Innovation et R&D : les propositions des candidats


Alors que les dépenses de R&D n’atteignent pas les objectifs européens de l’ordre de 3 % du PIB, l’innovation scientifique demeure l’une des clés des investissements d’avenir. Les candidats à la présidentielle l’ont bien compris et proposent des solutions pour enrayer son déclin. Tour d’horizon des propositions.

Selon Nicolas Sarkozy :

Il faut favoriser l’émergence d’une dizaine de grands pôles universitaires de rang mondial. « Une convention entre les représentants de l’enseignement supérieur et de la recherche et les fédérations du secteur du numérique » prévoit un rapprochement universités-entreprises.

Nicolas Sarkozy souhaite créer une Agence de l’innovation numérique et mobiliser davantage de moyens à l’open data. Pour aider à la création de start-up, en « rassemblant les organismes d’aide d’accompagnement, de financement ou d’investissement, en un guichet unique », il souhaite créer « Start up France ».

Par ailleurs, il souhaite encourager le développement des PME.

Selon François Hollande :

Le soutien à l’innovation est synonyme de soutien à la recherche fondamentale. Un lien enseignement supérieur/recherche et innovation/valorisation et transfert de technologies doit être favorisé. Il est nécessaire d’apporter plus de moyens aux universités. Les PME-PMI bénéficieront davantage du crédit impôt recherche.

Le crédit impôt innovation viendra compléter le crédit impôt recherche, qui a pour but d’aider les jeunes entreprises à se développer. L’accès au crédit, la diffusion de l’innovation, le lien entre les entreprises innovantes et les laboratoires doivent être facilités. La croissance des PMI-PME doit être renforcée, grâce à la mise en place d’une banque publique d’investissement qui permettra de renforcer les fonds-propres.

Concernant l’innovation, il estime que son origine n’est pas toujours prévisible, bien qu’elle trouve en partie sa source dans la recherche fondamentale. Néanmoins, l’industrie peut apporter sa pierre à l’édifice, notamment dans la phase de développement où son expertise est indispensable.

La simplification des structures et des procédures permettra de gagner du temps pour se consacrer à l’enseignement et à la recherche.

L’erreur, ou l’échec d’un travail scientifique ne doit pas être sanctionné, mais perçu comme le cheminement logique qui conduira vers la réussite.

[Pour rappel, les propositions des autres candidats]

Selon Marine Le Pen :

Il faut bien distinguer les aspects quantitatif et qualitatif concernant la recherche et le développement. Bien que la part du PIB allouée soit moindre par rapport à celle du Japon, des États-Unis, ou encore de la Suisse, ce qui compte réellement, c’est la capacité des entreprises à innover et la qualité du continuum enseignement supérieur/recherche fondamentale/recherche industrielle/exploitation commerciale. La réussite tient dans l’organisation de ce continuum.

Pour que les PME puissent développer leurs ambitions technologiques, il faut leur faciliter la tâche en les laissant libres de développer leurs projets, de nouer les partenariats qu’elles entendent et de dégager les contraintes d’ordre administratif qui pèsent sur elles. Elle entend pour ce faire, mettre sur pied un Commissariat au plan/Haut conseil, en lui pourvoyant d’importants moyens.

Il est nécessaire de joindre harmonieusement les universités et le tissu industriel en un partage sain des tâches, tirer le meilleur de chaque partie, en s’inspirant éventuellement du modèle suisse. La recherche ne doit pas nécessairement venir des universités, mais bien de l’organisme le plus approprié. La création d’une recherche d’État doit consolider les recherches en apportant du soutien aux entreprises.

Il faut mettre en place un système de bourses de recherches afin de récompenser les initiatives fécondes et d’augmenter la fréquence et le montant des prix accordés aux chercheurs.

Selon Jean-Luc Mélenchon :

En prenant en compte les lois de finance successives, trois milliards d’euros de financement public sont alloués chaque année à la recherche des entreprises, un milliard provenant du seul crédit d’impôt recherche. En plus d’augmenter les subventions pour la recherche publique, il s’agit d’orienter son contenu et d’élargir les recherches – ce qu’il nomme, « l’appui à l’innovation », conditionné à des critères de développement social et écologique durable.

