Quand l’armée américaine fait la promotion de l’écologie


Le département américain de la Défense n’est pas un exemple de développement durable : l’administration est le premier consommateur de carburant au monde (20 milliards de dollars consacrés aux énergies fossiles en 2008) et ses dépenses énergétiques représentent 80 % de la consommation totale du gouvernement des États-Unis. Mais les choses seraient en train de changer.

Selon le Pew Research Center, un think tank américain qui fournit des informations sur les tendances qui influencent le monde et les États-Unis, l’US Army commence sérieusement à se soucier de son empreinte environnementale. Dans un rapport publié fin avril, il affirme que l’armée la plus puissante et la plus énergivore de la planète est engagée dans des programmes de développement des énergies renouvelables et de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

L’armée de Terre a par exemple annoncé la constitution d’une flotte de quelque 400 véhicules électriques à l’horizon 2013. Avec l’armée de l’air (le plus gros consommateur d’énergie), elle met aussi en avant des bases fonctionnant partiellement à l’énergie solaire (pour alimenter notamment des systèmes de purification de l’eau). Le Fort Irwin, en Californie, devrait même devenir énergétiquement autonome d’ici 2020.

Quant à la Marine, elle ambitionne d’utiliser 50 % de biocarburant dans les dix années à venir. Elle teste d’ailleurs actuellement ce qu’elle appelle le « Hornet vert », un avion de chasse F18 théoriquement capable de voler avec un mélange de cameline, une plante de la famille de la moutarde, et de kérosène (mélange d’hydrocarbures généralement utilisé dans l’aviation).

« Contrairement à la première génération de carburant à l’éthanol de maïs, la cameline est une plante qu’on peut cultiver alternativement avec autre chose comme du blé sans mettre le sol en jachère », a fait valoir Ray Mabus, secrétaire à la Marine, ajoutant que cette culture « ne pèserait ainsi pas trop dans la chaîne alimentaire tout en fournissant une nouvelle activité aux fermiers américains ». Et d’ici 2016, la Marine espère pouvoir présenter sa « Grande flotte verte » : un groupe de navires alimentés par l’énergie nucléaire.

Le corps des Marines, enfin, a lui eu recours à des mousses isolantes dans ses structures temporaires construites en Irak. Objectif : réduire la consommation d’énergie de 75 %.

Le Pentagone, moteur de l’engagement écologique américain

Le rapport prédit par ailleurs que les actions écologiques menées par l’armée déboucheront très prochainement sur de nouveaux services et produits pour le grand public. Certaines innovations militaires, comme le GPS ou Internet, ont en effet déjà trouvé des applications civiles. Le Pew Research Center table sur de nouveaux carburants alternatifs, de nouvelles technologies de stockage, ou encore sur de nouveaux moyens de transport plus propres.

Mais le département de la Défense pourrait avoir également un autre rôle important dans la protection de l’environnement : dans la « Quadriennal Defense Review », publiée par le Pentagone en février, le changement climatique est clairement et sérieusement identifié comme un facteur d’instabilité et de conflits dans le monde (en octobre 2009, l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord avait établit le même constat). Et selon Phyllis Cuttino, directrice du programme climat et énergie à l’institut de recherche Pew, le risque de multiplication des phénomènes extrêmes liés au réchauffement (sécheresses, inondations, cyclones, etc.) pourrait accroître les demandes d’interventions humanitaires de la part des militaires.

Des considérations qui la poussent à appeler les législateurs américains à soutenir la nouvelle ligne de conduite de l’armée en adoptant une loi sur le réchauffement climatique : « Cette législation devrait instaurer un prix du carbone, investir dans l’innovation et aider à déployer les énergies renouvelables ». Et si l’armée américaine accélérait l’adoption d’une telle loi, dont le projet est actuellement bloqué au Congrès ?

Auteur : Yann Cohignac

Source : www.developpementdurable.com


En savoir plus sur Invention - Europe

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

C'est à vous !

search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close