Les biocarburants et les sols.


Au début du 20è siècle, les premiers inventeurs de véhicules utilisables sur route ont cherché à créer des machines puissantes afin qu’il soit possible de tracter de lourdes charges sans utiliser d’animaux. C’était la suite logique de la révolution industrielle. Après l’avènement du chemin de fer et de la locomotive à vapeur, il fallait trouver de nouveaux moyens de transport. La force nécessaire au déplacement des premières inventions était fournie par de la vapeur sous pression. La chaudière était alimentée avec du charbon.

Rapidement, les concepteurs se sont aperçus qu’il ne serait pas possible de stocker des matières énergétiques solides de la même manière que sur les convois de transport ferroviaire. Le système à vapeur lui-même transposé sur ce type de véhicules posait de sérieux problèmes d’encombrement. C’est donc tout naturellement que les inventeurs se sont tournés vers d’autres solutions. On créa le moteur à explosion. Le pétrole fut rapidement choisi comme combustible.

biocarburant

Outre le fait que sa distillation permettait d’obtenir une très grande gamme de produits utilisables dans de nombreux domaines, son stockage sous forme d’essence liquide dans un réservoir rendait son utilisation relativement simple. Le liquide visqueux noir inflammable en question était déjà connu pour ses propriétés de combustion par les habitants des régions où le sous-sol est riche en nappes de pétrole*.

Certaines affleuraient naturellement à la surface du sol et pouvaient même brûler de manière spontanée. Suite à de nombreuses entreprises de prospection, il fut démontré qu’il existait d’immenses gisements un peu partout dans le monde. Dès lors et avec la mise au point de moteurs de plus en plus performants, l’automobile a connu un succès qui ne fut jamais démenti. Aujourd’hui, elle peut toujours transporter de lourdes charges. Elle est puissante et rapide.

Mais elle a un coût énergétique et un coût environnemental très élevé. Sa production, son utilisation ainsi que son recyclage produisent une pollution à un niveau très élevé. Le réchauffement climatique commence à devenir préoccupant. Les réserves de pétrole dans lesquelles nous puisons avidement les millions de mètres cubes nécessaires chaque année au fonctionnement du parc automobile mondial s’épuisent inexorablement.

L’organisation du tissu résidentiel de notre société a été entièrement pensé en fonction de son utilisation. En ville, la majorité des boutiques sont rejetés à la périphérie dans des grands centres commerciaux. En milieu rural, les quelques débitants ont tendance à disparaître au profit de grandes surfaces installées systématiquement à proximité de villes de moyenne importance.

Il n’existe que très peu de lieux qui proposent un mode d’organisation qui pourrait permettre de s’en passer.

En cas de forte augmentation du prix du baril de pétrole, toute l’économie serait sérieusement secouée. C’est pour cela que toutes les grandes compagnies industrielles commencent à chercher des solutions dites de « remplacement ».

La quantité d’électricité mise à disposition n’étant pas suffisante, certains professionnels du secteur pensent opter pour la solution qui leur paraît être la plus « raisonnable » à moyen terme à savoir la production de biocarburants.

On imagine aisément la surface de terre que les industriels devraient mettre en culture pour mettre en place leur logistique : une immensité ! Nous serions même amenés à demander à nos voisins européens ainsi qu’à ceux de l’Afrique du Nord de mettre à notre disposition leurs terres uniquement pour la mise en culture d’une plante productrice de « biocarburant ». On imagine le type de photo satellite que nous pourrions obtenir si le colza était choisi dans ce type de scénario. Par temps clair, l’Europe apparaîtrait complètement jaune au moment de la floraison. Mais que les lecteurs se rassurent, nos amis ne seront jamais d’accord pour signer un tel accord d’exploitation commercial sauf si la classe dirigeante décide de servir les intérêts d’une compagnie multinationale.

Et la production de « biocarburants » même à l’échelle industrielle et internationale ne pourra pas apporter la quantité de combustible nécessaire.

Que ce soit pour obtenir des denrées alimentaires ou pour d’autres types d’utilisation, chaque fois que l’homme a essayé d’exploiter les sols de manière intense, leur qualité s’est dégradée de manière très significative. Sur tous les continents nous pouvons trouver des marques profondes de son passage. Les sols ne peuvent être utilisés que dans le cadre d’une production agricole modérée de type biologique. Tout autre forme d’utilisation provoque leur dégradation.