L’État doit apporter davantage de soutien aux PME-PMI. Le développement d’un tissu de PME technologique ne peut se faire que par la création d’un grand pôle financier visant notamment à faciliter l’obtention de prêts à taux très bas. En parallèle de la planification écologique, le pôle financier soutiendra les politiques d’investissement des entreprises vers les innovations industrielles aux productions utiles.

La R&D doit avoir pour ambition de financer les technologies synonymes d’avancées sociales et environnementales. Jean-Luc Mélenchon se démarque avec son grand projet de recherche sur la biodiversité et l’écosystème marins. Ce projet prévoit l’exploitation des immenses gisements énergétiques des mers.

Les pôles de compétitivité seront remplacés par des pôles de coopération. Un établissement public de recherche technologique et industrielle sera crée sur le modèle du CNRS.

Selon François Bayrou :

L’innovation mérite d’être amplifiée et la recherche doit conserver une visée internationale. L’enseignement supérieur doit poursuivre sa modernisation, notamment concernant l’autonomie des universités, le recrutement des enseignants. Il est nécessaire d’assurer un fonctionnement sain basé sur la coopération.

L’innovation se fait en amont, par la formation de la jeunesse. Par une concertation, l’organisation de l’enseignement supérieur et de la recherche, doit être repensée. La préparation des étudiants au marché de l’emploi, doit envisager sérieusement la possibilité de formation en alternance. Les universités doivent prendre en considération la formation continue.

Pour la recherche, l’adoption d’une loi d’orientation est nécessaire pour préciser le rôle et les priorités des organismes de recherche. En outre, il faut rééquilibrer le financement public de la recherche afin de soutenir les laboratoires, diminuer le poids des contraintes administratives et valoriser le parcours doctoral.

Selon Eva Joly :

Le développement de l’innovation écologique au sein du tissu industriel est indispensable. Il faut donc augmenter les dépenses de R&D. Pour ce faire, l’effort public de recherche civile doit être plus élevé, financé en partie par une réorientation du crédit d’impôt recherche.

Il faut favoriser l’émergence des PME innovantes et créer des conditions pour un développement de la R&D privée. Eva Joly prévoit de lancer des concours d’innovation, de proposer une fiscalité incitative et d’ouvrir le dialogue entre recherche et industrie.

Les PME doivent être accompagnées financièrement, ce ne doit plus être l’apanage des grandes entreprises.

Les régions doivent tenir un rôle plus important dans la R&D et être plus actives dans l’accompagnement de l’économie locale.

Le rôle des universités tient dans la formation des cadres et dans l’exploration des frontières des connaissances. Cependant, il ne doit pas être confondu avec celui des entreprises, bien que des relations ou des accompagnements entre les deux ne soient pas exclus.

Selon Nathalie Arthaud :

La recherche doit être une priorité, de fait, il est indispensable d’injecter des fonds importants dans la recherche. Des sommes non plus soumises à la « loi du marché » et aux spéculateurs mais en réponse aux défis humanitaires et environnementaux que nous devons affronter. Et c’est l’État, plutôt que les PME privées, au travers d’un travail collectif, qui doit en être garant.

Selon Nicolas Dupont-Aignan :

Dans un premier temps, dans le but de favoriser la R&D, il faut encourager les bons élèves à choisir des métiers scientifiques en valorisant ces métiers dans la société et en termes de salaire.

Il faut renforcer la dynamique de partenariat entre les acteurs de la recherche, des entreprises et de l’enseignement. Pour soutenir les initiatives des laboratoires de recherche, une Agence de R&D, en remplacement de l’Agence Nationale de Recherche, doit être créée, tout en conservant une part du budget pour la recherche de projets innovants.

