La Chambre de commerce et d’industrie de Châteauguay recevait le 21 février dernier l’éditorialiste de La Presse et auteur du livre Éloge de la richesse, un essai dérangeant sur l’attitude des Québécois face à l’argent et à la richesse.
Près de 150 personnes ont assisté à la conférence du chroniqueur à la Salle du Boisé de Mercier.
D’entré de jeu, M. Dubuc a placé le Québec sur l’échiquier économique mondial. Citant une étude qui place le Québec au 54e rang sur 60 (les dix provinces canadiennes et le 50 états américains) au chapitre de son niveau de vie, l’auteur a souligné que l’état de Massachusetts, un état que les Québécois aiment bien, a un niveau de vie 70 % supérieur à celui du Québec. « On devance à ce chapitre quelques provinces maritimes et le Mississippi », de souligner M. Dubuc.
« Dès qu’on revient d’Europe ou des États-Unis et qu’on atterrit à Pierre-Elliot-Trudeau, on se rend compte de notre pauvreté collective. Même chose quand on revient des États-Unis ou de l’Ontario en auto et qu’on roule sur nos routes défoncées. »
À l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), le Québec figure au 17e rang sur 34. « Ce n’est pas la catastrophe mais c’est assez ordinaire », estime M. Dubuc. « En 2085, si tout va bien, le Québec aura rejoint le produit intérieur brut (PIB) de l’Ontario ! » d’ironiser M. Dubuc devant un auditoire fort attentif.
Optimiste quand même
Malgré tout, pour l’éditorialiste, tout n’est pas perdu. « Il y a vingt-cinq ans, l’Irlande était plus pauvre que Terre-Neuve. Aujourd’hui, elle est plus riche que le Canada ! »
Le problème du Québec et des Québécois, avance M. Dubuc, remonte à la Conquête quand les Québécois ont perdu le contrôle de leur économie. « Ça fait une génération à peine que nous en avons repris le contrôle », indique l’auteur.
Durant la Révolution tranquille, le Québec a fait un bond prodigieux sur tous les niveaux. « Mais alors que nous n’avions que le tiers du chemin de fait, nous avons cru que nous étions rendus », lance l’empêcheur de tourner en rond. Résultat : le Québec est devenu une société très rigide qui a du mal à gérer le changement. « On a, sans doute, été épuisés par les changements. On s’est bureaucratisés; on s’est rouillés ! Et depuis plusieurs années, toute l’énergie est mise sur le débat concernant l’avenir du Québec. Mais l’économie ne devrait pas être politique », avance M. Dubuc.
Culture du sacré
Autour de lui et dans la société en général, l’auteur entend souvent dire que l’argent ne fait pas le bonheur. Un argument des hypocrites estime M. Dubuc pour qui des routes, des hôpitaux et des programmes sociaux ne se financent pas à la simplicité volontaire.
« J’entends souvent dire aussi qu’on n’est pas si mal au Québec. C’est vrai ! mais pour moi, cette affirmation est la version moderne du « né pour un petit pain ».
L’éditorialiste estime que la culture du sacré et la méfiance des gens envers la communauté d’affaires empêche le Québec d’avancer. « Dans le dossier du CHUM par exemple : si le monde des affaires appuie un projet ou un emplacement en particulier, ça doit nécessairement être mauvais ! Même chose pour l’autoroute 30. On n’est même plus capables de faire un bout de route sans que cela ne devienne un psychodrame national ! »
M. Dubuc estime qu’il y a une grosse culture du sacré au Québec. Le modèle québécois mis sur pied dans les années 1960 et 1970 et le fameux Québec Inc. des années 1980 et 1990 sont ainsi devenus des vaches sacrées intouchables. Et malheur à ceux qui osent les critiquer un tant soit peu ! Même les syndicats, qui ont joué le rôle de bougie d’allumage durant la Révolution tranquille sont devenus « une force de conservatisme terrible », souligne l’éditorialiste.
Or, selon l’auteur, on s’illusionne beaucoup sur le modèle québécois. « On est les derniers en santé au Canada. Le Manitoba dépense plus pour la culture que le Québec ! Le statu quo n’est pas viable. On ne pourra pas maintenir notre niveau de vie encore quinze ou vingt ans si on ne change pas les choses. »
Réalité démographique oblige, il y aura de moins en moins de travailleurs au Québec en raison du poids du vieillissement de la population. « On a un moton de retraités qui va arriver en même temps. La croissance économique va avoir tendance à être moins forte. De plus, les pays émergents viennent maintenant nous concurrencer de plus en plus, notamment dans le secteur manufacturier. Il faut faire quelque chose. »
Créer de la richesse
Pour M. Dubuc, toute solution économique est vouée à l’échec tant et aussi longtemps qu’une solution politique ne sera pas trouvée au problème qui sclérose le Québec.
« On dit qu’on ne peut pas être pour la richesse sans être néolibéral. Mais si on veut des programmes sociaux qui ont de l’allure, il faut créer de la richesse ! »
Au Québec, fait remarquer M. Dubuc, 2 % seulement des salariés gagnent plus de 100 000 $ annuellement. En Ontario, c’est 4 %.
« S’il y avait le même pourcentage de gens qui gagnaient 100 000 $ et plus au Québec qu’en Ontario, cela représenterait des revenus additionnels de 5 milliards de dollars par année pour le gouvernement du Québec ! »
Pour l’auteur, trois avenues sont à explorer si le Québec veut reprendre le chemin de la prospérité.
« Premièrement, il faut augmenter la productivité en investissant dans des équipements de pointe. Pour ce faire, il faut cesser de taxer le capital des entreprises et ne plus prélever d’impôt sur leurs profits. »
Deuxièmement, ajoute le journaliste, il faut miser à fond sur l’éducation et la formation professionnelle en donnant aux enfants les outils nécessaires pour réussir. « Il faut absolument augmenter le taux de littératie. Priver quelqu’un de la capacité de lire, ce n’est pas seulement un drame pour cette personne mais pour toute la société. »
Enfin, avance M. Dubuc, il faut investir dans la recherche et le développement jusqu’au moment où l’invention ou la découverte se retrouve à la rue, dans le public, là où c’est payant.
« La création de la richesse repose sur l’entreprise privée. Et il faut que les efforts soient récompensés », estime M. Dubuc.
Mais avant de pouvoir réaliser ces trois étapes, il faut absolument « désamorcer les chicanes absurdes entre la gauche et la droite. »
« Il faut sortir du débat opposant souverainistes et séparatistes. Le développement de la richesse collective et individuelle favoriserait les deux camps. Et dans quelques années, on décidera si on veut d’un projet souverainiste sans émotivité et sur des bases complètement différentes », avance M. Dubuc.
Volonté de changement
Se disant conscient qu’il est plus facile d’écrire un livre que de faire une campagne électorale, M. Dubuc est d’avis qu’une bonne partie des Québécois veulent du changement.
La création du Fonds des générations pour payer la dette publique est un autre exemple selon lui de la volonté de changement des Québécois.
« En 2003, quand le Parti québécois était au pouvoir, les deux-tiers des Québécois ont voté pour le Parti libéral ou l’Action démocratique », signale-t-il. Or, ces deux formations politiques sont moins attachées aux « vaches sacrées » de la société québécoise que ne l’est le PQ. « Le dégel des frais de scolarité est un bon exemple des débats absurdes entourant les vaches sacrées », estime l’auteur.
Auteur : Sylvain Daignault
Source : www.hebdos.net
En savoir plus sur Invention - Europe
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.
