Un premier chevalet… recto verso


Franck_Anchyse_2017

Franck a réalisé ce chevalet insolite dans son atelier.

Pour Franck, l’aventure a commencé par hasard. « Souhaitant réaliser une peinture sur grande toile, et conjointement partager cette activité artistique avec mon épouse qui débute dans la peinture, j’ai recherché un chevalet qui nous offrirait ces deux possibilités. N’ayant rien trouvé dans le commerce, j’ai décidé de créer un chevalet recto verso à deux faces qui nous permettrait de partager notre passion commune sur des toiles de différentes tailles ».

Suite à cette décision, en moins de deux mois, c’est seul que, Franck a projeté, dessiné et réalisé à domicile, dans son atelier, ce chevalet unique en son genre.

Il a déposé un brevet d’invention

Construit en bois, ce chevalet de grande taille permet d’utiliser sur une face un support réglable en hauteur pour les petites et moyennes toiles et de l’autre côté un autre support pour les grandes toiles et triptyques.

Très mobile, il peut être utilisé par au moins deux personnes simultanément l’une en face de l’autre ou côte à côte.

Franck Anchyse est artisan peintre décorateur. Après une formation de peintre en bâtiment, il a intégré les Beaux-arts à Cambrai, puis l’Institut supérieur de peinture décorative de Bruxelles où il a obtenu la Médaille d’or diplôme supérieur. Installé à Fontaine-les-Coteaux en 2014, venant de Paris, il a poursuivi son métier d’artisan décorateur qu’il exerçait auparavant dans la capitale. Suite à un souci de santé, il a dû cesser son activité professionnelle mais sa passion pour le dessin, la peinture et la décoration ne s’est pas éteinte. Franck a vite repris en main pinceaux et peintures et même motivé et accompagné son épouse dans cette aventure artistique.

Ayant réalisé ce premier chevalet innovant, Franck a déposé une demande de brevet d’invention, qu’il a obtenue. La conception du modèle ainsi protégée Franck dispose maintenant d’un outil de travail fonctionnel qu’il est prêt à reproduire pour d’autres artistes ou ateliers d’arts intéressés et ainsi partager leurs passions.

Franck Anchyse, tél. 02.54.86.69.82.

Auteur : Marthe-Annie Moullé – Source : www.lanouvellerepublique.fr

Suisse / Produire du nouveau ? Arts – Techniques – Sciences en Europe (1400-1900)


Qu’elle soit inscrite dans une réflexion sur la « création », l’« invention », la « découverte » ou l’« innovation », la nouveauté participe des transformations des sociétés. Ce colloque s’intéressera tout à la fois aux discours et aux pratiques de la nouveauté dans les arts, les techniques et les sciences du xve au xixe siècle en Europe. Il s’agira de questionner la pertinence de ces catégories et d’identifier les différentes manières dont les sociétés envisagées ont tenté de penser et de produire de la nouveauté. La période moderne, nourrie des idéaux de la Renaissance, a joué un rôle essentiel dans la description, l’analyse et l’historicisation des processus de la nouveauté, en codifiant et en illustrant ses procédés et ses résultats. Ce mouvement d’ouverture et de diffusion des connaissances fut au cœur même des entreprises académiques, des sociabilités savantes et des publications lettrées. L’écran des textes dissimule toutefois la richesse des pratiques et les innovations d’atelier que l’on ne peut réellement reconstruire qu’à travers l’étude conjointe des archives, des objets et des œuvres, laquelle met souvent en échec une lecture naïve et littérale des traités.

Cette complexité dialectique des relations entre théories et pratiques est notamment l’objet de l’histoire sociale et culturelle, qui met l’accent sur les contextes, les aspects matériels, les réseaux et les rapports sociaux au sein desquels prend place et se construit l’idée de nouveauté. Dès la Renaissance, la production du nouveau est polymorphe. Ses formes, ses pratiques et ses lieux de savoirs se démultiplient. À la rationalisation de l’invention dans l’imprimé, telles les réductions en art, répond la variété des pratiques artistiques, techniques et savantes dont la circulation ne cesse de s’amplifier. Mais les nouveautés dépendent aussi des contextes juridico-politiques : les États, les municipalités et les corporations mettent en place des dispositifs de protection et d’incitation (patentes, privilèges, financements, honneurs, naturalisation, charges, pensions, etc.) pour encourager les inventeurs et pour attirer des artisans qualifiés de l’étranger. Toutefois, les mécanismes de production, les cadres contextuels et l’ampleur des effets du nouveau sur les sociétés diffèrent évidemment au long de la période, ainsi que selon les aires géographiques.

