Le Prix IgNobel (prononcez « ignoble »)


Pastiche des Prix Nobel, inspirés du «Journal des résultats impossibles à reproduire», les IgNobel récompensent des recherches authentiques et farfelues.

Est-ce que les tartines tombent toujours du côté beurré ? Le bon sens populaire répondrait sans hésiter par l’affirmative, de la même manière qu’on est persuadé de toujours choisir la mauvaise file aux caisses d’un magasin (la fameuse loi de Murphy). Eh bien, un éminent physicien l’a démontré, ajoutant pour information que les constantes fondamentales de l’Univers n’y sont pas étrangères.

Pourquoi les pics-verts, qui frappent le tronc d’un arbre près de 12 000 fois par jour, n’attrapent-ils pas une terrible migraine ? Y a-t-il une corrélation entre taille, pointure et longueur du pénis (je vois poindre de l’intérêt) ? Une croyance, presque aussi vieille que l’humanité. Deux médecins canadiens ont voulu vérifier ce mythe. Conclusion: s’il existe une faible, très faible corrélation, celle-ci s’efface plus ou moins lors de l’érection. C.Q.F.D., autrement dit, ce qu’il fallait démontrer.

Le biscuit dans le thé

Pour casser l’ambiance, le grand amour est-il comparable aux troubles obsessionnels compulsifs (TOC) ? Comment optimiser son trempage de biscuit dans le thé, pour éviter une bouillie innommable ? Peut-on faire léviter une grenouille ? Les pigeons réussissent-ils à distinguer une toile de Monet de celle peinte par Picasso ?

Ou encore, comment éviter une souffrance olfactive, suite aux flatulences intolérables de son compagnon ? Et ce n’est qu’un échantillon de ces perles. A priori, des questions loufoques, sans aucun intérêt scientifique. Que nenni ! D’honorables savants s’y sont attaqués, et sérieusement qui plus est !

Le résultat : les Prix IgNobel (prononcez «ignoble») qui récompensent des recherches un peu fofolles et dérangeantes, mais «toujours d’authentiques chercheurs pour des travaux réels et bien documentés». Ne tuons pas le suspense en dévoilant toutes les réponses dénichées par l’«Homo sapiens sapiens» (signifie «sage»). Pour cela, il vous suffit de lire Marc Abrahams, qui collectionne dans son bouquin quelques-uns des meilleurs IgNobel. A déguster sans restriction, d’autant que l’utile peut se cacher derrière le futile. Ainsi, en dressant des pigeons à différencier l’impressionnisme du cubisme, les chercheurs japonais de l’Université de Keio décryptent quelque peu notre système de vision.

L’amour est-il un TOC ?

La sérotonine, neurotransmetteur régulant le sommeil, l’excitation ou la dépression, se trouve en quantité élevée dans le sang de personnes souffrant de TOC. Il en est de même chez les amoureux transis, l’âme sœur occupant les moindres recoins de la pensée. D’où des expressions comme «être follement amoureux», ou «malade d’amour» qui ne sont pas si éloignées de la réalité. Malgré cette découverte, le secret de l’amour reste intact.

Imitation des fameux Nobel, les Prix IgNobel sont lancés en 1990 par Marc Abrahams, alors rédacteur en chef du «Journal of Irreproducible Results» (Journal des résultats impossibles à reproduire) – il a depuis fondé les «Annales des Improbables Recherches». Depuis, les Prix IgNobel sont devenus une institution, un pur moment de jouissance. La cérémonie de remise des prix se déroule chaque année en octobre dans la célèbre forteresse de la connaissance, l’Université de Harvard. Médecine, biologie, chimie, physique, psychologie, mathématiques, mais aussi économie, paix et littérature, tels sont les domaines récompensés.

Un banquier pas doué

Si la majorité des lauréats sont des scientifiques établis, on retrouve cependant des inventeurs, ou des olibrius tel ce banquier qui a causé la faillite d’une des plus vénérables institutions financières britanniques (IgNobel d’Economie en 1995). Avec une extrême confiance en lui, Nick Leeson a investi dans les «produits dérivés» – la définition est encore floue -, jusqu’à perdre 1,4 milliard de dollars. La hiérarchie de la banque Barings a juré, bien qu’un peu tard, qu’on ne l’y reprendrait plus. La Royal Navy britannique quant à elle s’est vu décerner l’IgNobel de la paix en 2000, pour avoir substitué l’emploi de véritables obus durant les exercices militaires par le cri «Bang». Quand économie rime avec paix…

Seule une minorité des nominés ont décliné l’invitation à la cérémonie, alors même que d’authentiques Prix Nobel honorent la soirée de leur présence. Et, malgré quelques irréductibles détracteurs horrifiés de cette tournure en dérision de la science, qui ose encore prétendre que les scientifiques se prennent trop au sérieux ?

Auteur : Valérie Dénervaud Tendon

Source : www.journaldujura.ch


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