La Foire de Paris met les «Makers» à l’honneur


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La Foire de Paris, qui s’ouvre ce vendredi pour dix jours, n’est plus ce qu’elle était. Ou plus seulement. Certes, on y trouve toujours cheminées, piscines, vêtements, sandwichs dans une ambiance festive. Mais maintenant on y fait aussi une grande place à la création individuelle.

«Les makers, c’est un mouvement qui fait un tabac aux États-Unis. À New York ou à San Francisco, les rencontres qu’ils organisent pour présenter leurs inventions personnelles au grand public réunissent jusqu’à 200.000 personnes», s’enthousiasme Carine Préterre, la directrice de la Foire de Paris. L’événement, qui s’installe Porte de Versailles pour dix jours, se fait fort d’introduire en France un mouvement qu’il juge dans l’air du temps. L’an dernier, pour la première édition de «Maker Faire Paris», les créateurs individuels français ont accueilli 35.000 visiteurs. Ils en attendent le double cette année.

Ces créateurs seront 300, les 30 avril et 1er mai, à présenter leurs projets. Pour la plupart ils auront bricolé leur invention dans leur garage, pour leur utilité personnelle et sans vocation commerciale. Dans cette communauté créative, les visiteurs découvriront l’inventeur d’une fraiseuse numérique fabriquée maison, de la découpe de papier artistique, des livres en 3D, ou encore des robots construits en matériaux de récupération. Des ateliers, des lieux d’échanges, des spectacles et démonstrations sont prévus durant tout le week-end. Une rencontre avec des milliers de Géo Trouvetou et de la culture du Do-it-yourself, en mode collaboratif.

560.000 visiteurs attendus en dix jours

«L’innovation n’appartient plus aux grands groupes mais aux individus, ce sont eux qui créent les objets dont ils ont besoin», confirme Jérémie Nacache, co-créateur du site de e-commerce Bisly. Sa participation à la Foire de Paris est une première occasion de rencontrer des clients en leur présentant de visu les produits innovants qu’il a dénichés. Lui n’est pas un maker, mais un jeune entrepreneur qui vise par sa présence à développer son chiffre d’affaires et engranger de nouveaux clients.

Comme 73 autres jeunes chefs d’entreprises ou start-up, il sera lui aussi à l’honneur dans un «espace découvertes» qui leur est dédié. Pour la plupart d’entre eux, ce sera un baptême du feu. Leur première confrontation avec un public en quête d’innovation et prêt à ouvrir son porte-monnaie pour des achats coup de cœur. «En moyenne à la Foire de Paris, les acheteurs dépensent 448 euros , et 70% des exposants reviennent d’une année sur l’autre», analyse Carine Préterre. Cette année, cet événement géant sans équivalent en Europe espère accueillir 560.000 visiteurs en dix jours.

Source : www.lefigaro.fr

Vous ne rentrerez plus pieds nus


Un designer valaisan a inventé un gadget qui permet de réparer en quelques secondes une tong cassée. Une création dont le baptême du feu aura lieu à la Maison Suisse de Rio.

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Le répare-tongs de Matthieu Monnard, en format carte de crédit, se glisse dans le porte-monnaie, au cas où…

Qui a eu cette idée folle, un jour d’inventer le… répare-tongs? A première vue, il faut l’avouer, l’invention laisse perplexe. Ces chaussures vendues quelques francs sur les plages du monde entier méritent-elles d’être réparées? «Le problème est que, évidemment, elle ne se casse jamais quand on est à la maison, commente Matthieu Monnard, l’inventeur dudit objet. La lanière lâche toujours quand on est en balade, à un concert ou en pleine ville.» Un problème rencontré plusieurs fois par le Valaisan ou ses amis. Au point qu’en 2014, sur le point de terminer ses études de designer industriel, il décide de plancher sur cet épineux souci, en marge de son travail de diplôme. «Je suis d’abord allé vérifier sur le Net, mais rien de spécifique n’existait. En revanche, énormément de vidéos, notamment postées au Brésil, montraient des astuces pour bricoler une réparation provisoire avec un élastique, une ficelle. J’ai compris qu’il y avait un marché.»

Excellent support publicitaire

Présenté en 2015 sur la plate-forme de financement participatif kickstarter, le répare-tongs part aujourd’hui à la recherche de son public. Un chemin qui passera par le pays de la tong: le Brésil. Il y a quelques mois, Matthieu Monnard a été invité par Swiss-nex, le réseau qui présente la Suisse scientifique et technologique dans le monde, à donner une conférence sur le thème «D’où viennent les idées?» dans les murs du consulat, à Rio. Des membres de Présence Suisse étaient présents et ont été immédiatement séduits par son invention. Des répare-tongs estampillés Maison Suisse seront donc distribués à Rio. «C’est l’idée de départ de l’invention. C’est un gadget trop bon marché pour être vendu. Mais c’est un excellent support publicitaire pour une entreprise qui voudrait se démarquer.» Et son inventeur en est sûr, même dans une Suisse au climat un rien moins tropical que Rio, le répare-tongs a de l’avenir.

Auteur : Melina Schröter

Source : www.lematin.ch

Le conteneur, révolution mondiale, a 60 ans


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Malcolm McLean est l’inventeur du conteneur, révolution qui fête ses 60 ans.

Le 26 avril 1956, Malcolm McLean lançait le premier chargement de conteneurs sur le pont modifié d’un ex-pétrolier, le Maxton. Soixante ans plus tard, la capacité de transport des porte-conteneurs en service dépasse 20 millions de boîtes.

Modeste homme d’affaires de la côte est, Malcolm McLean savait-il, le 26 avril 1956, qu’il allait révolutionner le commerce mondial et accélérer la mondialisation ? Sans doute pas. S’inspirant des contraintes de l’armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale, ce patron de transport routier lance alors un premier service maritime entre New York et Houston qui s’appuie sur une « boîte » standard, le conteneur, capable d’aller d’un train à un navire en passant à un camion sans jamais que le chargement, à l’intérieur, n’ait besoin d’être manipulé.

