Le Brésil revisite le concept de technopole


Le Sapiens Parque, en cours de création dans le sud du pays, associe innovation technologique, développement durable et protection du cadre naturel.

Lancé il y a une bonne trentaine d’années par le sénateur Pierre Laffitte à Sophia Antipolis, le concept de technopole pourrait bien connaître une seconde jeunesse… au Brésil. A Florianopolis, dans le sud du pays, un Sapiens Parque en cours de création s’attache en effet à revisiter le modèle original, malgré une taille encore modeste. Une initiative suivie avec attention par de nombreux observateurs dans le monde entier.

Pour implanter leur technopole « new look », les Brésiliens ont choisi un site privilégié : l’île – ou plutôt, la presqu’île – de Florianopolis, une zone d’activités particulièrement dynamique, dans l’État de Santa Catarina, lui-même l’un des plus industrialisés du pays. Le Sapiens Parque, qui y dispose d’un terrain de 450 hectares, ambitionne à l’horizon d’une vingtaine d’années d’accueillir 1.500 entreprises et de créer quelque 27.000 emplois directs. Il devrait bénéficier d’investissements à hauteur de 2,5 milliards de reals (soit 960 millions d’euros) d’ici à 2020.

Inauguré en avril dernier, le Sapiens Parque est le fruit de la collaboration de trois partenaires : la Compagnie de développement économique de l’État de Santa Catarina (Codesc) ; la Fondation Certi (1), une structure de droit privé créée en 1984, issue de l’université fédérale de Santa Catarina et qui vise à développer des projets d’entreprises – elle a notamment lancé un centre de soutien à l’innovation (2) ; enfin, l’institut Sapientia, inventeur du concept d’« édu-loisirs », et qui fournit des idées et des opportunités de création d’activités, en conservant au final une participation minoritaire dans les start-up.

A Florianopolis, les principes de base d’une technopole ont été conservés : la présence conjointe de laboratoires de recherche, de centres universitaires et d’entreprises de technologie de pointe, un site unique offrant toutes les facilités (infrastructures, services, administrations), et surtout la fameuse « fertilisation croisée » permettant aux entrepreneurs, aux enseignants et aux chercheurs de se rencontrer et d’échanger pour lancer de nouvelles idées et des projets innovants. Le tout orienté vers les technologies de l’information, les biotechnologies et l’énergie.

Plusieurs vocations

Mais, à cette recette d’origine les Brésiliens ont ajouté quelques ingrédients de leur cru. « Au départ, le Sapiens Parque était conçu comme une technopole traditionnelle. Nous avons examiné le modèle de nombreux parcs technologiques dans le monde, comme Sophia Antipolis ou même la Villette en France, explique Leandro Carioni, directeur général du site. Mais, par la suite, nous avons voulu aller plus loin et étendre le projet. » Résultat, aujourd’hui, le Sapiens Parque affiche plusieurs vocations : le développement d’entreprises high-tech et l’innovation, mais aussi les services (financement, droit, éducation, santé…), et même la culture et le tourisme. A côté des centres de recherche universitaires, des laboratoires privés ou des « jeunes pousses », il accueillera un ensemble d’activités destinées au grand public : institutions de formation en tout genre, sociétés commerciales, complexe de sport et de loisirs « de dernière génération », restaurants gastronomiques, musées… Le Parque abritera aussi le Sapiens Circus, une structure qui planche sur des outils multimédias originaux destinés à l’éducation. Sans oublier l’École des mines de Saint-Etienne, qui a prévu d’y implanter son institut Héliopolis, avec le soutien de l’État de Santa Catarina. « En général, les technopoles séparent clairement business, technologie et services. Ici, au contraire, nous réunissons ces différentes activités pour mieux les combiner, poursuit Leandro Carioni. Et nous voulons en outre les rendre autant que possible accessibles au grand public. » Le Sapiens Parque se donne ainsi pour mission de définir un nouveau modèle d’urbanisation.

Préserver le cadre naturel

Ce n’est pas tout. La technopole met également l’accent sur le développement durable et la protection du cadre naturel. « Nous cherchons à réussir l’intégration du parc dans la cité et à offrir un modèle de développement équilibré », souligne Marcos Mueller, président de Sapiens Parque SA. Plus de la moitié de la superficie est ainsi réservée à des espaces verts. Et si les entreprises de technologie sont naturellement les bienvenues, toutes les sociétés qui sont susceptibles de générer une forme de pollution se verront en revanche refuser l’admission. Le parc devrait même constituer la première « réserve urbaine de biosphère » au monde, et a reçu pour cela un label de l’Unesco.

La technopole à la mode brésilienne bénéficie aussi du soutien sans faille du gouvernement fédéral, de l’État de Santa Catarina et de la municipalité de Florianopolis. Le gouverneur de l’État, Luiz Henrique da Silveira, y voit « un outil clef de développement économique pour toute la région », en même temps qu’une vitrine pour tout le Brésil.

S’il est encore trop tôt pour juger des résultats, les premiers pas semblent encourageants. Pour l’heure, le Sapiens Parque est encore à l’état de vaste chantier, sur lequel ont déjà été édifiés le siège de la structure, un auditorium et divers bâtiments administratifs. Mais déjà une quarantaine d’institutions – des entreprises, ainsi que plusieurs ONG – ont signé un protocole d’accord avec les promoteurs et prévoient de rejoindre le site. La pépinière d’entreprises créée par le Certi a, elle aussi, vocation à s’y implanter. Sans compter que plusieurs multinationales ont également manifesté leur intérêt pour ce nouveau modèle de technopole.

(1) Centre de référenceen technologies innovantes.

(2) La Fondation Certi a notamment noué des partenariats avec des institutions d’enseignement supérieur de premier plan comme l’IMD de Lausanne, le MIT aux États-Unis et la Technische Hochschule de Dresde,en Allemagne.

Les sept concepts clefs du Sapiens Parque

Le modèle du « Sapiens Parque » repose sur un ensemble de sept principes de base, qui ont présidé à sa conception :

1. Le développement durable ;
2. La société de la connaissance ;
3. L’économie fondée sur l’expérience ;
4. La convergence des sciences et des technologies ;
5. La globalisation de l’économie ;
6. L’adoption d’un cycle continu d’innovation ;
7. La convergence numérique.

Auteur : Jean-Claude LEWANDOWSKI

Source : www.lesechos.fr


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