Copié-Collé


Le plagiat est un art délicat, et bien pratique pour s’assurer un succès à bon compte, il suffit de ne pas se faire prendre les doigts dans le pot de confiture.

De la littérature, à la chanson, en passant par le cinéma, l’enseignement, l’industrie, les exemples de ceux qui empruntent sans vergogne sont légion.

Les internautes connaissent sur le bout de leur clavier « le copié-collé » et ont parfois la fâcheuse tendance d’oublier de citer leurs sources.

Les écrivains tombent parfois aussi dans les mêmes travers, telle Françoise Sagan, prise la main dans le sac, accusée d’avoir plagié « la Vieille femme  » de Jean Hougron, pour en faire son « chien couchant  », ce que le tribunal condamna sans hésiter, décidant l’interdiction du livre de Sagan, et le partage de ses droits d’auteurs à l’auteur copié.

Hélas pour Hougron, les avocats de Sagan firent appel, et le Tribunal décida qu’en fin de compte, si le sujet était bien commun, les idées n’étant pas protégées, l’œuvre de Sagan était donc originale. lien

Il arriva la même mésaventure à Régine Deforge coupable, selon le Tribunal de Grande Instance de Paris, d’avoir contrefait « autant en emporte le vent » de Margareth Mitchell, pour en faire sa « bicyclette bleue » ; décision confirmée en cassation, mais cassée par la cour d’appel de Versailles en 1993, affirmant que les ressemblances n’étaient pas constitutives de contrefaçon. lien

Au lecteur de se faire une opinion en relisant les deux. lien

Certains ont eu moins de chance comme Patrice Delbourg, qui a reçu le prix Apollinaire (1996) pour son « ampleur du désastre » lequel en devint donc un, car le tribunal confirma qu’il avait contrefait les poèmes d’un certain Thierry Mattei d’un recueil intitulé « je serais voltigeur ».

Titre prémonitoire dont il aurait du se méfier.

L’histoire ne dit pas si Patrice Delbourg à offert son prix Apollinaire à l’intéressé. lien

Plus loin de nous, même si ce bon Jean de La Fontaine n’a jamais caché avoir puisé allègrement dans l’œuvre d’Esope pour écrire ces fables, nombreux sont ceux qui l’ignorent encore aujourd’hui.

Sur ce lien, quelques exemples qui démontrent les liens évidents qui unissent les œuvres originales d’Esope et les « adaptations » de La Fontaine.

De l’écriture au cinéma, il n’y a qu’un pas : « Séraphine », (dans lequel brille Yolande Moreau, la truculente membre des « Deschiens ») récemment césarisé à sept reprises vient d’être condamné par la justice pour avoir plagié une biographie.

Son réalisateur, Martin Provost, à emprunté sans complexe, (lien) au mot près , des passages de la biographie qu’Alain Vircondelet, expert en histoire de l’art a fait de la vie de Séraphine Louis, cette femme peintre hallucinée. lien

La malchance poursuit Vircondelet, puisqu’il accusa aussi Laure Adler, la très médiatisée journaliste, d’avoir pratiqué le cannibalisme de travaux antérieurs, dans sa biographie de Marguerite Duras.

D’autres ne prennent pas trop de pincettes : le studio brésilien « Vidéo Brinquedo » reprend carrément les dessins animés devenus cultes pour en faire des copies affligeantes. Ainsi Ratatouille, des studios Pixar est-il devenu Ratanouille, et sur ce lien, d’autres exemples de leurs frasques.

Plus prés de nous, l’un des films les plus plébiscités en 2010, « Avatar » va-t-il faire les frais d’un plagiat ?

En effet, l’écrivain chinois Zhou Shaomou, accuse James Cameron d’avoir plagié l’une de ses œuvres pour en faire son « Avatar ».

L’affaire est dans les mains de la justice, mais Cameron n’est pas inquiet.

En effet, il affirme que son scénario a commencé à être conçu il y a 15 ans, soit bien avant que le roman de Shaomou soit terminé. lien

En 1954, le grand Akira Kurosawa présente ses « Les 7 Samouraïs  » monument du cinéma mondial.

Or, six ans après, John Sturgess va réaliser ses « 7 mercenaires  », reprise fidèle du film de Kurosawa.

L’intrigue est totalement la même : un petit village racketté par une bande de brigands, va se donner les moyens de se défendre, en engageant 7 mercenaires afin de retrouver leur vie paisible.

S’agit-il d’un plagiat, ou d’un hommage ?

Disons qu’il s’agit d’un « remake » et n’en parlons plus.

Que dire du « pour une poignées de dollars  » de Sergio Léone et de sa ressemblance avec « le Garde du Corps » du même Kurosawa ?

