Article de presse

Jacques Chirac veut promouvoir un projet de bibliothèque virtuelle européenne


Le président de la République devait recevoir mercredi le ministre de la culture et le président de la BNF pour bâtir un projet homologue à celui de la société américaine Google.

Une bibliothèque virtuelle européenne qui mettrait en ligne, gratuitement, des millions de volumes pour les internautes : pour lancer ce projet industriel qui est aussi un rêve humaniste, Jacques Chirac devait recevoir, mercredi 16 mars dans l’après-midi, le président de la Bibliothèque nationale de France (BNF), Jean-Noël Jeanneney, et le ministre de la culture et de la communication, Renaud Donnedieu de Vabres. Le président devait les investir d’une mission préparatoire qui lui permettra d’engager des discussions avec ses homologues européens sur la construction de cette bibliothèque du futur.

L’Élysée a beau s’en défendre, il s’agit de répondre au projet Google Print, annoncé le 14 décembre 2004 par la firme américaine Google, inventeur du célèbre moteur de recherche : la mise en ligne de 15 millions de titres, libres de droits (Le Monde du 5 mars). « C’est une bonne initiative. Nous ne sommes pas dans une logique de concurrence, de menace », assurent les conseillers du président a propos de l’initiative des fondateurs de la firme californienne, Serge Brin et Larry Page. Mais ils s’empressent d’ajouter que « chacun doit avancer dans sa perspective ».

L’idée est bien de ne pas laisser Google occuper seul ce créneau culturel et industriel considérable. L’entreprise américaine serait menée en collaboration avec les bibliothèques de trois universités, Stanford, Michigan et Harvard, avec la New York Public Library et avec la Bodleian Library, rattachée à l’université d’Oxford au Royaume-Uni. Les premiers titres devraient être disponibles dès la fin de 2005 et la fin du programme pourrait être bouclée dans six ans, estime Google.

La firme entend régler l’addition, estimée à 150 ou 200 millions de dollars. Elle affirme avoir développé un outil léger et rapide pour scanner ces millions de documents imprimés en mode texte, une opération normalement longue et onéreuse, mais qui permet des recherches documentaires sur le texte intégral. L’opérateur de la Silicon Valley refuse d’en dévoiler le profil.

Le président de la BNF nous indiquait (Le Monde du 5 mars) qu’il n’était pas « hostile » au projet Google, mais qu’il aimerait que, face à ce « miroir américain », on « puisse disposer dans l’avenir d’un autre point de vue, marqué par une autre sensibilité – européenne ». Et il jugeait « utile d’élaborer avec d’autres pays européens un moteur de recherche commun ». M. Chirac, toujours enclin à vilipender l’omniprésence de la culture anglo-saxonne, « qui a tendance à effacer les autres », ou qui risque d’engendrer une « sous-culture générale dans le monde », a donc trouvé en M. Jeanneney l’homme de la situation.

L’entourage de M. Chirac souligne que la BNF n’en est pas aux balbutiements ni aux effets d’annonce dans le domaine de l’accès au savoir sur le Net. Le projet Gallica – 80 000 ouvrages et 70 000 images en ligne, plus la reproduction de 22 grands journaux depuis le XIXe siècle, « se tient bien », soulignent les conseillers du président. C’est déjà une base, considèrent-ils, avant de franchir l’étape suivante, « renforcer et coordonner les efforts européens qui permettront à l’Europe de prendre toute sa place dans ce domaine » de la culture en ligne.

EFFORT FINANCIER

L’enjeu culturel de ce projet est énorme, mais il est conditionné par la technique, domaine encore plein d’inconnues, qui déterminera lui-même les coûts financiers. « Nous pensons que Google sous-évalue le coût de l’opération, sauf si leur percée technologique est vraiment majeure », estiment les conseillers de M. Chirac, jugeant d’autant plus nécessaire une collaboration européenne sur le plan culturel, technique, financier. « C’est typiquement le genre de projet que le président souhaite porter », soulignent-ils. Ils admettent, sans en préciser le montant ni le calendrier, que l’État sera prêt à faire un effort financier pour soutenir ce projet européen.

« C’est une priorité à dégager et ce n’est pas inaccessible », assure-t-on à l’Élysée. Ce sont des programmes à cinq ou dix ans, « où les coûts baissent avec le temps et avec les innovations technologiques », expliquent les collaborateurs de M. Chirac.

Ils soulignent aussi que des contacts ont déjà été pris avec les Allemands, mais qu’il « faudra absolument discuter aussi avec les Anglais. L’autre très grande bibliothèque – la British Library -, ce sont eux qui l’ont et il faudra travailler ensemble », indiquent-ils. Dans l’esprit du chef de l’Etat, il s’agit de bâtir un « alter ego » au projet américain, avant d’envisager une éventuelle collaboration avec Google, pour ne pas discuter en situation de faiblesse. Le président serait-il prêt à s’entretenir avec le concurrent de Google, Microsoft, puisqu’il a tant de convergences de vues avec son président, Bill Gates, qu’il a longuement reçu à l’Élysée ? « Pourquoi pas ? », répondent les conseillers de M. Chirac.

Auteurs : Béatrice Gurrey et Emmanuel de Roux

Source : www.lemonde.fr

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