La première boîte, chargée à bord d’un ancien pétrolier de type T-2 au pont modifié, fait 35 pieds de long. La standardisation ne gardera pas cette taille, préférant soit 20’, soit 40’, voire désormais 45’ pour s’adapter à la palettisation des marchandises selon les normes européennes.

McLean utilise quatre pétroliers T-2 de 16 500 tpl, les Ideal X, Maxton, Almena et Coalinga Hills capables de charger chacun 58 conteneurs, très loin des 20 000 boîtes d’aujourd’hui. À leur retour du Texas, ils ramènent en même temps des produits pétroliers.

Le premier porte-conteneurs cellularisé (avec des cellules pour loger les boîtes), le Gateway City, fait son voyage inaugural en octobre 1957. Montant en puissance, McLean va créer Sea-Land Services en 1960, qu’il vend au groupe Reynolds en 1969 et qui a été racheté en 1999 par le n°1 mondial, Maersk Line. Il se lancera après dans l’aventure US Lines, qui inventera un premier tour du monde mais connaîtra une faillite retentissante. Peu importe, grâce à cet homme mort à 87 ans dans l’anonymat en mai 2001, la conteneurisation est un phénomène que rien ne semble plus arrêter.

Source : www.lemarin.fr

Dyson lance son premier sèche-cheveux


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Le sèche-cheveux Dyson fonctionne sur le même principe que le ventilateur sans hélice de la marque.

L’inventeur anglais James Dyson se lance dans l’industrie de la beauté en mettant en vente le premier sèche-cheveux de sa marque.

Le spécialiste des aspirateurs sans sac et autres sèche-mains veut faire une entrée remarquée dans le monde de la beauté avec un nouvel appareil pour se sécher les cheveux. Baptisé « Labour of love », ce sèche-cheveux a été mis au point pendant quatre ans pour un coût de développement de 50 millions de livres sterling (environ 65 millions d’euros).

La technologie utilisée pour le « labour of love » est la même que pour les ventilateurs et les sèche-mains Dyson. James Dyson a déclaré s’être penché sur les sèche-cheveux en raison des problèmes existants sur les autres modèles avec « des flux d’air trop faibles » et qui sont « mauvais pour les cheveux ». Le principe sécher les cheveux plus rapidement pour limiter l’exposition à la chaleur.

L’appareil sera commercialisé à partir du 31 août 2016 sur dyson.fr et, en exclusivité chez l’enseigne Colette à Paris.

Source : RelaxNews

Les brevets, comment fonctionne le système américain ?


La propriété intellectuelle ( PI ) est une branche du droit français et américain souvent méconnue des créateurs d’entreprises.

Aux USA, elle  est devenue depuis les années 90 une arme de combat stratégique, utilisée à des fins économiques, politiques et diplomatiques, afin de promouvoir la propriété industrielle et l’expansion des sociétés américaines dans le monde. Leaders sur la scène économique mondiale, les USA savent  imposer leurs règles en matière de propriété intellectuelle afin de servir leurs fins. Revenons avec Isabelle Jung, notre avocate  spécialisée en PI, sur les particularités du système US en matière de brevets.

La notion de premier inventeur, une notion made in us

Si une grande majorité des États ont adopté le système du premier déposant (first to file system), le régime américain a pour sa part opté pour le système de premier inventeur (first to invent system). Une particularité somme toute bien US.

Dans le système américain, le droit au titre appartiendra donc à l’inventeur qui réussit à prouver qu’il a été le premier à réaliser l’invention. Contrairement à la France, où le droit au titre de propriété industrielle appartiendra à la personne qui justifie de la date de dépôt la plus ancienne..

Le système américain contraint ainsi l’inventeur à conserver toutes ses traces écrites afin de prouver et de dater avec précision l’état d’avancement de ses recherches.

Tempestate urbi praefectum, vitamque suam venenis petitam adseverantes inpetrarunt ut ea tempestate urbi praefectum, vitamque suam venenis petitam adseverantes inpetrarunt ut.

Les avantages du système US vs français

Les deux principaux avantages du système français du premier déposant ( partage par une majorité de pays ) sont les suivants :

1) Ce système propose une certaine sécurité juridique car la date de dépôt d’une demande de brevet est très facile à rapporter et est incontestable.

2) Il est simple et économique en ce sens qu’il ne contraint pas l’inventeur (surtout s’il s’agit d’une société) à s’entourer de précautions permettant de dater leurs inventions.

Les deux principaux avantages  du système américain du premier inventeur :

1) Le système US protège en plus grande mesure les « petits inventeurs » qui n’ont pas toujours les moyens financiers de déposer immédiatement une demande de brevet.

2) Il évite une course au dépôt de brevet

Cette différence de régime est fondamentale et doit être toujours prise en compte par l’inventeur français qui compte déposer un brevet aux USA.

Toutefois, on remarquera que cette particularité américaine est actuellement contestée au sein de l’Organisation Mondiale de la Propriété Industrielle et que le système du premier déposant à la préférence des grandes entreprises américaines, qui ont à gérer un important portefeuille de brevets.

La période de grâce, une spécificité US

La “période de grâce” est elle aussi une autre spécificité du régime américain.

1- En France : Dans le droit français, comme dans l’ensemble des législations existantes en matière de brevet, la nouveauté de l’invention, qui est l’une des conditions de la brevetabilité, est envisagée de façon absolue.

En France et en Europe, une invention est considérée comme nouvelle si on ne la retrouve pas telle quelle dans l’état de la technique (qui peut être considéré comme l’ensemble des connaissance connues du public), et si elle n’a pas été publiquement divulguée avant la demande de dépôt de brevet.

2- Aux USA : Notons qu’une telle restriction n’existe pas dans le  droit américain.