Une séparation entre la recherche et l’enseignement doit avoir lieu. L’université doit conserver son rôle de transmission de la connaissance. Les organismes de recherche doivent oeuvrer au service de l’État. Aussi, les chercheurs et les enseignants doivent être fonctionnaires.

Selon Jacques Cheminade :

Les capacités créatrices de chacun doivent être prises en compte dans l’enseignement. Il faut revaloriser les postes de sciences physiques et améliorer le salaire des doctorants.

Pour développer un tissu de PME technologiques, la création d’une banque publique d’investissement ou d’un pôle financier public comprenant un secteur spécialisé dans les PME innovantes, est prévue.

Les PME seront soulagées de 3 % sur l’impôt sur les sociétés. Pour les PME de moins de 50 salariés, l’obligation des 35 heures sera levée, les déclarations fiscales simplifiées.

Les chercheurs devront pouvoir se consacrer à l’enseignement et inversement. Un lien CNRS – universités – entreprises devra être établi : l’ensemble CNRS – universités centré sur la recherche fondamentale et les entreprises sur la recherche appliquée.

Une journée par semaine, les professeurs d’université et les chercheurs du CNRS pourront intervenir en tant que consultants dans les entreprises. Le CNRS devra par ailleurs être rajeuni.

Auteur : Sébastien Tribot

Source : www.votonspourlascience.fr

 

La France de l’Innovation : retrouver le leadership


«Made in France». S’il existe quelques variantes dans la formulation, la plupart de nos leaders politiques se sont emparés de ce thème pour affirmer leur volonté de donner des forces au tissu industriel français et à notre économie. Il s’agit d’un argument central dans le contexte de la crise mais aussi dans celui du rayonnement de la France et de son attrait pour les investisseurs étrangers.

Au-delà de l’intention à laquelle chacun adhère, cette précieuse dynamique incarnée par le « made in France » ne pourra être réellement développée que sur la base d’un positionnement innovant fort, reconnu au niveau international. Il n’est pas inutile de rappeler, par exemple, que la France a été championne en matière d’industrie informatique, et qu’aujourd’hui encore ces entreprises d’ingénierie et d’informatique à la française dominent le marché européen face aux géants mondiaux. Il s’agit d’un patrimoine dont nous pouvons être fiers.

Malgré cela, la France ne parvient pas à se hisser aujourd’hui aux tous premiers rangs des nations innovantes. La France continue d’observer, avec une certaine envie, les extraordinaires foyers d’innovation que sont la Silicon Valley ou Israël, et que sont en train devenir les fameux BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine). Alors comment reproduire ce phénomène ici et faire de la France un centre international d’innovation et de croissance comparable ?

Il y a bien des raisons d’être optimiste et d’espérer en France, malgré les difficultés économiques actuelles. La France a elle aussi ses « hampions » du numérique – Vente-privée.com, Meetic, PriceMinister ou Iliad, pour ne citer que les plus connus – et les français restent caractérisés par une forte fibre entrepreneuriale et créative. Mais un certain nombre de conditions font défaut pour permettre à cette énergie entrepreneuriale et cette volonté d’innovation de prendre corps. Des changements de fond doivent être opérés si nous voulons développer une culture de l’innovation et être davantage compétitifs par rapport aux pays que nous aurions tort de continuer à appeler « pays émergents ».

Sept pistes essentielles peuvent être explorées et mises en œuvre pour favoriser ce processus de changement.

1. Éducation. Le nombre d’étudiants attirés par les TIC est en forte baisse, malgré le dynamisme de l’économie des technologies et du numérique et la reconnaissance de l’informatique comme plateforme fondamentale pour la compétitivité. La modernisation de l’enseignement supérieur devrait donner naissance à des partenariats solides avec les entreprises qui participeraient ainsi à son rayonnement et son attractivité.

