Financement de l’innovation : faut-il réformer Bpifrance ?


La banque publique est devenue un guichet unique pour les entrepreneurs, au point d’avoir rendu l’écosystème du capital-risque dépendant de sa stratégie. L’ambiguïté sur son rôle demeure aussi, entre investissements directs et indirects.

bpifrance_2016

Le siège de Bpifrance

Dans un rapport publié jeudi, le Conseil d’analyse économique s’interroge sur la doctrine et la gouvernance de la banque publique d’investissement ainsi que sur les risques d’un monopole de l’État sur le capital-risque.

Sans les investissements publics, le capital-risque français n’aurait peut-être pas survécu à la crise financière de 2008. En France, l’intervention de l’État dans le financement de l’innovation est prépondérante : au cours des trois dernières années, 22,3 % des fonds levés en capital-risque l’ont été auprès d’institutions publiques. Un taux qui atteint 2,9 % au Royaume-Uni, relève le Conseil d’analyse économique (CAE) dans une note réalisée par Marie Ekeland (France digitale), Augustin Landier et Jean Tirole (membres du CAE et enseignants à l’école d’économie de Toulouse).

L’intervention publique via Bpifrance est pourtant de plus en plus remise en question : les acteurs privés sont en devenus dépendants et le CAE s’interroge « sur la pérennité d’un équilibre vertueux qui semble reposer sur l’équipe dirigeante en place et non pas sur les institutions elles-mêmes ».

Se pose également la question de la taille et la fréquence optimale que devraient avoir les interventions de la banque publique pour que l’écosystème du capital-risque puisse, à terme, être plus autonome. Par définition, le marché du capital-innovation est pro-cyclique, c’est-à-dire que « l’offre de financements augmente en phase haute du cycle économique et se rétracte en phase de ralentissement », souligne le rapport. Problème : l’innovation a besoin de stabilité, d’où l’intérêt d’une intervention publique à certains moments. Cela veut aussi dire que Bpifrance devrait ralentir le rythme à d’autres moments, pour laisser le relais aux acteurs privés. Reste qu’il serait difficile, voire impossible, de lui imposer cela.

« Bpifrance a fait feu de tout bois pour exister et avoir de l’impact mais n’a pas forcément eu une démarche académique en posant la question du moyen et long terme », estime Jean-David Chamboredon, le dirigeant du fonds d’investissement Isai. Pour Franck Sebag, associé chez EY, c’est surtout le poids prépondérant de la banque publique dans la chaîne économique qui pose problème car « sa taille fait peser une crainte sur les sorties futures. Or il faudrait un canal de sortie en Bourse pour les entreprises technologiques sur des montants situés entre 50 et 250 millions d’euros, qui n’existe pas aujourd’hui ».

Si le CAE souligne le « succès fragile » de Bpifrance en matière de performance économique, les spécialistes se demandent si l’institution n’est pas devenue un repoussoir aux fonds d’investissement étrangers qui souhaitent miser sur les start-up françaises. Les capitaux-risqueurs français restent très dépendants de Bpifrance : l’institution est « très active en investissement indirect puisqu’elle est présente, via 262 fonds partenaires en 2015, dans la moitié des acteurs français du capital-innovation ».

Il est cependant hors de question de laisser le monopole à l’État sur ce marché, estime-t-on au CAE. Déjà, dans certains cas, Bpifrance imposerait des contraintes géographiques aux fonds d’investissement, limitant de fait la capacité de certains acteurs français à bénéficier d’une meilleure visibilité à l’international.

Double opérateur.

Investisseur en capital-risque, Marie Ekeland pointe du doigt le fait que « Bpifrance est un double opérateur, disposant de fonds propres et des fonds du programme d’investissement d’avenir (PIA). Or l’articulation des deux activités n’est pas claire ». Sans compter l’absence d’une doctrine explicite et la diversité des dispositifs de financements de l’innovation gérés par Bpifrance : la structure dispose de onze fonds directs dont neuf issus des PIA 1 et 2, et de quatre fonds de fonds dont deux issus des PIA 1 et 2.