Aux USA, l’inventeur a le droit, pendant un délai d’un an compté rétroactivement à partir de la date de dépôt de sa demande de brevet, de tester, d’utiliser, d’offrir à la vente ou de vendre son invention sans que ces actes ne lui fassent perdre ni sa primauté ni  sa nouveauté.

On qualifie, dans le droit de la propriété américaine, ce généreux délai de « période de grâce”. Grâce à ce délai imparti, l’inventeur pourra tester la viabilité commerciale et technique de son invention et évaluer son potentiel d’innovation. Ainsi, pendant un an, l’inventeur a le droit de déterminer si son invention vaut la peine ou non d’être protégée par un brevet. Une souplesse juridique favorisant  le pragmatisme et la rentabilité qui n’existe nullement dans notre Hexagone.

Auteur : Flor Postel – Vinay

Source : investir.us

La grande et belle Histoire du Vinyle


Le vinyle que vous tenez peut-être entre vos mains, prêt à être sorti délicatement de sa pochette, pour être posé sur votre platine disque, ce disque qu’on pensait mort et enterré, ringard et dépassé, mais qui renaît régulièrement de ses cendres tel le phénix, a une longue histoire. Une histoire à faire tourner la tête…

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À l’origine était le rouleau : l’histoire du vinyle

L’invention du vinyle tel que nous le connaissons aujourd’hui remonte au XIXe siècle, et si tout le monde s’accorde à dire que c’est l’Américain Thomas Edison qui est l’inventeur du disque, les choses sont un peu plus complexes. Comme souvent avec les grandes inventions, Edison n’était pas seul à travailler sur le sujet. Dès le milieu du XIXe siècle, plusieurs scientifiques (comme le Français Charles Cros, Emile Berliner, un Allemand installé aux États-Unis, et l’Américain Thomas Edison) s’attellent à enregistrer le son et à le restituer, sans imaginer que la réalisation de ce fantasme va profondément modifier la culture du XXe siècle.

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En 1877, Thomas Edison dépose le brevet de son phonographe, le procédé est purement mécanique : un diaphragme (ou cornet) est placé devant la source sonore, le diaphragme transmet les vibrations à un stylet qui les grave directement sur un cylindre en étain qui tourne sur lui-même. Inversement, une aiguille posée sur le sillon obtenu, alors que le cylindre est mis en rotation, permet de restituer le son dans le diaphragme, ancêtre de l’enceinte… Le 4 décembre 1877, le premier enregistrement sonore voit le jour et un collaborateur d’Edison enregistre la phrase « comment trouves-tu cela ? », aujourd’hui entrée dans l’histoire.

À l’origine donc, le disque plat tel que nous le connaissons n’existe pas. C’est un cylindre qui sert à la fois à enregistrer et retranscrire le son, lequel est gravé par un stylet et de manière mécanique sur un rouleau recouvert d’une plaque d’étain ou de cire à laquelle ont été rajoutés différents adjuvants comme du plomb, du noir de fumée ou de la gomme-laque. Mais la restitution du son est loin d’être optimale, la durée d’enregistrement ne dépasse pas deux minutes, sans compter que les cylindres se cassent facilement, qu’ils sont encombrants et qu’avec le poids du stylet (l’ancêtre du saphir en quelque sorte) ils s’abîment au bout de quelques écoutes… De plus, il existe différents types de cylindres de diamètre, de longueur et de vitesse de rotation (de 100 à 160 tours par minute) différentes. Une diversité des supports (et donc une non-adaptabilité à la plupart des lecteurs disponibles sur le marché) qui rebute les consommateurs.

Du rouleau aux 78 tours

Il faudra attendre le début du XXe siècle pour que le disque plat s’impose face au cylindre…

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Il faudra attendre le début du XXe siècle pour que le disque plat, tel que nous le connaissons aujourd’hui, s’impose face au cylindre, qui sera définitivement relégué au cimetière (des collectionneurs) à partir des années 1910. En 1851, Emile Berliner (originaire d’Hanovre, mais exilé aux États-Unis) cherche à améliorer le rendu du son et en vient à la conclusion que le cylindre doit être remplacé par un disque plat qui, nécessitant un stylet moins lourd, permettra de diminuer les craquements et autres bruits parasites, mais surtout de moins abîmer le disque. Les premiers disques ainsi fabriqués sont en verre, ils deviendront vite en zinc et en ébonite enduits de cire. Si les cylindres et les disques plats coexistent au début du XXe siècle, très vite, pour des raisons à la fois stratégiques, commerciales et pratiques, le disque plat devient la norme. Les éditeurs d’enregistrements (les ancêtres des maisons de disques) comme Columbia, Edison ou Victor s’accordent sur ce nouveau format, qui en plus d’être facilement reproductible, permet d’étendre la durée de l’enregistrement de deux minutes pour les cylindres à quatre puis dix minutes pour le disque.

Un pas de géant pour la reproduction sonore ! Si les disques à leur début ont des vitesses de rotation très aléatoires (de 80 à 140 tours/minute), le format à 78 tours/minute va rapidement s’imposer. Il sera pendant la première moitié du XXe siècle le principal vecteur de diffusion de musique enregistrée avant de se faire piquer la vedette par le disque microsillon, encore appelé couramment disque vinyle.

Des vinyles de toutes les tailles et de toutes les couleurs

Si le disque microsillon est noir par essence (parce qu’on rajoute au PVC — polychlorure de vinyle — de base du colorant noir), c’est pour mieux discerner les sillons et les plages et donc poser le saphir au bon endroit sans avoir à recommencer trois fois ! Mais bien sûr, très tôt certains petits malins se sont mis en tête de changer la couleur du vinyle. Si le procédé n’est pas neuf et existe depuis la gloire du 78 t et les années 1920, la substance — la cire — utilisée pour le 78 t faisait que la couleur n’était pas uniforme, mais ressemblait plutôt à un mouchetage. Ce n’est qu’avec les années 70, et l’explosion de la pop culture, que le disque de couleur (rouge, bleu, jaune, vert, le spectre de l’arc-en-ciel est couvert) prend son envol, même s’il est plutôt réservé à des éditions limitées, l’ajout de colorant nuisant aux qualités sonores du disque selon les esthètes.

