Les FACS qui ouvrent la voie


Faire réussir le plus grand nombre et produire une recherche de pointe : c’est le double défi de nos universités pour accéder à une reconnaissance internationale. Certaines ont pris de l’avance.

Merci, monsieur Liu ! écrit Pierre Veltz, en introduction à son livre sur les grandes écoles. Ce chercheur chinois de l’université Jiao Tong, à Shanghai, publie pourtant, depuis 2003, un classement mondial des universités humiliant pour la France. Il aura fallu cette claque, et la révolte des chercheurs descendus dans la rue en 2004, pour que l’état de délabrement physique et moral de notre université accède au statut de scandale public. Pour qu’on apprenne que la France est le seul pays du monde qui dépense plus pour un lycéen que pour un étudiant !

Nicolas Sarkozy a très vite saisi l’acuité de ce dossier. Deux ans avant la présidentielle, dès le 13 juillet 2005, il annonce son intention de donner l’autonomie aux facs et de revaloriser massivement la recherche. Deux mois plus tard, il promet 5 milliards. Pendant la campagne électorale, il confirme, éperonné par Bernard Belloc, devenu un conseiller très écouté à l’Élysée après avoir présidé une université à succès peu connue en France mais très repérée à l’étranger, Toulouse. Et puis il y a eu, cet été, la loi relative aux libertés et responsabilités des universités, présentée par Valérie Pecresse, jeune ministre de l’Enseignement supérieur, qui jubile : «L’important, c’est qu’une nouvelle loi place enfin notre enseignement supérieur sur des bases lui permettant d’affronter la compétition internationale.»

Exemple américain

Pourtant, 1 objectif de replacer nos facs au niveau est à la limite de «mission impossible». Car il faut concilier deux objectifs antinomiques. L’un est de faire réussir le plus grand nombre de bacheliers, dont beaucoup n’ont pas été bien préparés aux études supérieures, ce qui consomme beaucoup du temps des enseignants. L’autre est de produire une recherche de pointe, susceptible d’être visible à l’international, ce qui implique que ces mêmes profs passent du temps dans leurs labos. «Les exemples étrangers montrent que très peu d’universités parviennent à concilier ainsi ouverture sociale, préparation aux débouchés et élitisme académique», témoigne Bernard Belloc. C’est aux États-Unis qu’il estime avoir déniché le secret des facs qui marchent. En consacrant une année sabbatique à réaliser un audit du système universitai re public californien – 2,5 millions d’étudiants, comme en France – qui place une université, Berkeley, sur le podium des trois meilleures mondiales, Bernard Belloc, à rebours de clichés persistants, démontre :

1. que les universités publiques californiennes éliminent moins de jeunes que nous ;

2. que les frais de scolarité y sont modiques ;

3. et qu’elles abritent certains des meilleurs labos du monde.

Le secret de ce triple succès ? La Californie a scindé son dispositif en trois sortes d’établissements d’excellence, avec des passerelles de l’un à l’autre. D’abord, un dense réseau de collèges undergraduate qui sont des premiers cycles équivalents de nos IUT et BTS. A cela près que, chez nous, les IUT sont sélectifs, alors qu’en Californie les collèges, conçus comme des machines à préparer des études longues, sont ouverts. Ils conduisent leurs meilleurs éléments vers des facs spécialisées dans les masters, qui ne délivrent pas de doctorats et excellent dans le professionnel. Le troisième étage est constitué d’universités de recherche, qui sélectionnent les bons diplômés de masters, et attirent les meilleurs cerveaux du monde.

En Grande-Bretagne, le secret repose sur la sélection et l’élitisme à la façon de nos grandes écoles, mais avec un gros avantage sur nos établissements qui opèrent en ordre dispersé. Leurs campus, à l’image de Cambridge, pratiquent un mélange des genres très efficace : futurs scientifiques, médecins, juristes et managers s’y côtoient quotidiennement, avec un résultat bénéfique pour la recherche. Oxford et Cambridge n’émargent-ils pas dans le Top-10 mondial du classement de Shanghai ?