Pour autant, existe-t-il des processus d’innovation propres à ce que nous appelons aujourd’hui, en les distinguant, les « arts », les « techniques » et les « sciences » ? Un peintre, un ingénieur et un savant « inventent »-ils différemment, à une époque où les frontières sont ténues, comme l’indique bien l’utilisation des termes d’« arts » et d’« artiste » jusqu’au XIXe siècle ? Les assujettissements sociaux et économiques – commandes et marchés, contraintes de temps et d’argent, enjeux de pouvoir – fonctionnent-ils de manière analogue dans ces contextes différents ? À travers des études de cas et des études comparées, il s’agira de penser dans sa diversité et ses ambiguïtés la production du nouveau en contexte. Faut-il penser que le nouveau est le produit de combinaisons inédites issues de matériaux déjà existants ? Que retenir du mythe du génie inventif et de l’inventeur héroïque qui voudrait que les novateurs – artistes, artisans, savants, industriels, chercheurs – n’innovent véritablement qu’en faisant table rase ?

À l’heure où les historiens recherchent les conditions d’un discours intégrant les apports de l’histoire intellectuelle, économique, culturelle, de l’histoire et de la sociologie des sciences, des arts et des techniques, de l’histoire des pratiques, de l’histoire matérielle et de l’épistémologie, il est légitime de se demander quels sont les facteurs d’intégration et de dispersion du nouveau. Afin d’explorer la question du nouveau, ce colloque s’adresse aux historiens et chercheurs en sciences sociales s’intéressant aux arts, aux techniques et aux sciences.

Les communications et les discussions auront lieu en français ou en anglais.

Un bref résumé de la communication envisagée, accompagné d’un court curriculum vitae, sera envoyé, avant le 15 mars 2017, par e-mail à : jerome.baudry@unige.ch

Responsable :

Jérôme Baudry (Université de Genève),
Jan Blanc (Université de Genève),
Liliane Hilaire-Pérez, (Université Paris-Diderot et EHESS),
Marc Ratcliff (Université de Genève),
Sylvain Wenger (Société des Arts de Genève).

Adresse :

– Genève / Suisse

Auteur : Romain Bionda  (source : Jan Blanc) – Source : www.fabula.org

Copié-Collé


Le plagiat est un art délicat, et bien pratique pour s’assurer un succès à bon compte, il suffit de ne pas se faire prendre les doigts dans le pot de confiture.

De la littérature, à la chanson, en passant par le cinéma, l’enseignement, l’industrie, les exemples de ceux qui empruntent sans vergogne sont légion.

Les internautes connaissent sur le bout de leur clavier « le copié-collé » et ont parfois la fâcheuse tendance d’oublier de citer leurs sources.

Les écrivains tombent parfois aussi dans les mêmes travers, telle Françoise Sagan, prise la main dans le sac, accusée d’avoir plagié « la Vieille femme  » de Jean Hougron, pour en faire son « chien couchant  », ce que le tribunal condamna sans hésiter, décidant l’interdiction du livre de Sagan, et le partage de ses droits d’auteurs à l’auteur copié.

Hélas pour Hougron, les avocats de Sagan firent appel, et le Tribunal décida qu’en fin de compte, si le sujet était bien commun, les idées n’étant pas protégées, l’œuvre de Sagan était donc originale. lien

Il arriva la même mésaventure à Régine Deforge coupable, selon le Tribunal de Grande Instance de Paris, d’avoir contrefait « autant en emporte le vent » de Margareth Mitchell, pour en faire sa « bicyclette bleue » ; décision confirmée en cassation, mais cassée par la cour d’appel de Versailles en 1993, affirmant que les ressemblances n’étaient pas constitutives de contrefaçon. lien

Au lecteur de se faire une opinion en relisant les deux. lien

Certains ont eu moins de chance comme Patrice Delbourg, qui a reçu le prix Apollinaire (1996) pour son « ampleur du désastre » lequel en devint donc un, car le tribunal confirma qu’il avait contrefait les poèmes d’un certain Thierry Mattei d’un recueil intitulé « je serais voltigeur ».

Titre prémonitoire dont il aurait du se méfier.