Idem pour la forme du disque, censée être ronde et d’un diamètre de 17,5 cm pour les 45 t et 30 cm pour les 33 t. À partir des années 1930 débarquent sur le marché des disques de formes différentes appelés « shaped discs » (pour disques à formes). Les premiers sont d’origine française, de forme carrée, de toute petite taille (ils sont censés tenir dans un paquet de cigarettes), car ils sont surtout utilisés comme supports promotionnels. Mais la Seconde Guerre mondiale va freiner cet engouement, et le disque « en forme de » de devoir attendre les années 60 pour une connaître une seconde vie. On voit alors fleurir, souvent pour des opérations publicitaires, des disques de formats originaux et de tailles différentes, en forme de carrés, de rectangles, de triangles, d’étoiles, de signes cabalistiques et même de corps humain, en l’occurrence, et tant qu’à faire, la silhouette d’une pin-up…

Le picture disc

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Destinés à un public de fan, les picture discs tiennent le plus souvent du gadget…

En 1946, Tom Saffady, jeune industriel américain, est le précurseur en matière de picture-discs. Il cherche à se différencier de ses concurrents éditeurs de vinyles en proposant des disques ornés d’une illustration et censés conquérir une audience plus arty et exigeante. Mais l’époque n’est pas prête et son label, Vogue, ne va pas durer longtemps, juste le temps de sortir une centaine de disques qui font le bonheur des collectionneurs (et celui des spéculateurs). C’est en 1977, alors que le disque fête ses cent ans, que les éditeurs se souviennent de la technique du picture disc et en profitent pour sortir à la pelle des vinyles où une illustration papier est glissée entre deux couches de PVC transparentes. Destinés à un public de fan (ou pour des opérations publicitaires), et le plus souvent en éditions très limitées, les picture discs tiennent le plus souvent du gadget, même si de nombreux artistes ont cédé à leurs sirènes pécuniaires. On trouve donc des disques avec Samatha Fox tous seins dehors, la fameuse langue des Rolling Stones ou les grimaces fardées du groupe de hard rock Kiss… Pour l’anecdote, parmi les plus recherchés et rares, figurent deux vinyles de Michael Jackson : une version de « Dangerous » où sur une face — erreur de pressage —, on entend un morceau du pianiste français Richard Clayderman et « HIStory » où il n’y a carrément aucun son enregistré ni sur une face, ni sur l’autre !

Les pressages pirates

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Bien sûr, comme tout bien de consommation, le vinyle n’a pas échappé à la piraterie. On distingue deux types de disques dits pirates. D’abord les contrefaçons pures et dures qui reproduisent de manière identique et pour un prix (et souvent une qualité) moindre des disques officiels et les disques pirates qui, sous une pochette différente, rassemblent différents morceaux d’un même artiste ou groupe. De l’autre côté, plus intéressants, et à destination des fans, les bootlegs comprenant le plus souvent des enregistrements illégaux de concert, mais aussi des démos, des versions différentes ou des titres inédits jamais commercialisées. Édités à un faible nombre d’exemplaires, et le plus souvent par des fans, les bootlegs font partie intégrante de la culture pop. Même Paul McCartney leur a consacré une chanson, « Hi Hi Hi » dont les paroles font : « Je t’ai rencontré à la station de bus, tu avais un bootleg sous le bras. »

Si les artistes les plus piratés au monde sont Prince, The Who, Bruce Springsteen, Bob Dylan, The Beatles, Led Zeppelin ou Grateful Dead, leurs réactions sont très différentes. Si Bob Dylan déteste le principe, des artistes comme John Lennon ou les Grateful Dead ont plus ou moins encouragé leurs fans à enregistrer de manière illégale leurs concerts et à les diffuser. Parfois, il n’y a pas de petit business, le succès d’un bootleg (comme le « Spunk » des Sex Pistols qui date de 1977) encourage les maisons de disques à en proposer leur version officielle, ce qui fut fait en 2006 avec ce bootleg du plus célèbre des groupes punks.

Les disques promo et les test-pressing

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Très recherchés par les collectionneurs (à cause de leur rareté), les disques promo sont des disques envoyés gratuitement aux journalistes et/ou aux DJ’s dans un but promotionnel, mais aussi aux radios. Souvent sans pochette officielle, mais glissés dans une simple enveloppe en carton ouverte en son centre, ils comportent la plupart du temps un autocollant ou une inscription « promotional copy, not for sale » qui atteste de leur rareté. Les test-pressing, encore plus côtés par les fans, sont les premiers disques pressés à partir de la matrice originale (acetate) pour vérifier la bonne tenue des machines à graver. Tirés à moins d’une dizaine d’exemplaires, juste glissé dans une pochette blanche simple en papier, et comportant un rond central souvent annoté à la main, ils représentent pour tout collectionneur un peu le Saint Graal du disque rare.

Le flexi disc

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Particulièrement prisés au Japon sous le nom de sono shito (feuille de son), les flexi discs sont fabriqués en plastique très fin et, comme leur nom l’indique, sont flexibles. Dans le reste du monde, ils furent souvent offerts en bonus avec des magazines. Ainsi, l’édition de janvier 1979 du National Geographic était livrée avec un disque de chants de baleines édité à 10 500 000 exemplaires, soit le plus gros tirage de l’histoire du microsillon. De mauvaise qualité sonore, particulièrement fragile, le flexi disc a pourtant permis à de nombreux groupes dans les années 70 et 80 de proposer des inédits, et voit sa cote sur le marché des disques collectors monter de plus en plus…

Les bizarreries de lecture et autres disques étranges

Les locked groove

Le vinyle étant constitué de sillons, plusieurs artistes se sont amusés à jouer avec cette particularité technique. Ainsi le sillon sans fin (ou « locked groove » en anglais) et qui, placé à la fin de chaque face, évite au saphir de déraper sur la rondelle centrale a été utilisé pour y enregistrer des boucles sonores sans fin.