2. Compétences. Nous avons besoin d’une politique offensive de transmission des savoirs, et de dispositifs de formation continue et de droit individuel à la formation allant vers une utilisation plus efficace des cotisations versées par les entreprises. Ces moyens financiers très importants – 25 à 30 milliards d’euros versés annuellement – pourraient s’articuler plus efficacement avec les politiques de formation et d’apprentissage, afin de faire mieux correspondre les opportunités de formation avec les transformations structurelles de l’économie. La réforme de la formation professionnelle votée en 2009 va dans le sens d’une remise à plat et d’une rationalisation du mille-feuille des organismes de collecte, de redistribution et d’accès à la formation. Cet objectif doit être poursuivi. Les fonds collectés pourraient également être utilisés pour accorder davantage de place à la formation professionnelle à l’école. Dans les entreprises, des stratégies innovantes pourraient être soutenues pour encourager les collaborateurs plus expérimentés à rafraîchir leurs compétences et profiter de ces profils seniors pour former les plus jeunes. Et, entre l’école et les entreprises, des liens plus forts peuvent être tissés, à commencer par la formation en alternance. Les technologies de l’information et les outils « sociaux » facilitent tout cela aujourd’hui. La technologie peut apporter plus de souplesse en termes de choix et d’accès à la formation, plus de personnalisation dans les formations dispensées et plus d’efficacité en matière de valorisation des acquis et des compétences.

3. Ouverture de nos frontières. La procédure de demande de visa et de titre de séjour devrait être assouplie pour les personnes qui contribuent à l’économie de l’innovation. Nombre d’entreprises du secteur des technologies investissent à l’étranger en développant des plateformes de services, par exemple au Maroc, en Inde, aux Philippines, etc. Cette approche, qui répond à la concurrence internationale, est aussi une opportunité d’affirmer le positionnement de « champions » français et de développer le chiffre d’affaires de nombreuses entreprises françaises à l’étranger.

4. Régions. En repensant la distribution, l’articulation et le financement des plateformes régionales de créativité, le gouvernement pourrait contribuer à faire baisser les chiffres du chômage et inverser la fuite des cerveaux vers la région parisienne, voire à l’étranger. La consolidation des partenariats Grandes Ecoles-Universités-Entreprises au niveau régional donnerait une légitimité supplémentaire à ces plateformes. Une politique ciblée favoriserait également le développement du télétravail pour ancrer les populations de manière plus durable dans les territoires et contribuer aux objectifs environnementaux de baisse de CO2.

5. Infrastructure. La France a besoin de se présenter comme un pays favorable à l’innovation en offrant des services de base sur tout son territoire, comme la connexion Wi-Fi gratuite, la connectivité très haut-débit et l’accès à des points de recharge électrique dans les espaces publics. Des opérations de partenariat avec des prestataires technologiques permettraient de rendre ces initiatives abordables.

6. Mettre un visage sur la France de l’Innovation. Pourquoi ne pas considérer la création d’un secrétariat d’Etat, voire d’un ministère consacré à l’innovation ? Il pourrait « doper » les actuels secrétariats d’Etat chargés de l’Industrie et du Travail.

7. Aide au financement. Les avantages fiscaux et aides publiques devraient favoriser davantage le développement des start-ups. C’est un point fondamental qui influence très sensiblement la naissance des sociétés les plus innovantes.

L’innovation est vitale pour le dynamisme de toute économie. Elle est l’une des clés du « made in France » que chacun appelle de ses vœux. Mais l’innovation ne se décrète pas. Elle se pense et s’organise via l’encouragement et la levée des freins financiers, administratifs, mais aussi culturels. Pour les deux premiers, la responsabilité en revient pour majeure partie aux Etats. Pour le dernier, c’est davantage au niveau des individus et des entreprises que l’évolution doit se faire.

Auteur : Jean-Marc Lazzari, Président de Logica France

Source : lecercle.lesechos.fr

Tunisie / Propriété industrielle… encore du chemin à faire


Tant d’efforts ont été déployés par l’Institut national de la normalisation et de la propriété industrielle (l’INNORPI), afin d’impulser la créativité et l’innovation dans les domaines industriels dans le pays. Et pourtant, les mécanismes de la propriété industrielle sont relativement encore peu utilisés par les PME tunisiennes.