« C’est très politique, estime un banquier d’affaires. Sur l’activité d’investissement direct, les équipes sont bonnes mais on sent parfois que, pour des raisons obscures, les dossiers ne sont pas transférés aux bonnes personnes ». Cependant, « Bpifrance arrive à masquer la complexité des dispositifs, nuance Jean-David Chamboredon. C’est davantage une question de cohérence qui se pose : son rôle est-il d’abonder des entreprises sur des gros tours de table ou d’être à l’initiative de ces tours de table ? »

« Quand on investit directement, on peut se contenter des deals compliqués, à savoir des deals de taille moyenne. Mais pour être invité dans les bons et plus gros deals, il faut jouer des coudes, poursuit Jean-David Chamboredon. Et il faut avoir les moyens de le faire comprendre aux investisseurs », explique Jean-David Chamboredon. Et cela est forcément plus simple quand on dispose également d’une activité de fonds de fonds et donc d’une forte influence, comme Bpifrance. Directeur associé de Sogedev, Thomas Gross a un avis plus tranché et juge que le capital-risque « doit être la prérogative des acteurs privés sauf pour les investissements portant des projets de service public ».

La situation reste paradoxale et ambiguë : Bpifrance s’est fixé l’objectif d’un retour global positif, de l’ordre de 3 % à 4 % par an sur fonds propres, pour l’ensemble de l’institution. Or le besoin de financement en France se trouve principalement sur des projets dont la performance est limitée. Le rapport soulève aussi les risques liés à gouvernance de Bpifrance « pour la mettre à l’abri de la capture par le monde politique, d’autant que la performance de Bpifrance est intrinsèquement difficile à mesurer et que les coûts des politiques sont différés à un horizon long ». La solution : augmenter substantiellement le nombre d’administrateurs indépendants de Bpifrance. « Le plus grand risque, c’est le clientélisme, par exemple au niveau régional », conclut Jean-David Chamboredon.

Auteur : Hugo Sedouramane

Source : www.lopinion.fr

La semelle intelligente, une invention palestinienne


saad_qarib_2016

Avec les moyens du bord, le jeune Saad Qarib a foncé dans le monde des nouvelles technologies, avec une invention qui a attiré l’attention de plusieurs entreprises mondiales. Qarib montre que le Palestinien continue sa créativité, malgré les conditions difficiles, les pressions et surtout l’occupation sioniste et ce qu’elle engendre comme problèmes sur tous les niveaux.

La semelle intelligente, connue sous le nom d’« Insolito », a été inventée par le jeune ingénieur palestinien Saad Qarib, 24 ans, originaire de la ville de Naplouse, au nord de la Cisjordanie occupée. C’est un appareil à multifonctions.

La passion, la créativité, les recherches dans le monde technologique et informatique sont derrière son invention. Ses efforts l’ont poussé à l’avant de la scène palestinienne, de la scène des sciences, de la scène de la modernité.

La première idée

Le correspondant de notre Centre Palestinien d’Information (CPI) a rencontré le jeune inventeur, le jeune Saad. Saad lui en a parlé : « J’ai fabriqué l’appareil, en profitant des nouvelles technologies et de façon à ce qu’elle (la semelle intelligente) soit adaptée à toutes sortes de chaussures et à plusieurs sortes d’utilisations, à ce qu’elle puisse contrôler plusieurs appareils intelligents modernes ».

« L’idée, reprit-il, sera de mettre la semelle dans la chaussure. Ensuite, on pourra utiliser les Smartphones, on pourra connaître le parcours, les distances parcourues, les calories consommées. On pourra aussi prendre des photos, poursuivre un individu perdu ou un portable volé et publier tout ça sur les réseaux sociaux. Tout ça par un simple signe du pied. »

Les sportifs, soucieux d’un régime strict, pourront profiter de cet appareil, en observant leurs activités et les effets de ces activités sur leur santé.