Les premiers a avoir lancé cette mode du « locked groove » sont les Beatles avec leur fameux Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Le morceau « A Day in the Life » se termine ainsi par une boucle qui tourne inlassablement sur elle-même et composée de phrases prononcées par les quatre garçons dans le vent et enregistrées à l’envers. Les Who s’en serviront pour placer une fausse publicité pour Track Records, leur propre label. Sur le « Super Trooper » d’ABBA, on trouve des applaudissements ad lib qui ponctuent la fin du disque. Quant aux fantastiques Stereloab, ils ont carrément écrit un morceau à la gloire du procédé : « Lock Groove Lullaby » sur l’album Transient Random-Noise Bursts with Announcements.

Les sillons multiples

Histoire de s’amuser un peu, on peut aussi graver sur une même face plusieurs sillons parallèles, ce qui fait que suivant celui où vous poserez la tête de lecture, vous n’entendrez pas la même chanson. En 1979, « Pop Muzik », l’unique tube du groupe M, comporte deux sillons, un avec « Pop Muzik » et l’autre avec le morceau « The M Factor », aussi rock que l’autre est pop !

Plus proche de nous, De La Soul, le groupe de rap cool des années 90, a posé deux sillons sur la face B du maxi de « Me Myself and I », le premier contenant deux remixes du titre phare et le second un inédit intitulé « Brain Washed Follower ». Mais la palme de l’étrangeté en matière de double-lecture revient certainement au groupe None of Your Fucking Business avec deux sillons (un qui tourne à 45t et l’autre à 33 t) qui commencent au centre du disque pour se terminer vers l’extérieur.

On peut aussi changer le sens de lecture et faire bouger la cellule de lecture de l’intérieur du disque vers l’extérieur où est placé un sillon sans fin pour éviter que le diamant ne tombe en bout de course. Quelques disques classiques, et quelques BO de films ont eu recours à ce procédé pour des raisons de qualité sonore, car plus on se rapproche du centre du disque et plus la distorsion est accrue, à cause de la diminution progressive du diamètre des sillons.

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Au royaume du bizarre…

Évidemment la musique n’étant pas connue pour être un repaire de saints, mais plutôt de gens légèrement dérangés, certains disques sortent pour le moins du commun.

Par exemple, le DJ Christian Marclay a sorti « Record Without a Cover » qui comme son nom l’indique est un disque sans pochette de protection, l’idée étant que la perception du son change au fur et à mesure que le disque s’abîmera. Le « The Ghost Who Walks » de Karen Elson est parfumé à la pêche, 300 copies du Say Yes To Love des Perfect Pussy contiennent du sang du chanteur coulé dans le vinyle. Le LP Blue Ice des Nordiques Shout Out Louds n’existe qu’en dix copies, mais de glace et à faire soi-même en remplissant d’eau un moule qu’on place au congélateur. Le single de « By Your Side » de Breakbot existe en version en chocolat et se mange comme il s’écoute. Kraftwerk a sorti des versions fluorescentes de son fameux « Pocket Calculator ». Mais la palme du mauvais goût revient certainement au disque « The Opium Den (Parts I-IV) » de RA-X où le producteur Vincent Koreman a ajouté de la diarrhée complétée d’hémorroïdes au vinyle qui prend une teinte sensiblement marron du coup, et dégage à l’écoute, une légère odeur de caca !

La mort du vinyle

Décembre 1982, le japonais Sony présente le premier modèle de son lecteur de Compact Disc à laser, le CDP 101. Un faisceau laser balaye un mini-disque de 12 cm de diamètre composé de millions de trous minuscules et invisibles à l’œil nu, qui de manière binaire (1 ou 0), restituent la musique et ce bien plus efficacement que les disques microsillons. Fini les craquements, l’usure du vinyle, les rayures… Bienvenue à de nouvelles manières d’écouter la musique : on passe d’un morceau à l’autre sans avoir à soulever le bras de lecture, on peut écouter inlassablement le même morceau avec la touche « repeat », on peut changer l’ordre de programmation des morceaux (qui préfigure le fameux mode shuffle des iPod des années plus tard)… Notre vie de mélomane va changer.

Si les premières platines sont sur le marché dès 1982, le CD va mettre un peu de temps à s’imposer. Il y a des résistances.

Si les premières platines sont sur le marché dès 1982, le CD va mettre un peu de temps à s’imposer. Il y a des résistances : le CD est plus cher à la fabrication et à l’achat, il demande de changer sa platine disque pour un lecteur approprié, et il exige des changements d’agencements pour les disquaires vu les formats radicalement différents du CD et du vinyle. Il faudra attendre 1987 pour que les ventes de CD soient équivalentes à celles du microsillon, puis la fin du vingtième siècle pour qu’il devienne le format dominant et que la majeure partie des majors comme Columbia, RCA, MCA, Capitol, EMI ou WEA décident de mettre fin à leur production de vinyle, quitte à forcer la main aux disquaires pour faire entrer le CD dans les mœurs, comme la raconter le magazine Rolling Stone en 1988 : « Il fallait décourager disquaires et consommateurs d’investir dans un format devenu subitement dérangeant, par une fabrication en forte baisse ; il fallait également exercer une pression directe sur les dépositaires en interdisant ou limitant les retours de manière draconienne. » Opération réussie, les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 1981 les ventes de vinyles dans le monde s’élèvent à 1,1 milliard, en 1989 elles passent à 450 millions, en 2006 elles ne sont plus que de 3 millions d’exemplaires…

Fin du XXe siècle : les majors enterrent définitivement le microsillon et en profitent pour ressortir la majeure partie de leur back-catalogue (dont les frais d’enregistrement, de production et de mastering sont amortis depuis longtemps) en CD. Une bien jolie plus-value !