Une sélection polémique

Faut-il en déduire que «seule la sélection permet d’arriver à l’excellence», comme le claironne Jean- Robert Pitte, président de Paris IV ? «Sélectionner à l’entrée de l’université n’est pas dans la tradition française : le bac est l’examen d’entrée à l’université», répond la Conférence des présidents d’université (CPU), dont le président, Jean-Pierre Finance, est volontiers agacé par le sujet : «C’est facile d’être excellent en sélectionnant la crème des bacheliers. Mais comme les grandes écoles ne font quasiment pas de recherche, notre système conduit à tenir les meilleurs cerveaux éloignés de la recherche : c’est catastrophique pour notre capacité d’innovation.»

Richard Descoings, patron de Sciences-Po, dit la même chose. Et Jean- Charles Pomerol, patron de la première fac française au palmarès de Shanghai, Paris Vl-Jussieu, cible l’accusation : «Les profs du secondaire conseillent à leurs meilleurs éléments «TSU : tout sauf l’université». C’est inadmissible !»

«La sélection n’est pas le problème central», tranche Valérie Pecresse. Pour elle, une université qui fonctionne, «cela commence par une bonne gouvernance». Avant la «réforme Pecresse», les présidents d’université n’étaient que des potiches, élus pour quatre ans non renouvelables, otages d’épuisantes rivalités internes de clans, sans pouvoir sur leur argent et leurs effectifs. Désormais, ils seront des managers, élus sur un projet, qui pourront rester en poste huit ans, avec des capacités de recrutement et de gestion de leur budget.

«On se calme : l’affaire est loin d’être gagnée ! vient de prévenir un fin connaisseur des systèmes éducatifs mondiaux, Philippe Aghion, membre du Conseil d’analyse économique (lire l’encadré ci-dessus). Le principal problème reste celui du financement.» Pour lui, les 5 milliards supplémentaires promis par Sarkozy sont loin de suffire pour l’objectif qu’il a martelé : «Élever nos universités au niveau des meilleures mondiales.» D’après le CAE, cet objectif exige d’allouer 2 points de plus de PIB à l’université et la recherche, soit 30 milliards.

On en est très loin. Le CAE suggère de répartir cette charge entre quatre acteurs : l’État, les collectivités locales, les familles et les entreprises. Concernant l’apport de ces dernières, l’université Joseph-Fourier (UJF) de Grenoble est pionnière. Elle s’est dotée d’une filiale de droit privé, Floralis, dont la mission consiste à valoriser la recherche. «Les collaborations avec les milieux économiques prennent des formes très variées, qui vont du simple accord de R&D entre une entreprise et un labo de l’université sur un projet précis jusqu’à un transfert de technologie à des socié tés existantes, autrement dit du licensing», explique Eric Larrey, directeur de Floralis. Aujourd’hui, l’UJF est propriétaire de 115 brevets, qui rapportent quelque 5,5 millions d’euros par an.

Sur la voie des grandes écoles

Les universités vont aussi pouvoir créer des fondations pouvant collecter des fonds. Pas pour les dépenses courantes : pour se constituer un patrimoine qui rapportera un complément de budget. La pratique n’est pas répandue en France, mais les choses bougent. Les grandes écoles ont ouvert la voie. L’Insead a levé 169 millions. HEC a reçu un chèque de 5 millions de Philippe Foriel-Destezet, fondateur d’Adecco et ancien élève. L’Essec est en train de lever 25 millions. Lyon I vient de lancer sa fondation, avec le concours de Sanofi-Pasteur et de la Banque populaire qui se sont engagés sur cinq ans à verser 350 000 euros pour financer des projets. Dauphine vient de signer un contrat identique… On peut polémiquer sur le montant des efforts à engager, une chose est sûre : les universités ont pris le chemin de la modernité, et c’est une bonne nouvelle.

Auteur : Patrick Fauconnier

Source : www.challenges.fr

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