L’histoire ne dit pas si Patrice Delbourg à offert son prix Apollinaire à l’intéressé. lien

Plus loin de nous, même si ce bon Jean de La Fontaine n’a jamais caché avoir puisé allègrement dans l’œuvre d’Esope pour écrire ces fables, nombreux sont ceux qui l’ignorent encore aujourd’hui.

Sur ce lien, quelques exemples qui démontrent les liens évidents qui unissent les œuvres originales d’Esope et les « adaptations » de La Fontaine.

De l’écriture au cinéma, il n’y a qu’un pas : « Séraphine », (dans lequel brille Yolande Moreau, la truculente membre des « Deschiens ») récemment césarisé à sept reprises vient d’être condamné par la justice pour avoir plagié une biographie.

Son réalisateur, Martin Provost, à emprunté sans complexe, (lien) au mot près , des passages de la biographie qu’Alain Vircondelet, expert en histoire de l’art a fait de la vie de Séraphine Louis, cette femme peintre hallucinée. lien

La malchance poursuit Vircondelet, puisqu’il accusa aussi Laure Adler, la très médiatisée journaliste, d’avoir pratiqué le cannibalisme de travaux antérieurs, dans sa biographie de Marguerite Duras.

D’autres ne prennent pas trop de pincettes : le studio brésilien « Vidéo Brinquedo » reprend carrément les dessins animés devenus cultes pour en faire des copies affligeantes. Ainsi Ratatouille, des studios Pixar est-il devenu Ratanouille, et sur ce lien, d’autres exemples de leurs frasques.

Plus prés de nous, l’un des films les plus plébiscités en 2010, « Avatar » va-t-il faire les frais d’un plagiat ?

En effet, l’écrivain chinois Zhou Shaomou, accuse James Cameron d’avoir plagié l’une de ses œuvres pour en faire son « Avatar ».

L’affaire est dans les mains de la justice, mais Cameron n’est pas inquiet.

En effet, il affirme que son scénario a commencé à être conçu il y a 15 ans, soit bien avant que le roman de Shaomou soit terminé. lien

En 1954, le grand Akira Kurosawa présente ses « Les 7 Samouraïs  » monument du cinéma mondial.

Or, six ans après, John Sturgess va réaliser ses « 7 mercenaires  », reprise fidèle du film de Kurosawa.

L’intrigue est totalement la même : un petit village racketté par une bande de brigands, va se donner les moyens de se défendre, en engageant 7 mercenaires afin de retrouver leur vie paisible.

S’agit-il d’un plagiat, ou d’un hommage ?

Disons qu’il s’agit d’un « remake » et n’en parlons plus.

Que dire du « pour une poignées de dollars  » de Sergio Léone et de sa ressemblance avec « le Garde du Corps » du même Kurosawa ?

Si l’on regarde attentivement les deux films, on s’aperçoit que très manifestement, Léone a beaucoup apprécié le film de Kurosawa.

Du constructeur de cercueil, jusqu’à la fumée à la fin du film, en passant par la façon de filmer, d’une façon évidente, Léone a été très largement « influencé » par le  film de Kurosawa.

Du coté de la chanson de variété, le couple Vartan-Hallyday est particulièrement efficace.

On en veut pour preuve le plagiat de Sylvie Vartan qui, telle un « Shadock » déchainé, pompe allègrement à la fois chez Vladimir Kosma, le créateur de la musique des « feuilles mortes », et chez Guy Bontempelli, comme l’a prouvé Serge LLado dans le montage qu’il a présenté dans son émission chez Ruquier. lien

Quant à son ex-compagnon, l’exilé fiscal Johnny, il a été plus malin en allant chercher une chanson chez un artiste pas trop connu, un nommé Ferre Grignard.

Pour répondre à Antoine qui voulait le mettre en cage à Médrano, dans ses « élucubrations » il a, sans la moindre hésitation, transformé la chanson du dit Grignard la faisant sienne avec de nouvelles paroles : « cheveux longs et idées courtes ».

Pour s’en assurer, sur ce lien la chanson de Ferré Grignard (my crucified jésus-1966), et sur celui-ci, celle de Johnny.

L’affaire fit du bruit à l’époque, car Grignard demanda réparation, et obtint en échange un contrat chez Barclay, ce qui n’était peut-être pas une très bonne idée, car son succès trop rapide lui fit dilapider ses royalties.