Pourquoi cette invention ?

C’est surtout pour élever haut le nom de la Palestine que Saad Qarib a travaillé sur son invention : « Je me demandais souvent dans mon for intérieur : « Pourquoi le nom de la Palestine est-il absent de la liste des inventeurs arabes et internationaux ? » Cette question m’a poussé à travailler pour être parmi ceux qui pourront hisser le nom de la Palestine dans ce domaine, à travailler dur pour mettre en place cette réalisation. »

L’idée est de rendre plus facile l’utilisation des nouvelles technologies. Et puis, associer l’appareil au pied le rendra plus pratique et l’utilisateur risquera peu de l’oublier à la maison.

Ce qui est pratique, souligne-t-il, c’est que l’appareil n’aura pas besoin d’un temps conséquent pour le charger. A peine une heure de chargement suffira pour une utilisation d’un mois.

Ambition et encore ambition

Des entreprises chinoises et indiennes ont adopté son invention, dévoile Saad. Un bon nombre en est déjà fabriqué manuellement. Et une usine espagnole en a déjà commercialisé un certain nombre. Bientôt, tous les marchés du monde la connaîtront.

Soutenir le projet

C’était à travers les sites internet et les pages scientifiques que le jeune Saad a pu pousser son invention sur la scène mondiale. En fait, le soutien sur le niveau local n’a pas été à la hauteur, à part quelques encouragements de la famille et de quelques amis, à part quelques soutiens financiers et logistiques de l’institut arabe d’al-Riyadi.

A travers notre centre, le jeune ingénieur a adressé plusieurs messages aux jeunes palestiniens et arabes. Il les encourage à mettre leur créativité en marche et chercher ensuite des soutiens. Il les exhorte surtout à ne pas baisser les bras face aux conditions difficiles dans lesquelles vit tout le monde.

Il exhorte enfin le niveau local officiel et officieux à adopter et aider tous les esprits créatifs jusqu’à ce qu’ils puissent voler de leurs propres ailes.

Source : french.palinfo.com

Canada / Une invention révolutionnaire


gaetan_et_alain_gamache_2016
Des Québécois ont inventé un dispositif qui éteint le moteur automatiquement sans fermer la climatisation

Les camionneurs n’auront plus d’excuses pour laisser tourner le moteur de leurs poids lourds lorsqu’ils s’arrêtent, grâce à une invention de deux frères du Bas-Saint-Laurent.

Gaétan et Alain Gamache de Rivière-du-Loup ont développé une technologie qui permet d’éteindre automatiquement les moteurs des camions lourds lorsqu’ils sont à l’arrêt, sans devoir se soucier de la climatisation ou du chauffage.

Le système est tellement autonome et intelligent qu’il prend en charge le chauffage et la climatisation sans que le moteur tourne. Le système fera lui-même démarrer le moteur en cas de besoin si les freins sont sur le point de geler, par exemple.

La technologie prend en charge tout problème causé par les températures extrêmes, qu’elles soient chaudes ou froides, et ce, indépendamment de la volonté du conducteur.

L’invention permet aux chauffeurs de mieux dormir et aux propriétaires de poids lourds de sauver de l’argent.

Impossible à contourner

«On sauve 50 % des ralentis de camion et 7,8 tonnes de gaz à effet de serre par camion par année», précise Jean-Pierre Bastille, président de J.M. Bastille Transport de Rivière-du-Loup, l’entreprise qui développe la technologie.

«Des systèmes du genre existent, mais sont souvent gérés à la bonne volonté des camionneurs. Celui-ci est le plus complet et le plus autonome jamais inventé», soutient Pierre Gendron, comptable chez Raymond Chabot Grant Thornton de Rivière-du-Loup, qui soutient l’entreprise dans ses démarches.