La vinylmania ou quand le disque est un bon placement

Avec plus de cent ans d’existence, des formats divers et variés, des pressages différents selon les pays, des éditions limitées, des versions collectors, des rééditions de pressage épuisés, le disque a très rapidement — et logiquement — passionné les collectionneurs. Le problème avec la vinylmania, c’est qu’il n’existe pas de cote ou d’argus officiel qui établirait le prix de tel ou tel disque. Les estimations se font sur la foi de centaines, voire de milliers de professionnels autant que sur les prix pratiqués sur des sites d’occasion comme eBay ou Discogs.

Le problème avec la vinylmania, c’est qu’il n’existe pas de cote ou d’argus officiel qui établirait le prix de tel ou tel disque.

Le prix, la valeur, et la rareté d’un disque sont excessivement subjectifs et soumis continuellement à des fluctuations. Par exemple, un groupe norvégien méconnu qui aura sorti dix exemplaires d’un album sera forcément moins coté qu’une édition rare d’un disque des Beatles, même édité à 200 exemplaires puisqu’il y a potentiellement plus de fans des Beatles (donc plus de collectionneurs potentiels) que de cet obscur groupe nordique. Sans compter que la valeur d’un disque varie selon différents facteurs : la mort d’un artiste, comme la séparation d’un groupe peut faire bondir sa cote, la réédition de disques rares peut faire baisser la cote des originaux comme la faire augmenter, l’état du disque est important (s’il est encore sous cellophane, donc n’a jamais été écouté, tant mieux), le pays où a été pressé le disque d’origine a son importance comme le nombre d’exemplaires auquel a été tiré le disque. Les test-pressings, les coffrets, les pictures-disc, les disques comportant des erreurs de pressage (et retirés rapidement de la vente), tout ce qui rend un disque rare en fait potentiellement un disque de collection… Bref le monde des collectionneurs de disques ressemble souvent à une jungle !

Quand le vinyle refuse de mourir

Si depuis 1990, la fabrication, et donc les ventes, de vinyles, n’ont cessé de diminuer au profit du CD, avant que ce dernier ne soit à son tour ringardisé par l’arrivée du MP3 dans les années 2000, affectant le fonctionnement global de l’industrie musicale moderne, le vinyle est curieusement le format physique qui a le mieux résisté. Alors que les ventes de MP3 diminuent au profit du streaming, que celles du CD ne cessent de chuter, le vinyle est le seul support musical et physique qui voit ses ventes augmenter.

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Double peine de mort pour le vinyle

Alors que le monde entrait dans les années 90, le CD devint le standard le plus commun, poussant le microsillon vers la maison de retraite. Mais c’était sans compter que le vinyle était le support préféré des clubbers, des DJ’s, et de genres musicaux comme le hip-hop, la techno et la house. Le vinyle est longtemps resté le format le mieux adapté à des techniques de DJ’s comme le mix, le scratch ou le backspinning, qui demandent de pouvoir manipuler l’objet de manière physique.

…c’est l’arrivée du CD qui a permis au vinyle de transformer son image…

La deuxième résurrection du vinyle se jouera avec l’arrivée du format MP3, et la démocratisation de l’usage du web, au début des années 2000. Au fur et à mesure que l’usage du MP3 se popularisera, rendant le CD ringard en s’attaquant à son quasi-monopole (le numérique), le vinyle apparaîtra comme une alternative au digital ainsi qu’un objet de collection arty, avec sa pochette grand format et ses usages de lecture si particuliers et rétromaniaques.

Comme le souligne avec malice le professeur américain de musique populaire Richard Borneborne : « L’ironie c’est que c’est l’arrivée du CD qui a permis au vinyle de transformer son image, passant d’un objet de manufacture courant au statut de presque objet d’art. » Thomas Changeur, de la boutique et du label Balades Sonores déclarait ainsi il y a deux ans aux Inrocks : « Les gens apprécient le digital pour le confort et le moindre coût. Mais ils se tournent vers les vinyles pour la conservation, ils en achètent moins que du numérique, à cause du prix, mais ils favorisent la qualité à la quantité. On a trois types de clients pour les vinyles. D’abord il y a les amateurs et pointus qui ont toujours été fans du 33 tours. Il y a aussi ceux qui reviennent, les gens qui ont entre 40 et 50 ans, qui s’étaient débarrassés de leurs vinyles pour le CD, et qui regrettent. Et enfin, des jeunes, des lycéens qui se mettent naturellement aux vinyles, c’est étonnant, mais je trouve ça très bien. » De son côté, Stéphane Le Tavernier, président du SNEP, déclarait récemment à Rue89 : « La renaissance du vinyle depuis deux-trois ans est devenue un vrai phénomène. Cela montre la diversité des modes de consommation de la musique. Le vinyle, c’est le côté émotionnel, c’est comme posséder une partie d’un artiste. »

L’effet Record Store Day

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Créé aux États-Unis en 2007, le Record Store Day est la preuve de cette vivacité nouvelle du vinyle. L’événement qui se tient en avril, et s’est depuis étendu a plusieurs pays autour du monde, a su répondre à la demande croissante pour un objet considéré comme unique et précieux. Le Record Store Day propose ainsi des éditions limitées et collector, des morceaux ou remixes inédits comme la réédition de morceaux cultes, épuisés et dont les prix flambent sur le marché de la collectionnite. Le Record Store Day a ainsi su remettre le vinyle dans le cœur des mélomanes entre deux âges qui ne se sont jamais fait à la dématérialisation du support (et la quasi-disparition de la pochette) et conquérir le cœur des jeunes générations qui n’ont connu ni le vinyle, ni le CD, et voit dans le vinyle une sorte d’acte de résistance culturel face à une industrie musicale qui pousse à consommer de la musique comme on avale des yaourts. Mais l’intérêt renouvelé pour le vinyle a aussi son revers de la médaille : les majors se sont empressées de proposer des éditions rares, collector ou deluxe à des prix largement supérieurs aux autres formats. Ainsi Racine Carrée, l’album de Stromae, coûte dix euros dans sa version CD classique, tandis que le format double vinyle est proposé à 40 euros.