« La propriété industrielle est le générateur de l’économie, puisqu’elle équilibre les intérêts concurrents en rapport avec l’innovation», souligne Mohamed Chokri Rejeb, le Directeur général de l’Institut.

Faire comprendre le rôle de la propriété industrielle dans la promotion de la création et la croissance économique et faire connaître au public les produits et services de l’INNORPI, sont les objectifs de la journée d’information organisée par l’Institut, le 26 avril, dans le cadre de la journée mondiale de la propriété intellectuelle placée sous le thème « des inventeurs visionnaires » qui sont les personnes qui, par leur ingéniosité et leur talent artistique, ont repoussé les frontières traditionnelles, ouvert de nouvelles perspectives et laissé une empreinte durable.

Création de bureaux de transfert technologiques

Afin de promouvoir la propriété industrielle, l’Institut crée des bureaux de transfert technologiques et annonce l’entrée en vigueur de l’Acte de Genève de l’Arrangement de La Haye, concernant l’enregistrement international des dessins et modèles industriels. Cet acte, qui entrera en vigueur le 13 juin 2012, consolidera la PI comme outil de développement économique.

En effet, la propriété industrielle, qui comprend les brevets d’invention, les marques de fabrique de commerce ou de service, les dessins et modèles industriels, les schémas de configuration des circuits intégrés, les noms commerciaux et les indications géographiques, est répartie en deux catégories, à savoir les créations nouvelles, à caractère utilitaire (les brevets d’invention et les schémas de configuration des circuits intégrés) ou à caractère ornemental (les dessins et modèles industriels) et les signes distinctifs, qu’il s’agisse des marques ou des indications géographiques. Sans oublier, qu’ en matière d’encouragement à la création de projets, l’État accorde des primes pour les Investissements technologiques prioritaires (ITP), à raison de 70 % pour les investissements immatériels, ce qui englobe les taxes dues au titre de la propriété industrielle.

L’Institut a également veillé depuis sa création à diffuser l’information auprès des industriels et chercheurs, à travers les banques de données qui englobent des millions de documents de brevets, afin de leur permettre l’exploitation des informations techniques et par conséquent de développer leurs recherches, leurs produits, ainsi que leurs capacités technologiques. Les chercheurs, les centres, les laboratoires et les unités de recherche sont aussi concernés par l’appel à exploiter au mieux l’information existante au niveau des brevets, tant à l’échelle nationale qu’internationale, et à procéder à l’enregistrement des résultats de leur recherche, ce qui ne manquera pas de galvaniser la production scientifique, mais aussi de valoriser les résultats de la recherche et de la développer.

La journée d’information a également débouché sur un certains nombre de suggestions et de recommandations de la part des intervenants de diverses institutions publiques, notamment l’encadrement des chercheurs dans le secteur des PME en ce qui concerne la diffusion de l’information, la valorisation des idées innovantes et l’instauration de cursus et programmes visant la promotion de la propriété industrielle au niveau de l’université.

Ainsi, c’est principalement aux industriels de mieux exploiter toute cette documentation et de mieux optimiser les différents instruments et mécanismes mis à leur disposition en vue de mieux faire face à la concurrence.

Auteur : Zeineb Rezgui

Source : www.leconomistemaghrebin.com

Canada / Le brevet, le bouclier et l’épée des inventeurs !


En se procurant un brevet, «on se paie un beau bouclier». Vrai. Mais surtout, insiste Mireille Jean, «on se paie l’épée qui vient avec !» Son parcours le confirme : qui sait manier le sabre peut gagner gros. Il y a cinq ans, elle a vendu le brevet de sa petite entreprise saguenéenne de télécoms à nulle autre qu’IBM. L’histoire ne dit pas combien, mais on comprend que ce n’était pas des cacahuètes.

Une vingtaine d’hommes et de femmes d’affaires se sont déplacés, hier, pour écouter les conseils de Mireille Jean, entrepreneure, auteure et conférencière, dans les locaux de Québec International, rue Lavigerie. Elle explique comment fonctionne le monde méconnu des brevets.