10 ans de travail

Il y a 10 ans, lorsque le diesel est devenu plus dispendieux, les propriétaires de l’entreprise et un de ses employés, Gaétan Gamache, se sont assis pour réfléchir à cette problématique.

«On essayait de sensibiliser les chauffeurs à arrêter les camions lorsque ce n’était pas nécessaire. Gaétan a pensé à inventer le système», raconte M. Bastille, ajoutant qu’au fil des années le projet est devenu beaucoup plus complexe.

Commercialisation

Le système pèse 375 livres et devrait se vendre au coût de 10 000 $. Le gouvernement pourrait donner une subvention de 30 % aux propriétaires intéressés, une fois les tests terminés et concluants. Financièrement, un retour sur l’investissement est prévu après 12 ou 18 mois, selon le prix du combustible. L’autonomie des batteries est de 8 à 12 heures.

Le système de gestion est déjà breveté en Australie, au Mexique, aux États-Unis, au Brésil et au Canada.

Le gouvernement provincial vient d’ailleurs d’accorder sa confiance à l’entreprise en leur versant 334 303 $ dans le cadre du Fonds vert. Le développement de la technologie coûtera environ 1,5 M$.

Les prochaines étapes viseront à peaufiner la technologie et à la commercialiser. L’étude de marché de l’entreprise démontrerait un potentiel énorme.

Auteur : Stéphanie Gendron

Source : www.journaldequebec.com

Ce maçon varois devenu inventeur à succès


yves_labbe-laine_2016

Suite à un accident de travail, Yves, maçon de 56 ans, cherche une façon simple de se faciliter la vie sur les chantiers. Aujourd’hui, son « harnais de force » intéresse des entreprises du CAC40.

Un peu comme dans les « success stories » à l’américaine, tout commence par une mésaventure, un constat et une idée simple.

Début 2012, Yves Labbé-Laine (52 ans), maçon depuis 35 ans à Vinon-sur-Verdon, soulève comme tous les jours seaux et sacs de ciment… Jusqu’au sac de trop.

Allongé par la douleur, le diagnostic est posé: lombalgie. ça, c’est pour la mésaventure. « Un mois couché à ramper au sol », se souvient Yves. Quatre longues semaines de convalescence pendant lesquelles il cogite : « En pensant à comment j’aurais pu éviter ça, je me suis dit qu’il existait de quoi soulager après coup, comme les ceintures chauffantes, mais rien pour aider au quotidien tous ceux qui passent leurs journées pliés en deux ».

Rien, en tout cas, d’accessible ou d’abordable pour la majorité des entreprises. Voilà pour le constat. L’idée simple ne met pas longtemps à suivre.

Deux élastiques et c’est tout

À ce moment-là, les seuls appareils existants pour aider un ouvrier à soulever des charges, sont des « exosquelettes », sorte de bras et de jambes mécaniques fixés au corps.

Problème ? Ils sont lents, encombrants et surtout chers – au moins 2.000 euros pièce, sans compter l’entretien -. « Pourtant le principe même de la machine est simple » s’étonne Yves. À tel point que le maçon va le reproduire… Avec deux gros élastiques, simplement cousus pour faire une sorte de bretelles qui descendent jusqu’aux genoux. Le « harnais de force » est né.

« ça agit un peu comme un ressort, explique l’ex maçon. Quand on se baisse, l’élastique se tend et emmagasine de la force. Quand on se relève, cette force aide les muscles du dos, comme un muscle synthétique. Du coup, les lombaires sont moins sollicitées ». Sûr du potentiel de son invention, le maçon vinonnais décide alors de troquer son casque de chantier pour le costume cravate.

De maçon à patron

Il convainc quelques amis et une banque brignolaise de l’aider à financer son projet, fabrique un prototype, monte sa société, dépose un brevet et se lance dans une tournée des salons professionnels.

Tout s’enchaîne alors très vite. Primé en 2014 aux trophées « expoprotection » de Paris, il est d’abord repéré par le « Monsieur sécurité au travail » des magasins Leclerc.

