La recherche universitaire doit se traduire en richesse !


Dans de son dernier budget, le gouvernement fédéral a consacré environ deux milliards $ pour la recherche et le développement, dont la majeure partie était destinée aux universités canadiennes. Les universités utilisent-elles bien cet argent? Si les universités excellent pour faire des découvertes, elles sont inefficaces pour en faire bénéficier l’économie.

Une invention, en soi, ne crée pas de richesse. Elle peut seulement avoir un impact économique si elle mène à la conception d’un produit, d’un procédé ou d’une idée qui peut être vendue et commercialisée. Considérant l’énorme potentiel de découvertes des universités, il ne fait aucun doute que celles-ci pourraient devenir de vrais moteurs économiques. Ce lien entre la recherche et l’économie se fait à travers les bureaux de transfert de technologies des universités (BTT).

Un important changement culturel

Les BTT, qui sont responsables de l’administration des initiatives de recherche universitaire avec l’industrie et de la commercialisation de la propriété intellectuelle des universités, ne donnent pas les résultats escomptés. Pour améliorer les relations entre les chercheurs universitaires et les investisseurs en capital de risque, il faudra un important changement de la culture.

Même s’il n’existe pas de consensus sur la façon de mesurer le rendement des BTT, il semble évident qu’un virage vers une administration qui soit plus sensible aux besoins des chercheurs et des investisseurs en capital de risque favoriserait la commercialisation de la propriété intellectuelle et permettrait de plus grandes retombées économiques pour le Canada.

Le lien qui unit les BTT et les chercheurs est complexe. La valorisation des inventions peut se faire soit en créant une nouvelle entreprise dérivée ou encore en confiant leur commercialisation à d’autres à travers l’octroi d’une licence. Cependant, les BTT prennent parfois trop de temps à breveter les découvertes faites par les chercheurs ou ne savent tout simplement pas reconnaître leur potentiel industriel. Les BTT sont également critiqués pour leur manque de personnel qualifié qui les empêche de répondre correctement aux besoins des chercheurs.

Partage des retombées

Les chercheurs souhaitent généralement que leurs recherches aient un impact positif sur leur communauté. Néanmoins, il n’est pas toujours avantageux de divulguer leurs découvertes, du fait que l’université affirme souvent ses droits sur toute invention à l’intérieur de ses rangs. Les inventions internes sont celles réalisées exclusivement avec le matériel, l’équipement et les installations de l’université, ainsi qu’avec l’aide technique, administrative et financière de celle-ci.

Bien entendu, les universités n’ont pas toutes les mêmes politiques de partage des retombées de la commercialisation. Par exemple, l’Université de Montréal garantit aux chercheurs un minimum de 15% des revenus engendrés par leur découverte. De son côté, l’Université de Waterloo a crée un environnement beaucoup plus favorable à l’entreprenariat académique. Les chercheurs ont le choix de commercialiser leurs découvertes par leurs propres moyens ou de faire appel aux services de leur BTT, et alors de partager les profits avec l’université.

Liens avec l’industrie et le marché

Les rapports entre les BTT et les investisseurs en capital de risque freinent également la valorisation des inventions faites en milieu universitaire. Si les BTT sont peu sensibles aux besoins des chercheurs, ils ne savent pas toujours ce que recherche l’industrie. Le fait que les BTT cherchent avant tout à générer des revenus supplémentaires pour leurs universités nuit à la commercialisation de la propriété intellectuelle. Les investisseurs en capital de risque ne voyant pas la possibilité de faire un profit raisonnable avec leur investissement peuvent décider d’abandonner les négociations d’un contrat de vente ou de partenariat.

De plus, le secteur privé se plaint du fait que les BTT ne soient pas soucieux des demandes du marché et qu’ils retardent souvent la signature de contrats. Dans un monde où la technologie se développe à un rythme effarant, la rapidité à laquelle les investisseurs en capital de risque peuvent s’entendre sur les modalités de la commercialisation d’un produit est cruciale. Une amélioration du rendement des BTT passe alors par une meilleure écoute des besoins de leurs clients, soit les chercheurs universitaires et les investisseurs en capital de risque.

Les universités ont pour mission première de fournir une instruction de qualité et de créer un environnement propice à libre activité intellectuelle. On comprend qu’elles se préoccupent aussi de renflouer leurs coffres à une époque où le financement de l’éducation postsecondaire se fait précaire. Mais elles doivent aussi se préoccuper de leur contribution à l’économie.

En vue d’accroître sa compétitivité, l’économie canadienne ne peut se fier sur le secteur manufacturier avec la relocalisation des activités dans les économies émergentes comme la Chine, l’Inde et le Brésil. Elle doit plutôt se concentrer sur la commercialisation de technologies de pointe. Si les universités canadiennes entendent participer à la nouvelle économie du savoir, elles devront revoir leur façon d’administrer leur BTT.

Auteur : Emmanuelle Richez

Source : www.cyberpresse.ca


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