Un retour (en chiffres) à relativiser…

Les ventes de vinyles en France ne représentent que 2,3 % des ventes physiques

Les chiffres sont clairs et nets, et c’est l’Angleterre qui mène le bal : l’année dernière (2015) les ventes de vinyles ont augmenté de 64 % atteignant leur record historique depuis la mort programmée du microsillon au début des années 90, soit deux millions d’unités. Ensuite viennent les États-Unis, qui enregistrent une augmentation de 30 % et quelque 11,9 millions de vinyles écoulés. En France, on constate une croissance de 11,6 % pour quelque 750 000 exemplaires vendus. Restons cependant prudents face à ces chiffres, les ventes de vinyles en France ne représentent selon le SNEP (syndicat national de l’édition phonographique) que 2,3 % des ventes physiques (quelque 10,3 millions d’euros), soit seulement 2,4 % des ventes de musique tous supports confondus. Même si le SNEP avoue ne pas prendre en compte la majeure partie des labels indépendants qui ont fait du vinyle leur support de choix, comme il ne comptabilise pas du tout le marché du disque d’occasion qui prend de plus en plus d’ampleur.

Le marché du vinyle est désormais devenu un marché de niche.

Le marché du vinyle, aussi florissant qu’il puisse paraître, et bien qu’en augmentation constante, est désormais devenu un marché de niche, ne serait-ce que parce qu’il est difficilement compatible avec les pratiques modernes de la musique imposées par internet et le MP3, à savoir le nomadisme, la dématérialisation et la quasi-gratuité. Autre problème, la disparition des machines pour presser les vinyles (aux États-Unis, elles n’existent plus) fait que les délais de pressage d’un disque sont de plus en plus longs (un mois et demi en moyenne), sans compter que les faibles quantités pressées ralentissent le processus et augmentent forcément les coûts. Les disquaires se font par ailleurs de plus en plus rares (du moins en province), ce qui rend le vinyle de moins en moins accessible.

L’intérêt actuel pour le vinyle ne doit donc pas nous faire oublier que le format vedette de l’industrie du disque, celui qui progresse le plus vite, reste aujourd’hui le streaming. Dernière info, le vinyle qui s’est le plus vendu en 2015 en Angleterre est le dernier album d’Adele. En France, le SNEP ne comptabilise pas encore les ventes de vinyles seules. Dommage !

Auteur : Patrick Thevenin

Source : www.greenroom.fr

Chercheur un métier ? Recherche publique et privée


Avant-hier, dans le premier de mes trois blogs sur le sujet dont voici le dernier, j’ai évoqué les deux articles de Mediapart proposés par Jean-Florent Campion ; le second, le plus récent, du 26 avril 2016, s’intitulait : « Le CNRS règle plus de 500000 euros à un de ses inventeurs spoliés et ce n’est pas terminé…… ». La lecture de ce dernier article m’a mis sur la piste d’un texte plus ancien du même auteur, en date du 7 juillet 2015, dont le titre était « Le CNRS du président FUCHS spolie d’environ 2 millions d’euros ses chercheurs inventeurs depuis 10 ans. ».

Ce billet de 2015 est indispensable à la compréhension de la situation, car il fait, dans son détail, l’historique de cette affaire de rémunération des « inventeurs » du CNRS qui sont si peu nombreux qu’un rappel des faits est indispensable, après une très brève mention des données quantitatives sur les « brevets » au CNRS. On a vu hier que, pour une seule année (2015) le groupe Safran a déposé 7000 brevets alors qu’en dix ans (depuis 2005), le CNRS n’en a déposé que 3500 ; je rappelle en outre que, comme on l’a vu, le retour sur investissement dans la recherche publique française est au CNRS si ridicule que je ne juge pas utile d’en rappeler à nouveau les chiffres ici.

C’est sans doute ce qui explique que le ministère de la recherche ait mis tant d’années à se poser le problème de l’attribution éventuelle d’une prime aux « inventeurs physiques » des EPST et des universités pour les récompenser de leur éventuelle inventivité, même si l’activité de recherche est pour eux principale pour ne pas dire unique dans le premier cas et forte (mi-temps) dans le second. Cette innovation récente s’est inscrite dans le cadre du plan « Innovation », présenté en 2003 par Claudie Haigneré et consiste en une prime individuelle accordée aux inventeurs. Le décret portant création de cette prime individuelle a été publié le 26 septembre 2005.

Suivons J.F. Campion pour distinguer recherche publique et privée :

« Le décret ajoute à la prime d’intéressement (très favorable pour les inventeurs qui touchent plusieurs millions d’euros par an sur le produit des licences accordées aux entreprises privées), une prime au brevet d’invention, dont le montant a été fixé à 3.000 euros par l’arrêté du 26 septembre 2005 fixant le taux de la prime au brevet d’invention attribuée à certains fonctionnaires et agents de l’État et de ses établissements publics auteurs d’une invention ».

« Mais c’est pas tout ! Mais c’est pas tout !» comme chantait autrefois Bourvil, à propos non du CNRS mais de la « tactique du gendarme » ; le meilleur est encore à venir !

Cette prime est, en effet, selon les termes du décret, « versée en deux tranches. Le droit au versement de la première tranche, qui représente 20 % du montant de la prime, est ouvert à l’issue d’un délai d’un an à compter du premier dépôt de la demande de brevet. Le droit au versement de la seconde tranche est ouvert lors de la signature d’une concession de licence d’exploitation ou d’un contrat de cession dudit brevet ».

Selon Jean-Florent Campion, pour les brevets qui ont été déposés par le CNRS depuis 2005, le CNRS doit donc plus de 2 millions d’euros à ses chercheurs qui ont été à l’origine d’un brevet déposé par lui ! Selon ce même auteur, qui se fonde sur les témoignages de nombreux chercheurs, le CNRS, alléguant l’absence de circulaire d’application (stratégie gouvernementale bien connue et très fréquente!), n’a versé à ce jour aucune rémunération à ce titre.