«Ils ne sont pas juste là pour nous protéger, ils sont là pour nous faire faire de l’argent aussi !» Son livre Innover c’est bien… mais breveter c’est mieux va dans le même sens.

À la tête de Trioniq, sa PME au Saguenay, elle fait breveter un système qui permet l’insertion et l’extraction de cartes électroniques dans les boîtiers d’ordinateur. Sur le site de l’Office de la propriété intellectuelle du Canada, on lit qu’«un brevet est le droit que vous donne le gouvernement d’empêcher d’autres personnes de fabriquer, d’employer ou de vendre votre invention au Canada». Préparer un dossier peut coûter 20 000 $. Il faut aussi breveter dans autant de pays que nécessaire.

Un actif

Mme Jean comprend qu’un brevet en poche «devient un actif». Elle lance l’opération charme. SGI, le fabricant de superordinateurs de Silicon Valley, lui achète une licence, c’est-à-dire le droit d’utiliser son brevet. Peu après, IBM répond présent. Mais IBM ne veut pas louer, il veut acheter la technologie. Un brevet, «ç’a aucun rapport d’où il est et qui le possède. Ç’a rapport à son potentiel commercial. […] J’étais en affaires ! Même si j’étais une PME de Chicoutimi qui baragouinait l’anglais comme je pouvais, ça ne changeait rien». Son brevet, c’était le «fonds de commerce» de son entreprise. Mais l’offre d’IBM était assez alléchante pour le vendre. «J’ai ouvert le champagne ! […] J’étais vraiment fière de moi, Mireille Jean, comme propriétaire de PME, d’avoir négocié, avec ce géant-là, à New York, avec des gens en Californie.»

Dans la salle, Bernard St-Pierre, vice-président aux opérations chez Explora, tend l’oreille. L’entreprise, présidée par Harold Vachon, n’a pas de brevets, mais il commence à penser qu’elle devrait s’y mettre.

Dans le Parc technologique, elle conçoit des solutions sur mesure pour rendre portables des équipements fixes : des contrôleurs de spa, des instruments de mesure, etc. «On développe des choses pour nos clients, des fois on a de bonnes idées qu’on pourrait, au lieu de les développer pour les clients, les développer pour nous-mêmes et les vendre à nos clients», soutient M. St-Pierre. S’il n’a pas songé à demander un brevet pour certaines de ses idées, il est fort possible qu’un client ne s’en soit pas privé…

«Si j’invente quelque chose d’intéressant, au lieu de le vendre à un client, je pourrais [demander un brevet], le vendre [sous licence] à plusieurs et garder mes droits.» Il a beaucoup à gagner : «On est excités de voir tout le potentiel qui serait utilisable chez nous. Ça fait réaliser aux gens : attention ! Vous êtes assis sur du potentiel que vous n’utilisez pas !»

Auteur : Pierre-Olivier Fortin

Source : www.cyberpresse.ca

Un vélo en plastique recyclé


Un inventeur uruguayen fabrique des cadres de vélo à partir de bouteilles de plastique récupérées. Une première.

Il a fallu douze ans à Juan Muzzi pour concevoir une ossature de bicyclette en plastique recyclé.

Chaque cadre nécessite environ 200 bouteilles. Celles-ci sont réduites en granules qui sont ensuite injectés dans un moule. En moins de 3 minutes, le cadre de vélo est prêt.

En plus d’être flexible, économique et antirouille, il est étonnamment solide. Il résiste à une chute de 18 mètres et reste intact après qu’une voiture de 400 kg ait roulé dessus.

Ce cadre de bicyclette jouit d’une belle popularité puisque la compagnie Muzzicycles a reçu quelque 2500 commandes. Il se vend environ 140$ l’unité.

Pour un peu plus de 1000$, M. Muzzi propose une bicyclette faite à 100% de matériaux recyclés tels des bouteilles de shampoing et des pièces de réfrigérateurs.

