Les médicaments des fonds marins


Ruée vers l’or bleu · L’industrie pharmaceutique réclame le droit de puiser dans les ressources sous-marines. En jeu : des traitements contre le cancer ou le sida.

L’avenir de la médecine est-il au fond des océans ? La recherche génétique, en tout cas, s’intéresse de plus en plus à cet immense réservoir d’organismes vivants dont le potentiel scientifique et commercial fait rêver les laboratoires et les entreprises pharmaceutiques. Théoriquement, cette course dans le grand bleu est ouverte à tous. Mais de fait elle est limitée aux plus riches. Des scientifiques demandent donc une loi internationale pour réglementer la bioprospection. Un rapport onusien pointe des lacunes, notamment au sujet de la propriété intellectuelle et du partage des ressources.

Des ressources qui semblent fabuleuses! Vivant dans des conditions très rudes, les organismes sous-marins développent des caractéristiques qui, exploitées, se montrent avantageuses dans le traitements des maladies (cancer, sida, etc., lire ci-contre). Salvatore Arico, de l’Unesco, a été associé à un rapport sur la recherche en mer profonde publié par l’Université des Nations Unies (basée à Tokyo) : «On trouve des formes de vie résistant à une pression, une toxicité, une salinité et une température extrêmes. En modifiant les gènes responsables, on peut développer des médicaments. C’est un domaine très prometteur.»

Pour un accès équitable

Dans les océans Indien et Pacifique en particulier, la diversité des espèces est énorme. Et la probabilité de succès commercial très grande, souligne le rapport. Les principales firmes pharmaceutiques (dont Pfizer, Hoffmann-La Roche, Merck, Lilly, Bristol-Myers Squibb) ont toutes des départements de biologie marine. Un secteur dont les ventes mondiales en 2000 étaient estimées à 100 milliards de dollars.

Beaucoup craignent qu’un tel trésor soit confisqué par un petit nombre. Car seuls des pays comme le Japon, les États-Unis, la France, le Canada, la Grande-Bretagne ou la Suisse possèdent la technologie nécessaire. «La question d’un accès équitable à cette richesse sous-marine nécessite plus d’attention», estime Sam Johnston, qui a contribué au rapport.

Risque de surexploitation

«L’industrie veut s’approprier ces ressources marines, mais les gouvernements doivent vérifier qu’elles soient utilisées équitablement», poursuit-il. Or certains veulent protéger leurs découvertes par des brevets. Et d’ajouter : «L’évolution scientifique et technologique en matière de bioprospection sous-marine file à toute allure, tandis que son cadre légal et politique stagne.» Sans parler de la surexploitation des ressources, conduisant à l’épuisement voire à la disparition de certaines espèces.

De leur côté, les firmes souhaitent aussi des règles plus claires. Notamment sur le partage des bénéfices. Le flou actuel freine la bioprospection, qui est très coûteuse. Les instruments juridiques actuels (droit de la mer, convention sur la biodiversité, droits de propriété intellectuelle) sont lacunaires, pointe le rapport. Il faudrait par exemple décider si les compagnies privées doivent avoir le même accès aux ressources génétiques sous-marines que les scientifiques académiques.

Source : www1.laliberte.ch


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