Parrot : le Géo Trouvetou du high-tech français


Non, tous nos inventeurs n’ont pas filé en Californie ! Déjà leader mondial du kit mains libres pour voiture, cette PME parisienne conquiert aujourd’hui la planète avec une flopée de produits électroniques malins.

Lorsqu’il veut tester ses systèmes mains libres pour auto, Henri Seydoux ne monte pas à bord d’un bolide afin d’avaler de l’autoroute. Non, pour vérifier le bon fonctionnement de ces petits boîtiers qui permettent de téléphoner en gardant les mains sur le volant et les yeux sur la route, le patron de Parrot fixe une batterie sur un Vélib’ et accroche l’écran sur le guidon. «J’adore me promener dans Paris», prétend ce faux timide de 51 ans, qui ­tutoie dès la première rencontre. Quel cachottier, cet Henri. La vérité, c’est que le P-DG du leader mondial des kits auto mains libres roule à bicyclette parce qu’il n’a pas son permis de conduire  !

Il pourrait pourtant cent fois se payer un chauffeur. La société qu’il a créée en 1994, et dont il possède encore 35% des parts, est en effet d’une santé florissante. En 2010, Parrot («perroquet», en anglais) a réalisé un chiffre d’affaires de 242 millions d’euros, sept fois plus qu’en 2004. Son cours de Bourse a quadruplé depuis deux ans et son bénéfice a tri­plé sur un an. Incontesté sur son métier historique, qu’il vend directement au grand public ou en première monte aux constructeurs auto, Seydoux s’est même aventuré ces dernières années sur le segment des loisirs électroniques, que l’on croyait chasse gardée des Américains et des Asiatiques. Ses cadres photo, ses enceintes pour iPod et, surtout, son hélico télécommandé – 119 000 exemplaires vendus l’an dernier – représentent désormais 12% de ses revenus. La France aurait-elle enfin déniché son Steve Jobs  ?

A l’instar du boss d’Apple, Henri Seydoux a en tout cas connu l’échec avant la gloire. C’était en 2001, au Salon automobile de Francfort. Cet héritier de l’empire Schlumberger venait présenter aux journalistes du monde entier le premier kit mains libres sans fil qui devait enfin faire décoller une société jusque-là vivotant. Malheureusement, si le lieu était idéal, la date l’était moins : le 11 septembre. L’effondrement du World Trade Center éclipsa son invention. Têtu, notre homme n’a pas baissé les bras. «Alors que tous les experts misaient sur le protocole Wi-Fi, il a persévéré dans le Bluetooth», se souvient Olivier Protard, à l’époque capital-risqueur chez Sofinnova, son investisseur historique. L’obstination a payé : le marché a plébiscité cette technologie, et Sofinnova a gagné douze fois sa mise. Parrot a aussi bénéficié de l’interdiction progressive du téléphone au volant et ne semble pas, pour l’heure, inquiet des menaces d’interdiction totale des kits mains libres.

L’innovation, seul moyen pour une PME française de tenir tête aux géants de l’électronique… «Je ne me lance dans un projet que si j’ai la certitude d’être original», confirme Henri Seydoux dans son bureau du quai de Jemmapes, à Paris. Parrot n’a jamais sacrifié son budget R & D, qui représente un taux élevé de 12% du chiffre d’affaires. Sorti début mai, l’autoradio Asteroid, connecté à Internet, a encore pris de court les concurrents  : en plus de passer vos appels, il va chercher sur Deezer la chanson que vous lui dictez, avertit de la ­présence des radars et vous indique le chemin. ­Et qui sait si demain il ne pourra pas raconter des histoires aux enfants… Mais l’imagination du patron déborde de l’habitacle. L’an dernier, il s’est assuré une média­tisation planétaire avec son AR.Drone, un petit hélicoptère que l’on pilote jusqu’à 50 mètres de distance depuis un iPhone. «En 2006, j’avais réalisé un prototype de voiture télécommandée, raconte-t-il. Mais, quand j’y ai joué avec mon fils de 12 ans, ça ne l’a pas emballé. Le truc fascinant, c’était de voler.»

Parrot_Seydoux_Denis_2011

Ce drone est la meilleure illustration du côté Géo Trouvetou d’Henri Seydoux. Sans diplôme universitaire – une dyslexie l’a empêché d’aller au-delà du bac – mais initié sur le tas à l’informatique, il griffonne en permanence ses idées dans un petit carnet de croquis. Il en consomme trois par an, méticuleusement alignés sur une étagère. Exigeant, il passe son temps sur le dos de ses 257 ingénieurs, regroupés en plusieurs open spaces. Et peut les appeler à minuit chez eux pour une broutille. Il encourage chacun à proposer ses idées et récompense de 2 000  euros chaque brevet publié. La boîte en a déjà 117 à son catalogue, dont 46 signés du patron.

Des idées géniales, les Français n’en manquent pas. Mais c’est souvent leur concrétisation qui pèche. Parrot a échappé à cette malédiction en calibrant ses coûts au plus juste. Si les blouses blanches sont à Paris, les petites mains sont en Chine. «Henri a toujours refusé de produire à moins de 50% de marge brute, ce qui est très ­ambitieux dans le secteur», raconte Olivier Protard, son premier investisseur. Elise Tchen, la directrice industrielle d’origine vietnamienne basée à Hong Kong, ratisse donc la ­région pour dénicher les fournisseurs low-cost. En 2008, l’acheteuse a pu encore abaisser ses coûts, car Parrot s’est mis à équiper les véhicules en première monte, garantie d’énormes volumes de commandes : Hyundai, Renault, Volkswagen, Audi, BMW…

Parrot peut d’ailleurs se permettre de faire payer ses trouvailles au prix fort. Ses kits mains libres, en vente chez les Boulanger, Carrefour, Norauto ou Phone House, s’affichent entre 100 et 300 euros, quand les concurrents descendent sous les 40 euros. Seydoux a poussé cette logique de montée en gamme encore plus loin en 2009 avec l’enceinte sans fil Zikmu. Dessiné par Philippe Starck, ce cône futuriste n’a séduit que quelques milliers de happy few. A 1 200  euros pièce, on peut comprendre. «Mais les volumes ne sont pas l’objectif de ce produit, estime Eric Beaudet, analyste chez Natixis. Sa forte médiatisation a accru la notoriété de la marque.» Seydoux y croit et promet un Zikmu 2 pour 2011.

Sur les cadres photo dessinés par la créatrice Andrée Putman, par contre, Henri Seydoux avoue ses doutes. «C’est un sujet difficile, soupire ce fan de photo, tout en vous tirant le portrait avec l’objectif de son smartphone dernier cri. Vous savez, y a pas que le boulot dans la vie  !»

La famille en or du boss de Parrot

S’il n’avait pas réussi, Henri Seydoux aurait détonné dans la famille. Son arrière-grand-père, Marcel Schlumberger, a fait fortune en révolutionnant les techniques d’exploration pétrolière. Son oncle Michel Seydoux a hissé le Losc au sommet du foot français, son autre oncle, Nicolas, a racheté Gaumont en 1975, et son père, Jérôme, s’est offert Pathé (soit 967 salles de cinéma pour les deux). Et sa fille Léa a décroché deux nominations aux César.

Auteur : Gilles Tanguy

Source : www.capital.fr

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