Il est très difficile de se défendre de la contrefaçon

Victime de contrefaçon en 2002 sur l’un de ses produits leader, l’entreprise Gillet Outillage a bien failli disparaître. Mais après un changement de stratégie sur son processus de fabrication et de sa politique de dépôt de brevet, cette PME de 65 salariés basée en Haute-Marne a sorti la tête de l’eau.

Comment vous êtes-vous aperçu de la contrefaçon ?

Notre entreprise est spécialisée dans la fabrication d’outils spéciaux et cette contrefaçon concernait l’un de nos « produits phares » mis au point pour l’industrie automobile. A savoir une pince à câble vendue à un million d’exemplaires. Le contrefacteur, un fabricant chinois présent sur le marché américain, a proposé la copie de notre outil à un prix très bas avec la ferme intention d’inonder le marché local. Un de nos clients s’en est aperçu et nous a contactés.

Notre outil était protégé par un brevet mais cela n’a pas découragé le contrefacteur. Pour cette entreprise de grande dimension, nous n’étions qu’une PME française sans envergure. Ses dirigeants voulaient nous mettre à terre financièrement à coup de procédures judiciaires à répétition. Et ils ont bien failli réussir : cette mésaventure qui a duré plus de six ans, nous a coûté 1,8 million d’euros en procès! Et malgré tout cela, la contrefaçon n’a pas pu être empêchée. Nous sommes toutefois satisfaits car aujourd’hui, du fait de la mauvaise qualité de ce produit contrefait par nos concurrents, nous avons réussi à récupérer via le leader mondial Snap-on la quasi totalité du marché américain.

Quelle leçon tirez-vous de cette mésaventure ?

Je pense qu’il est très difficile pour une PME de défendre son brevet! Aujourd’hui, aucun contrat d’assurance n’est associé à votre dépôt de brevet et quand survient un problème tous les frais sont à votre charge. Or, de nombreuses PME n’ont pas les moyens financiers d’engager un procès coûteux. A partir du moment où l’entreprise s’est couverte en payant son brevet, il serait à mon sens logique que les procédures puissent être soient prises en charge par des groupes d’assurances partenaires qui mettent à disposition leur réseau d’avocats spécialistes. Ce serait beaucoup plus dissuasif et efficace.

Comment votre entreprise a-t-elle remonté la pente ?

En ne cessant jamais d’innover car c’est ainsi que l’on combat le plus efficacement les concurrents malhonnêtes. 40 % de notre chiffre d’affaires (6 millions d’euros en 2009) sont générés par des nouveautés, et notre bureau d’étude qui est constitué de cinq personnes développe environ 140 projets chaque année. Quatre brevets ont d’ores et déjà été déposés depuis le début 2010 (une soixantaine depuis 1977). Toutefois, nous avons modifié notre politique quant à son utilisation, en l’adaptant à notre taille. Désormais, quand nous développons une gamme d’outils adaptée aux besoins d’un client spécifique, nous lui cédons la propriété du brevet en échange d’une promesse d’exclusivité de l’outil et de la mise à disposition de son réseau de distribution. Ainsi, nous ne sommes pas perdants financièrement, et le brevet est défendu par une structure plus solide ce qui décourage bon nombre de contrefacteurs potentiels.

Autre changement : nous avons pris l’habitude de personnaliser le design de nos outils en fonction des souhaits de nos clients. Ainsi, un même outil peut se présenter sous différentes physionomies. L’avantage à cela ? Nous produisons des séries plus réduites ce qui est moins rentable aux yeux des contrefacteurs.

Recueilli par Sébastien Tranchant

Source :  http://www.lentreprise.com