Séduit par la simplicité et le faible coût du harnais – moins de cent euros – ce dernier décide de le tester dans l’un de ses entrepôts début 2015. Suivront Intermarché, Carrefour, But, Ikea, Airbus et même la SNCF, qui souhaite en équiper ses équipes de maintenance sur les rails.

1.200 pièces au total, toutes fabriquées en France, dans le Nord. Des essais décisifs qui, s’ils sont transformés, promettent à Yves de très gros contrats.

Voire le jackpot, puisque l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail (INRS) évalue en ce moment les bénéfices du dispositif. Si les résultats sont concluants, le port du « harnais de force » pourrait alors devenir obligatoire pour tous les manutentionnaires et ouvriers en France.

Une possible révolution dans le domaine de la sécurité au travail, née dans le Var d’une lombalgie et de deux élastiques.

Auteur : Steve Claude

Source : www.varmatin.com

Fête de la Science d’Antony 2016


Le dimanche 16/10 de 10h à 18h30

En partenariat avec la Mairie d’Antony, organisme la « Fêtes de la science » et les inventeurs peuvent exposer gratuitement :

Catherine BANDRIER GRIMOUILLE (Animations-Evénementiel, de la Mairie d’Antony)

– Tél. : 01 40 96 73 69
– E-mail : Catherine.GRIMOUILLE@ville-antony.fr

C’est avec plaisir que nous vous accueillerons :

Le 16 octobre au Centre André Malraux d’Antony

1 avenue Léon HarmelAntony (Zone Industrielle)

sur site : 06 79 79 90 14

(ouverture au public : 10h à 18h30)

Vous pourrez procéder à l’installation de votre stand le vendredi 14/10 à partir de 15h30 ou le dimanche 16/10 à partir de 8h30.

En partenariat avec l’association « Club Invention – Europe« 

Canada / Le maître du génie chimique traditionnel est marocain


jamal_chaouki_2016

Professeur titulaire, membre du conseil d’administration de l’École Polytechnique de Montréal et de plusieurs sociétés savantes, Jamal Chaouki est un exemple d’intégration et de réussite. Détenteur de 22 brevets d’invention, il se passionne pour le recyclage des déchets et sa notoriété en la matière est mondiale.

Exceptionnel et passionnant ! C’est ainsi que l’on peut qualifier le  parcours de Jamal Chaouki, professeur au département de génie chimique et directeur du Centre de recherche en ingénierie des procédés à l’École Polytechnique de Montréal. Né dans un quartier populaire de Casablanca et d’origine modeste, ce scientifique que l’on peut qualifier de savant est aujourd’hui l’un des plus grands chercheurs en génie chimique traditionnel (1) dans le monde. C’est aussi au sein de la diaspora marocaine un exemple d’intégration réussie au Canada. Membre du conseil d’administration de l’École Polytechnique de Montréal, il est à la tête d’un des meilleurs laboratoires au monde dédiés au traitement thermique.

Et pourtant, ses débuts au Canada étaient plutôt difficiles. «Ici, rien n’est donné, il faut faire ses preuves !», souligne-t-il. C’est à force de travail sans relâche, de courage et de patience qu’il a fait sa place. Aujourd’hui, ses compétences sont reconnues aux quatre coins du monde. Outre ses fonctions au sein de Polytechnique, il est, entre autres, consultant d’une vingtaine de compagnies à travers le monde. Malgré son emploi du temps chargé et ses nombreux engagements professionnels, le professeur Chaouki montre une écoute très attentive à tout interlocuteur. C’est aussi avec passion qu’il nous parle de son domaine d’expertise que sont les déchets. Sur ce plan pour lui aussi, «rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme».