Toute la matière qui provient d’un sol doit y retourner de manière lente. Le processus de décomposition qui participe à l’équilibre général de l’écosystème est long. Il est inutile de vouloir espérer accélérer les processus de production en utilisant des procédés artificiels sans dégrader profondément la couche productrice.

Déjà passablement abîmés du fait de la mise en place d’une culture de type productiviste dans le secteur agroalimentaire, les sols européens le seraient encore plus avec le développement d’une agriculture industrielle destinée à fournir de la matière première à des machines qui ne seront jamais rassasiées. On imagine aisément les quantités d’eau, d’engrais et de produits phytosanitaires que ce type de culture déployé à grande échelle nécessiterait.

Les réserves d’eau se trouvant encore en réserve dans les nappes phréatiques diminueraient encore et le peu qui resterait concentrerait toutes les molécules chimiques qui auraient été répandues sur des sols abîmés incapables de retenir quoi que ce soit. La biomasse produite par les plantes destinées à l’exploitation industrielle servirait exclusivement à remplir le réservoir des automobiles et ne retournerait jamais à la terre.

Au lieu d’être recyclée sous forme d’humus, la matière carbonée partirait dans l’atmosphère, aggravant encore le phénomène de concentration du CO2 principal gaz à effet de serre.

Réchauffement de la planète, appauvrissement des sols. Nous irions fatalement vers une désertification généralisée.

L’heure est maintenant aux bilans et aux choix. Nous vivons dans une période où les décisions qui seront prises auront un impact très important sur notre futur.

L’avenir passe par une utilisation assidue des transport en commun, par une utilisation minimale de véhicules motorisés légers à l’impact environnemental pratiquement nul. Pour le reste il n’est point besoin de se précipiter pour aller d’un point à l’autre de la planète. Pour les plus impatients et pour ceux qui souhaiteraient effectuer des transports de marchandises dans le cadre d’échanges équitables, il est toutefois possible de développer des lignes régulières de transport avec des engins peu gourmands en énergie tels que les mongolfières ou les dirigeables.

Il existe déjà sur le sol français un réseau de transport ferroviaire relativement dense qui dessert les principales villes et les principales régions. Il n’est donc pas nécessaire de prendre une voiture particulière pour aller d’un bout à l’autre du territoire. Il n’est pas non plus nécessaire d’utiliser un véhicule pour effectuer de petits déplacements si le tissu social local permet de trouver tout ce dont on a besoin dans un périmètre assez restreint. Il nous faut repenser notre manière d’aménager le territoire.

Cela passe par une relocalisation des productions, par l’utilisation de moyens de transports légers dont l’empreinte écologique est complètement nulle. Les animaux peuvent tirer des charges relativement lourdes et ne nuisent pas à l’environnement. Dans le cadre d’une économie complètement relocalisée où les habitations seraient construites dans les normes environnementales les plus strictes avec des matériaux entièrement biodégradables, il n’y aurait pas besoin d’utiliser de machines extrêmement puissantes pour mener à bien une activité économique complète.

L’industrie automobile génère un très grand nombre d’emplois. L’abandon progressif de la production massive de véhicules automobiles devra être accompagné par la création de postes nouveaux dans les nouveaux secteurs économiques nouvellement créés. Des concepts-car entièrement recyclables, se déplaçant à vitesse réduite et utilisant l’énergie électrique pourraient être fabriqués en se calquant un peu sur le modèle des véhicules solaires ultra légers. Si l’impact sur l’environnement est très faible, alors nous pouvons envisager la production de ce type de véhicules avec toutes les réserves que cela suppose dans le cadre d’utilisations limitées.

Les considérations économiques passent après la qualité de l’environnement.

Pour plus d’informations concernant les carburants dits « bio », on pourra se référer au document suivant : www.bruchenvironnement.org/gde_ressour_petrolevert1.html

* C’est au carbonifère que les processus de minéralisation ont eu lieu : d’énormes quantités de matières végétales ont été enfouies régulièrement dans les marécages sur des périodes extrêmement longues couvrant des centaines de millions d’années. Du fait de l’absence d’oxygène, les matières organiques constitutives des troncs, des branches et des feuillages se sont incomplètement dégradées. Elles ont donné du pétrole et du charbon. « Pendant le carbonifère (140 millions d’années), les végétaux ont proliféré dans les marécages et les lagunes. C’étaient des forêts impénétrables. Déracinés par les tornades et les tempêtes, les arbres tombaient dans les marécages et se carbonisaient ou se décomposaient lentement pour donner du pétrole »

Auteur : mncds

Source : bellaciao.org

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