La question a été posée à l’Assemblée nationale (n° 26977, JO 21/05/2013 p. 5233) au Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. La réponse est claire (JO le 30/07/2013, p. 8216) : « Le décret de 2005 [relatif à l’intéressement des inventeurs] ne nécessite aucune circulaire pour être appliqué ». « Néanmoins le CNRS s’obstine à vouloir ne pas donner à ses inventeurs la petite prime auquel ils ont droit depuis … dix ans. ».

Comme l’annonce Jean-Florent Campion dans son blog du 26 avril 2016 (dont je rappelle l’intitulé désormais mieux compréhensible « Le CNRS règle plus de 500000 euros à un de ses inventeurs spoliés et ce n’est pas terminé…… »). La formule finale est toutefois un peu ambiguë car si l’affaire a connu récemment une forme de dénouement, (Tribunal de Grande Instance de Paris, Ordonnance de référé du 07/12/2015), il n’est peut-être que provisoire car on peut craindre le recours à d’autres procédures de la part du CNRS comme on va le voir par un autre exemple !

En forme de conclusion : bref rappel des faits eux-mêmes par J.F. Campion pour rendre l’affaire mieux compréhensible et expliquer les sommes en cause :

« Monsieur X Directeur de Recherches à la retraite est un inventeur brillant et prolifique. Il est l’inventeur d’une série de brevets internationaux appelés Carbon Coated très utiles dans les technologies de batteries rechargeables. Il a reçu, conformément à la loi, une rémunération supplémentaire entre 2003 et 2013 dont le montant reste inconnu, mais qui visiblement n’était pas à la hauteur de la valeur économique des inventions. Depuis 2012, Monsieur X a demandé au CNRS le détail de l’exploitation économique de ses brevets et des revenus obtenus par le CNRS (redevance). Les réponses du CNRS étant visiblement non satisfaisantes, Monsieur X a intenté une action en justice auprès du TGI de Paris pour connaître précisément les données économiques de ses inventions. Le CNRS a, de toute urgence, versé fin 2014 154.000 euros et 370.000 euros en 2015 pour tenter de masquer la situation et a tenté sans succès de faire déplacer vers les autorités judiciaires administratives plus conciliantes ce conflit salarial.

Le CNRS tente aussi de masquer la spoliation de son inventeur en demandant une prescription sur les revenus d’avant 2008. L’affaire n’en n’est qu’à son début. Combien d’autres ont été spoliés ? Je soutiens ce courageux inventeur et exhorte les autres inventeurs de la fonction publique et du CNRS en particulier à faire de même. ». J.F . Campion.

Fort heureusement, au CNRS, les « inventeurs » sont aussi peu nombreux que peu productifs ! Il y a tant à faire dans les Commissions !

Mais gare aux précédents ! Pour rire un peu (mais jaune !) car si le CNRS manque d’inventeur, il a un service juridique solide :

« Brevets, moteurs ou freins à l’innovation ? » (Jeudi 20 juin 2013) « Quelles opportunités peuvent offrir les brevets et logiciels du CNES ? » (31 mai 2013 ; Chroniques de la propriété intellectuelle :: le point de vue de Pierre Breeze ).

« Affaire Puech vs. CNRS : épilogue (salé) pour le CNRS

Démarré il y a 15 ans, le contentieux qui opposait le Dr Puech au CNRS vient de trouver un aboutissement définitif par un arrêt de la Cour de cassation, confirmant les droits du Dr Puech et condamnant le CNRS à lui verser 650.000 € au titre de dommages-intérêts et d’article 700, en sus des 155.000 € déjà accordés dans l’instance précédente.

Rappel des faits : Pendant un stage de DEA de génie biomédical effectué au sein du service d’ophtalmologie de l’Hôtel Dieu, Michel Puech invente un procédé d’échographie de l’œil. N’étant ni salarié ni agent de la fonction publique, il dépose une demande de brevet à son nom le 18 décembre 1997.

Le laboratoire où Michel Puech effectuait son stage étant une unité CNRS, ce dernier dépose également, le 12 janvier 1998, une demande de brevet portant sur la même invention, et mentionnant comme inventeur, Mme Geneviève Berger, alors directrice du laboratoire d’imagerie paramétrique (et plus tard directrice du CNRS).

S’en suit une bagarre de brevet avec la confirmation par le TGI des droits de Michel Puech, l’infirmation par la cour d’appel au motif que Michel Puech était « usager du service public » et reconnaissant les droits du CNRS sur l’invention sur la base du règlement intérieur du laboratoire. La Cour de cassation annule cette décision et le renvoi ordonne à Michel Puech de contester la validité du règlement intérieur auprès du Tribunal administratif, seul compétent. Ce règlement intérieur est annulé par le TA, décision confirmée en Conseil d’État. Cette situation aboutit à confirmer les droits de Michel Puech sur cette invention.

La Cour de cassation vient de confirmer, définitivement sans doute, cette solution, en augmentant significativement les dommages intérêts accordés au Dr Puech, en raison du comportement de mauvaise foi du CNRS (désignation pour le brevet déposé ensuite par le CNRS, d’inventeurs « de complaisance », pression du Directeur du laboratoire pour tenter d’intimider Michel Puech et l’inciter à abandonner ses droits par des menaces de mise à l’écart de la communauté scientifique).

Quinze ans pour conclure un conflit avec une décision qui relève du bon sens qui aurait dû éclairer les parties dès le départ, sans doute beaucoup de problèmes d’ego et de postures, et finalement une addition bien lourde pour les deux parties, mais surtout pour le CNRS, et une énergie dépensée au détriment d’une valorisation efficace de cette invention qui avait un réel potentiel. ».

Auteur : Robert Chaudenson

Source : blogs.mediapart.fr