«Dans l’industrie quand un produit est fabriqué, 75% de ce qui est produit sont des déchets. Par la suite 60 à 70% des 25%, qui représentent la matière produites, se retrouvent en déchets dans moins d’un an», avance-t-il. «C’est juste pour dire à quel point on risque d’être envahis par les déchets», renchérit-il. Recycler les déchets en tout genre est devenu ainsi son cheval de bataille. Recyclage du plastique, recyclage des pneus… avec lui et son équipe, c’est no limit ! A entendre le professeur Chaouki parler de ses inventions, on a l’impression que chaque matière peut avoir une vie sans fin. Au Maroc, avec l’Office chérifien des phosphates (OCP), c’est sur le recyclage du soufre utilisé pour s’attaquer aux roches que travaille le chercheur.

«Le Maroc achète entre 500 et 800 millions de dollars dépendamment du coût du soufre pour faire de l’acide sulfurique destiné à attaquer la roche de phosphate pour la dépourvoir du calcium. C’est ainsi que 20 millions de tonnes de phosphogypse (soufre + calcium) qui sont jetées à la mer chaque année car pour chaque tonne de phosphate produite, ce sont 4 à 5 tonnes de calcium qui se lient au soufre dans l’opération d’extraction», explique le professeur Chaouki. Aujourd’hui le moyen est trouvé pour séparer le soufre du calcium et pour que ces deux éléments soient utilisés indépendamment.

Au niveau du soufre ce sont de vraies économies d’échelle et une indépendance du marché mondial qui pourraient être réalisés puisque le déchet industriel pourra être réutilisé de nouveau pour l’extraction du phosphate. Quant au calcium extrait de la roche, il peut être exploité par l’industrie des ciments et générer ainsi des gains. Mais l’intérêt d’une telle démarche scientifique n’est pas uniquement à ce niveau il est aussi environnemental. Le projet de recyclage du soufre va permettre à OCP d’éviter de verser du phosphogypse dans la mer. Pour l’heure, ce sont deux brevets d’invention sur ce traitement qui ont été déposés par le chercheur et un de ses étudiants au profit d’OCP. Les inventions devraient se traduire par la mise en place d’une unité pilote au Maroc dans le cadre d’un partenariat entre l’Ecole Polytechnique et OCP. En gestation depuis deux ans, le projet est aujourd’hui au stade de la signature du contrat de partenariat.

(1) Le génie chimique traditionnel porte sur la conception des procédés industriels dédiés à des domaines tels que la pétrochimie et la chimie fine.

Parcours

Titulaire d’un diplôme d’ingénieur en génie des procédés à l’ENSIC Nancy en France en 1979, Jamal Chaouki a obtenu un doctorat à l’École Polytechnique de Montréal en 1985. Il a été engagé comme professeur adjoint en 1987, puis agrégé en 1991 à l’École Polytechnique de Montréal. Depuis 1995, il est professeur titulaire dans la même école. Il a formé plus que 80 chercheurs au 3ème cycle  et au doctorat et supervisé les travaux de plus de 40 chercheurs post-doctoraux et professeurs visiteurs.

Il a publié plus de 350 articles scientifiques dans des revues avec comités de lecture, plus de 400 autres articles scientifiques et édité 6 livres. Sans compter qu’il possède 22 brevets d’invention. Distingué à maintes reprises, il détient plusieurs prix scientifiques. Il est l’éditeur du journal scientifique «International Journal of Chemical Product & Process Modeling». Il a organisé plusieurs congrès internationaux. Entre autres, il était directeur scientifique et technique du 8ème Congrès mondial du génie chimique en août 2009. Actuellement, directeur du Centre bioraffinage, il supervise 33 chercheurs. Il est aussi membre de plusieurs sociétés savantes, dont l’Académie du Génie du Canada et l’Ordre des Ingénieurs du Québec. Il est aussi membre du conseil d’administration de l’École Polytechnique et de plusieurs compagnies tels que Ecolomondo Inc., et Hibe Inc. Quelle est la clé de sa  réussite? A la question, il répond sans hésitation et avec beaucoup d’humilité : «les autres». Pour lui les échanges avec les personnes qu’il côtoie sont une richesse qui le fait avancer. «Sans les autres nous sommes rien. Il faut toujours écouter ce que disent les autres, ils peuvent toujours nous apporter beaucoup».