Source : www.sciencepresse.qc.ca

En France on n’a pas de pétrole, mais on a des idées


Entre 1999 et 2011, le concours national d’aide à la création d’entreprises de technologies innovantes organisé par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche français a enregistré 17 400 candidatures. Ce chiffre est significatif. Derrière chaque candidature sommeille la création de milliers d’emplois nécessaires à l’économie.

En 2011, le concours a récompensé 149 lauréats dont 67 lauréats en « création-développement » qui ont bénéficié, en moyenne, d’une subvention de presque 215 000 euros pour financer 60 % de leur programme d’innovation. Les 82 lauréats restant « en émergence » ont reçu en moyenne 31 000 euros, pour financer les prestations nécessaires à la maturation de leurs projets. Pour encourager la création d’entreprises innovantes, l’organisme d’état de financement et de garantie de projet d’entreprises OSEO (à ne pas confondre avec l’Office for Serious Economic Offences en Afrique du Sud), a garanti 360 millions d’euros d’investissement en capital-risque. C’est beaucoup d’argent pour l’État dans une conjoncture économique déficitaire, mais si la France veut garder ou dépasser son rang de cinquième économie mondiale, c’est encore trop peu.

Comment attirer les fonds privés pour financer les start-ups françaises ?

Les disciples de l’économiste libéral Friedrich Hayek apprécieront l’économie de deniers publics, car après tout, le gouvernement n’est peut-être pas le meilleur acteur économique pour financer les start-ups. Où sont donc les investisseurs en capital-risque ? Les mauvaises langues vous diront qu’ils sont aux États-Unis, mais la réalité est plus nuancée. Petit exercice, analysons la performance du capital investissement : sur cinq ans, le U.S. Venture Capital – Early Stage Index (2006-2011) a enregistré un retour sur investissement annuel de 6,87 %. En contraste, selon l’Association Française des Investisseurs en Capital (AFIC) le taux de rentabilité interne des capitaux à risque investis en France (2005-2010) est négatif (-2,4 %). Si la comparaison entre les deux pays est faussée par les économies d’échelle, elle met cependant en évidence la difficulté à financer une start-up en France de façon profitable en moins de cinq ans.

Les investisseurs patients sont une espèce rare. Et pourtant, en France, les taux de rentabilité des capitaux de développement et des capitaux de transmission qui financent des entreprises plus mûres dans leur développement, sont quant à eux positifs et performants (5,2 % et 13,9 % respectivement sur cinq ans). Comment attirer plus de fonds privés afin de financer des start-ups françaises ? L’expérience israélienne, un pays « start-up » par définition, avec une population de 7 millions et une capacité d’auto-investissement bien inférieure à celle de la France, a la position enviable d’avoir mobilisé 2,14 milliards de dollars de capital-risque en 2011, dont un peu plus des deux tiers est d’origine étrangère. Déjà en 1968, le gouvernement israélien créait «The Office of the Chief Scientist» pour pallier les défaillances des marchés à développer la recherche et le développement.

En 1984, la valeur en bourse sur le NASDQ des compagnies technologiques israéliennes était de 780 millions de dollars. L’approche guidant les investissements du gouvernement israélien est mercantile et comparable à celle d’une société de capital-risque. Sa spécificité : favoriser la participation du secteur privé pour sélectionner les projets porteurs tôt dans leur développement, et courtiser agressivement les capitaux étrangers. Ses moyens : des avantages fiscaux, des subventions et des garanties importantes, y compris pour la recherche et le développement faits en collaboration avec des entreprises étrangères. Les garanties apportées permettent de gérer les risques des investisseurs sans avancer de fonds publics. Ainsi le budget prévisionnel pour les nanotechnologies du programme de l’I.S.E.R.D. (organisme public israélien de promotion pour la recherche et développent avec l’U.E.) est de 3,5 milliards d’euros. Il est donc possible de faire plus avec moins.

Auteur : Isabelle Delalex est chargée de cours en finance et économie à l’université Pace et Columbia de New York, après avoir été analyste et directrice de recherche dans le secteur bancaire.

Source : www.france-amerique.com