Ne supprimez pas le ministère de la culture


Avec la création en 1959 du ministère de la culture par le général de Gaulle et André Malraux, auquel s’est ensuite judicieusement ajoutée la communication, on pensait définitivement révolue l’époque où la culture n’était au plus qu’un service de l’administration centrale.

Expérimenté sous la IIIe République, ce modèle refait pourtant surface avec la rétrogradation programmée du ministère de la culture au rang de secrétariat d’État et son mariage forcé avec l’éducation nationale. En effet, la volonté du nouveau président de la République, Nicolas Sarkozy, de resserrer son gouvernement en ne nommant que quinze ministres risque de conduire à la suppression d’un ministère de la culture et de la communication autonome mais aussi de dissocier la culture et la communication au sein de deux secrétariats d’État distincts.

Certes, l’échec de la démocratisation culturelle impose de faire un effort particulier sur la formation et l’éducation des plus jeunes de nos concitoyens qui seront les spectateurs et les professionnels de demain. Mais limiter l’action publique en faveur de la culture à la formation de générations de spectateurs avertis, aussi prioritaire soit-elle, ne peut rendre compte de l’ampleur de ce que doivent être l’ambition et les objectifs culturels d’un pays comme la France.

Quant à la dissociation entre la culture et la communication, elle semble être à rebours du monde dans lequel nous vivons et particulièrement des effets de la convergence numérique qui doivent nous inviter plus que jamais à ne pas scinder la régulation des tuyaux de celle des contenus, si nous ne voulons pas hypothéquer l’avenir de la diversité culturelle sur les nouveaux réseaux.

Nos craintes naissent aussi du symbole désastreux qu’une telle décision pourrait représenter aux yeux de nos partenaires européens et internationaux. Sans la France, la Convention de l’Unesco pour la diversité culturelle n’aurait sans doute pas pu voir le jour. Sans elle non plus, l’Europe n’aurait pas défendu avec autant de vigueur l’exception culturelle.

IMAGE DE LA FRANCE

Bref, il est certain que l’image et le poids de la France dans le concert des nations, pour peser sur le cours des régulations internationales et défendre l’exception dont bénéficie la culture, subiraient très négativement les effets de la transformation d’un ministère de la culture et de la communication en un simple secrétariat d’État.

A l’évidence, la fin d’un ministère de la culture et de la communication, tel que l’avait imaginé André Malraux, mettrait à mal le pays des droits d’auteur et de la diversité culturelle dans sa légitimité à porter haut les valeurs de la culture et de la création. Nous ne croyons pas que cela puisse être le rêve ou la volonté d’un futur président de la République. Nous ne le voulons pas, comme nous ne voulons pas d’un ministère de la culture et de la communication qui refuserait toute évolution et resterait sourd aux mutations du monde. Parce que la culture a trouvé avec le numérique et Internet un nouveau support pour sa diffusion qui bouleverse l’économie générale de la création et de son financement, parce que la propriété intellectuelle devant ces bouleversements technologiques est un vaste champ qui reste à investir, parce qu’il est, par exemple, aberrant que les pratiques amateurs relèvent du ministère de la jeunesse et des sports, il est urgent de trouver une organisation plus efficace, plus moderne et plus adaptée, qui ne saurait passer par la « fusion-dilution » proposée.

Au contraire, l’affirmation d’une politique ambitieuse en faveur de la culture et de la création ne peut intervenir que dans le cadre d’un ministère de la culture et de la communication conforté dans son rôle et doté d’attributions élargies pour réguler la culture dans toute sa diversité et sur tous les supports où elle a vocation à s’exprimer.

Faire le constat de la nécessité de réformer le ministère de la culture et de la communication est juste et nécessaire. Proposer sa suppression constitue en revanche une réponse erronée dont les conséquences seront d’affaiblir l’ambition culturelle de la France. Ne l’oublions pas.

Source : www.lemonde.fr


En savoir plus sur Invention - Europe

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

C'est à vous !

search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close