Capter le CO2

«La réduction du réchauffement climatique passe par la récupération du CO2 produite par nos usines, cimenteries et autres centrales thermiques». C’est ce que préconise le professeur Chaouki pour réduire les gaz à effet de serre et éviter de dépasser le seuil critique des 2 degrés de réchauffement du climat d’ici 2100. Le chercheur qui travaille profondément sur cette problématique précise qu’il y a cependant un défi à relever pour capter le CO2.

La problématique, en effet, réside dans la séparation du CO2 et de l’azote car la combustion, effectuée en présence d’air (contenant 79% d’azote), produit non seulement du CO2, mais aussi de l’azote et de  processus, précise-t-il. Dans cette démarche, trois solutions peuvent être envisagées, respectivement avant, pendant et après la combustion. La première qui consiste à brûler les hydrocarbures à l’oxygène pur permettant d’éliminer la production d’azote coûte excessivement cher car l’oxygène pur est très dispendieux, indique le chercheur. La deuxième méthode qui se situe durant la combustion repose sur une introduction de l’hydrocarbure dans un premier réacteur, et l’air dans un second compartiment. «Séparés par un solide qui sert à fixer puis transporter l’oxygène vers un hydrocarbure, ce processus, testé sur 700 solides différents, ne s’est pas encore avéré vraiment efficace», expose le Pr Chaouki.

La troisième solution qui se réalise après la combustion est, de son avis, la technique la plus au point. Les gaz de combustion sont plongés dans une solution d’amines pour dissoudre le CO2 et éliminer l’azote sous forme gazeuse. La solution chauffée permet de libérer le CO2 sous forme de gaz. Mais cette méthode nécessite d’énormes quantités d’énergie. «Une centrale thermique au charbon ainsi équipée consomme 20 à 25% de son énergie pour séparer le CO2, le comprimer puis le stocker. Or, le charbon extrait pour ce faire cause plus de tort que de laisser échapper le CO2 dans l’atmosphère», explique-t-il. Aussi la meilleure façon de réduire nos émissions, reste de consommer moins pour économiser l’énergie, ajoute le chimiste.

Auteur : Malika ALAMI

Source : aujourdhui.ma

Sénégal / Bira Gaye Guèye, Un autodidacte qui révolutionne le séchage des produits agricoles


bira_gaye_gueye_2016

Agé de 67 ans, Bira Gaye Guèye n’est pas à court d’inspiration. Il a encore l’imagination fertile pour apporter une touche originale à la modernisation du matériel agricole. L’inventeur autodidacte donne un dernier coup de lime sur le tunnel de séchage ; sa dernière invention qui accélère le séchage des produits locaux comme les noix d’anacarde, des légumes et fruits. La vitesse de déplacement du tapis roulant est modulable en fonction du produit agricole introduit à l’intérieur du tunnel.

L’inventeur Bira Gaye Guèye est âgé de 67 ans. Pourtant, il ne veut pas se mettre en retrait de l’univers des inventeurs. Ses enfants qui vivent à l’étranger lui ont supplié de se reposer. Mais le vieux est toujours sur ses gardes. Il ne veut pas être laissé en rade par l’évolution des connaissances dans des domaines qu’il considère essentiels pour l’essor économique des pays comme les nôtres. Le samedi 16 juillet 2016, il était déjà dans son bureau, à son atelier, à 9 heures. Les apprentis et les maîtres n’étaient pas présents en ce début de journée. Qu’est-ce qui fait courir Bira Gaye Guèye, auteur de plusieurs inventions qui ont connu un franc succès, est-on tenté de se demander ?

