L’Europe née au Moyen-Âge


Le dernier livre de Jacques Le Goff, paru dans la collection «Faire l’Europe», parcourt la période médiévale, « strate » de l’histoire européenne. On y apprend que le Moyen Age, temps symbolique et caricatural dans les imaginaires occidentaux, est aussi une étape de la constitution d’une unité européenne.

L’époque débute, dans la chronologie proposée au lecteur, en 276 avec le commencement des invasions barbares et se clôt en 1495, date de la prise de Naples par le roi de France Charles VIII, soit l’entrée du continent dans un temps de guerres. Un riche moment dans l’élaboration de rapports communs face à la maîtrise du temps, des échanges, de l’environnement…

Entre les frontières temporelles retenues, est parcouru un ensemble de thèmes qui font l’unité entre des populations proches par leurs façons de penser et de faire. Dans les sociétés décrites, des mouvements caractérisent une Europe en évolution continuelle, du point de vue géographique mais aussi social, culturel, économique. On n’en saisit que mieux la gageure de l’intégration actuelle, qui engage progressivement depuis la seconde guerre mondiale les Européens dans un moment politique majeur et plein de « potentialités », celui de l’union.

Les thèmes abordés par l’historien mettent en valeur certains problèmes posés aux Moyen Age, qui trouvent un écho lointain dans l’actualité ; c’est le cas pour les frontières européennes, les rapports de la culture chrétienne avec la culture musulmane et judaïque, les exclusions ou encore le sentiment d’insécurité. Ces racines historiques ne sont toutefois pas de même nature qu’aujourd’hui – l’expansion du continent débute à la fin de la période étudiée – mais les phénomènes d’incorporation des changements de tous ordres par la société permettent au professeur de donner une identité générale des Européens qui naît dans le temps médiéval.

L’ouvrage, qui se réfère à un grand nombre de travaux d’historiens, relate les « naissances » européennes, c’est-à-dire les inventions et évolutions similaires se répandant à l’époque sur les territoires européens ; évolution du religieux, du politique, mais aussi de la lecture, de l’amour courtois, du statut de la sodomie, du travail intellectuel et commercial … J. Le Goff dessine ainsi les traits propres à une mentalité européenne prenant sa source dans un christianisme en évolution, toujours omniprésent des mentalités aux pratiques.

Dans une partie consacrée à l’enseignement supérieur, l’auteur décrit les questions « quodlibetiques » du XIIIème siècle qui consistaient en une interrogation libre des étudiants à un maître, dont la réponse influait sur sa réputation. L’historien, étudiant perpétuel de son époque, est pour l’occasion un maître érudit. Toutefois, dès l’introduction, le lecteur est informé que ce n’est pas un livre d’érudition ; l’ambition explicite « d’éclairer la construction de l’Europe » est l’occasion de s’ouvrir intelligemment à l’Europe du passé. Là réside le principal intérêt de ce livre foisonnant de débats et de thèses d’historiens, en forme de cours engagé pour une Europe du présent.

* Jacques Le Goff, L’Europe est-elle née au Moyen Age ?, édition Seuil, collection Faire L’Europe, 2003.

Jonathan Szajman
Paris (France)


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