvier 1795, il dépose le brevet numéro 32 ainsi formulé : « L’argile bien pure, c’est-à-dire celle qui contient le moins de terre calcaire, de silice, etc., est la matière que j’emploie pour donner de l’agrégation et de la solidité à toutes sortes de crayons. On sait qu’elle a la propriété de diminuer de volume et de se durcir en raison directe des degrés de chaleur qu’elle éprouve. » Pour exploiter son invention, il fonde une fabrique de crayons sous son nom – toujours en activité aujourd’hui et toujours selon le même procédé.

En 1798, la première exposition industrielle réserve un triomphe à l’inventeur. Mais encore chef des aérostiers, il doit bientôt suivre Bonaparte et l’armée en Égypte pour y installer des ateliers d’où sortiront des machines pour fabriquer de la poudre, des draps, des sabres, des lunettes pour les astronomes, des loupes pour les naturalistes et des crayons pour les dessinateurs. Lui-même réalise de nombreux dessins retraçant l’évolution industrielle de l’Égypte, qu’il fait graver à l’aide d’une machine de son invention. Napoléon Ier en dressera ce portrait : « Conté qui était à la tête des aéronautes, homme universel, ayant le goût, les connaissances et le génie des arts, précieux dans un pays éloigné, bon à tout, capable de créer les arts de la France au milieu des déserts de l’Arabie. »

Si l’homme décède en 1805, son œuvre perdure et c’est au sein de sa société que vont se regrouper différents fabricants de plumes et de crayons : la maison Gilbert & Blanzy-Poure avec son Critérium (1939), Baignol & Farjon à laquelle on doit la plume Sergent-Major (1881).

En 1979, le baron Bich (groupe Bic) jette son dévolu sur la société Conté alors convoitée par son concurrent allemand Faber Castell. Conté affiche un prestigieux palmarès : leader mondial du portemine, numéro deux mondial du marqueur effaçable à sec (Velleda). La société maintient la tradition en lançant, en 1993, le crayon Evolution où mine et bois sont remplacés par des résines de synthèse. Une véritable révolution ! Fini le cauchemar des mines cassées. Depuis 2004, l’ensemble des articles de dessin et de coloriage commercialisés jusqu’alors sous la marque Conté le sont désormais sous les étiquettes Bic et Bic Kids. En revanche, une gamme de produits Beaux-Arts est toujours vendue sous l’estampille Conté à Paris et le groupe Bic poursuit la fabrication du crayon de bois à mine graphite.

Auteur : Jean Watin-Augouard

Source : www.historia.presse.fr

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