En tout cas, l’autodidacte veut donner un dernier coup de lime au tunnel de séchage. C’est une caisse de forme parallélépipédique. Celle-ci est posée sur une rampe bordée des deux côtés par des chaînes. Un aspirateur est accroché sur la partie supérieure de la caisse. En bas, un brûleur injecte de l’air chaud dans le tunnel. « L’innovation réside dans le fait que nous pouvons sécher plus de quantité de produits agricoles comme les noix d’anacarde, des légumes et des fruits. Nous gagnons aussi plus de temps. En plus, la vitesse du tapis roulant est modulable en fonction des produits introduits. Nous séchons les alvéoles à œufs avec des papiers recyclés », a vanté le concepteur.

Cette nouvelle invention, exposée récemment au Salon du savoir africain, à la Place du Souvenir, a déjà convaincu des producteurs des pays africains. Bira Gaye Guèye a une philosophie : la fabrication des machines adaptées à l’évolution du secteur agroalimentaire des pays africains. « Nous devons suivre l’évolution. Nous devons moderniser nos machines servant à soutenir le secteur agro-alimentaire. Les moulins à mil d’une capacité d’une tonne par jour sont dépassés », a-t-il fait remarquer, soulignant que la vieillesse est un état d’esprit.

La production de l’énergie propre

Malgré son âge, il nourrit encore beaucoup d’ambitions. Dans son atelier, son bio-digesteur est en phase de finition. Il rêve de créer un cycle de production de l’énergie propre chez les restauratrices de Dakar. « Avec ce bio-digesteur, nous pouvons produire, grâce aux résidus alimentaires, du gaz méthane qui a un pouvoir calorifique plus important que le gaz butane. Nous pouvons faire fonctionner un groupe électrogène. Donc, si nous mettons ce bio-digesteur à la disposition des restaurateurs et des restauratrices, ils pourront faire beaucoup d’économie », a souligné le concepteur.

Le vieux Bira a constaté que les propriétaires de restaurant dépensent beaucoup pour l’achat la recharge des bouteilles de gaz butane, alors qu’ils ont la possibilité de faire la cuisson avec les épluchures de légumes, des restes d’aliments, des viscères de poissons, entre autres déchets biodégradables. Comme dans des pays asiatiques, l’utilisation à grande échelle de ce bio-digesteur pourrait soulager des ménages dans la banlieue. Il est parti d’une loi de la science bien connue de tous : « Le gaz méthane est produit avec toutes les matières qui se décomposent en l’absence de l’oxygène ». Le bio-digesteur sera couplé à une de ces nouvelles inventions : les toilettes écologiques. « Nous comptons installer plus de 5.000 toilettes écologiques dans la banlieue. Nous pouvons à la fois produire de l’énergie et du compost », a révélé le concepteur.

L’avocat des inventeurs

L’inventeur ne s’impose pas de limite en matière de recherche de connaissances. Le sexagénaire parle des principes de la physique avec une certaine maîtrise et passion. Il s’intéresse à la mécanique, à l’électromécanique et à l’électronique. Il n’a pas été à l’école des Blancs pour parler comme l’auteur de « L’Aventure ambigüe ». Pourtant, il parle assez couramment le français. « C’est un surdoué. Il n’a jamais fréquenté l’école française. Il a fait plusieurs inventions que le Sénégal peut utiliser pour résoudre les problèmes de développement », avait témoigné Mamadou Guèye, un fonctionnaire à la retraite. Il ne prêche plus pour sa chapelle. Il a fait son temps. Mais de temps en temps, il enfile la robe d’avocat pour défendre le secteur de l’artisanat. Le concepteur ne croit pas que nos pays peuvent réussir leur émergence en consommant les technologies venues d’ailleurs. Il ne croit également pas à l’essor de l’artisanat sans un appui conséquent des pouvoirs publics. « Il y a un potentiel de créativité qui est là, mais faudrait-il que les autorités nous aident. C’est une question fondamentale à laquelle nous devons répondre », a laissé entendre le technicien.

Auteur : Idrissa SANE

Source : www.lesoleil.sn