Si l’on regarde attentivement les deux films, on s’aperçoit que très manifestement, Léone a beaucoup apprécié le film de Kurosawa.

Du constructeur de cercueil, jusqu’à la fumée à la fin du film, en passant par la façon de filmer, d’une façon évidente, Léone a été très largement « influencé » par le  film de Kurosawa.

Du coté de la chanson de variété, le couple Vartan-Hallyday est particulièrement efficace.

On en veut pour preuve le plagiat de Sylvie Vartan qui, telle un « Shadock » déchainé, pompe allègrement à la fois chez Vladimir Kosma, le créateur de la musique des « feuilles mortes », et chez Guy Bontempelli, comme l’a prouvé Serge LLado dans le montage qu’il a présenté dans son émission chez Ruquier. lien

Quant à son ex-compagnon, l’exilé fiscal Johnny, il a été plus malin en allant chercher une chanson chez un artiste pas trop connu, un nommé Ferre Grignard.

Pour répondre à Antoine qui voulait le mettre en cage à Médrano, dans ses « élucubrations » il a, sans la moindre hésitation, transformé la chanson du dit Grignard la faisant sienne avec de nouvelles paroles : « cheveux longs et idées courtes ».

Pour s’en assurer, sur ce lien la chanson de Ferré Grignard (my crucified jésus-1966), et sur celui-ci, celle de Johnny.

L’affaire fit du bruit à l’époque, car Grignard demanda réparation, et obtint en échange un contrat chez Barclay, ce qui n’était peut-être pas une très bonne idée, car son succès trop rapide lui fit dilapider ses royalties.

Il devint chanteur de bistrots, oubliés par ses fans, et mourut d’un cancer de la gorge à 43 ans dans l’indifférence quasi générale. lien

L’art du plagiat s’invite aussi de plus en plus souvent dans l’éducation nationale. En effet, élèves, étudiants, puisent sans complexe sur le net, pour réaliser un travail scolaire, leur seul mérite étant de manier l’art du copié-collé, et du téléchargement, sans la plupart du temps donner leur sources, et donc s’attribuant des textes qui ne leur appartiennent pas. lien

Si le résultat final leur permettra d’accumuler bonnes notes et diplômes, pas sur que dans la vie réelle, çà leur soit d’un grand secours.

On se souvient des « sous-doués » de Claude Zidi qui, par tous les subterfuges possibles réussissent à obtenir leurs diplômes. extraits

Pour ceux qui manquent d’imagination, internet fait le tour des astuces possibles. lien

Les plagiats les plus cruels touchent le domaine de l’invention.

Il faut savoir que protéger une invention, c’est un peu la croix et la bannière.

Il faut déposer un brevet, et çà coute très cher.

Comme le dit Peter Temey, les chances qu’un brevet se termine par une application industrielle sont quasi les mêmes que de gagner au loto.

Et puis un inventeur plagié n’aura pas les moyens de faire respecter son titre de propriété intellectuelle.

L’inventeur du système de fermeture des bouteilles de limonade, avec son bouchon en porcelaine, (image) son joint en caoutchouc et son bizarre système de fermeture est mort dans la misère. Il s’appelait Alphonse Belmont, et son nom ne figure même pas dans le dictionnaire des inventeurs.

Ce même inventeur avait mis au point un dispositif pour éviter les accidents de trains.

Il arriva même à convaincre un député du bien fondé de son invention, mais l’administration lui répondit que, bien que sa trouvaille soit le système le mieux étudié et le plus parfait, l’installation serait trop couteuse pour la SNCF.

L’une de ses inventions a quand même été couronnée de succès, puisqu’il a été le premier à mettre au point le principe de la vaporisation des gaz dans un carburateur de voiture…mais hélas, d’autres en ont récolté les fruits. lien

Pourtant son brevet, portant le numéro 171780 à été pris le 25 octobre 1885.

Il est manifestement l’un des premiers, sinon le premier, à avoir fait fonctionner « un moteur à gaz par l’air carburé », puisque le brevet de Daimler date seulement du 29 janvier 1886. lien

Aujourd’hui, la seule reconnaissance qu’il ait eu, c’est une plaque sur le mur de la mairie de son village, Chimilin, un petit village du Nord Isère, et la création d’une association qui organise régulièrement des expositions de voitures anciennes.

Même en politique, le plagiat existe : la tentative de copier n’a pas échappé à notre chef de l’état, mais là, il y a un problème de taille. lien

Car comme dit souvent mon vieil ami africain :

« Si j’écoute, c’est moi qui profite, si je parle ce sera tout au plus les autres ».

Auteur : Olivier Cabanel

Source : www.agoravox.fr

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