Il devint chanteur de bistrots, oubliés par ses fans, et mourut d’un cancer de la gorge à 43 ans dans l’indifférence quasi générale. lien

L’art du plagiat s’invite aussi de plus en plus souvent dans l’éducation nationale. En effet, élèves, étudiants, puisent sans complexe sur le net, pour réaliser un travail scolaire, leur seul mérite étant de manier l’art du copié-collé, et du téléchargement, sans la plupart du temps donner leur sources, et donc s’attribuant des textes qui ne leur appartiennent pas. lien

Si le résultat final leur permettra d’accumuler bonnes notes et diplômes, pas sur que dans la vie réelle, çà leur soit d’un grand secours.

On se souvient des « sous-doués » de Claude Zidi qui, par tous les subterfuges possibles réussissent à obtenir leurs diplômes. extraits

Pour ceux qui manquent d’imagination, internet fait le tour des astuces possibles. lien

Les plagiats les plus cruels touchent le domaine de l’invention.

Il faut savoir que protéger une invention, c’est un peu la croix et la bannière.

Il faut déposer un brevet, et çà coute très cher.

Comme le dit Peter Temey, les chances qu’un brevet se termine par une application industrielle sont quasi les mêmes que de gagner au loto.

Et puis un inventeur plagié n’aura pas les moyens de faire respecter son titre de propriété intellectuelle.

L’inventeur du système de fermeture des bouteilles de limonade, avec son bouchon en porcelaine, (image) son joint en caoutchouc et son bizarre système de fermeture est mort dans la misère. Il s’appelait Alphonse Belmont, et son nom ne figure même pas dans le dictionnaire des inventeurs.

Ce même inventeur avait mis au point un dispositif pour éviter les accidents de trains.

Il arriva même à convaincre un député du bien fondé de son invention, mais l’administration lui répondit que, bien que sa trouvaille soit le système le mieux étudié et le plus parfait, l’installation serait trop couteuse pour la SNCF.

L’une de ses inventions a quand même été couronnée de succès, puisqu’il a été le premier à mettre au point le principe de la vaporisation des gaz dans un carburateur de voiture…mais hélas, d’autres en ont récolté les fruits. lien

Pourtant son brevet, portant le numéro 171780 à été pris le 25 octobre 1885.

Il est manifestement l’un des premiers, sinon le premier, à avoir fait fonctionner « un moteur à gaz par l’air carburé », puisque le brevet de Daimler date seulement du 29 janvier 1886. lien

Aujourd’hui, la seule reconnaissance qu’il ait eu, c’est une plaque sur le mur de la mairie de son village, Chimilin, un petit village du Nord Isère, et la création d’une association qui organise régulièrement des expositions de voitures anciennes.

Même en politique, le plagiat existe : la tentative de copier n’a pas échappé à notre chef de l’état, mais là, il y a un problème de taille. lien

Car comme dit souvent mon vieil ami africain :

« Si j’écoute, c’est moi qui profite, si je parle ce sera tout au plus les autres ».

Auteur : Olivier Cabanel

Source : www.agoravox.fr

Les codex da Vinci


Le nom da Vinci, loin du pathétique de la récupération commerciale, est associé au Victoria and Albert Museum à une exposition remarquable sur les dessins et croquis du maître, révélant une capacité sans pareille pour explorer, saisir et révéler le monde vivant. Intime par son ambiance et sa sélection cette présentation se déroule jusqu’au 7 janvier 2007.

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Sur des feuilles de papier d’environ 28 cm par 18 cm, Léonard de Vinci a consigné ses recherches sur l’anatomie, la physique, l’architecture. Une sélection de celles-ci, situées entre 1485 et 1517 fait l’objet, au Victoria and Albert Museum de Londres, d’une présentation dont une partie de l’ensemble provient aussi de la Royal Library et du British Museum. Les codex se présentent sous la forme de livres, en rapport à leur pagination, et rappellent le carnet, par rapport à leur taille et à la prise de notes, c’est ce que l’étymologie indique : assemblage de planches, des planchettes ayant servi à écrire. A travers le temps et les successions des découvertes scientifiques, notre regard contemporain porté sur ces croquis, leur confère le statut paradoxal d’époque passée mais presque pas dépassée, et celui de topographie d’un esprit et cartographie d’un « pays éloigné » c’est-à-dire d’une époque dans son acception classique au XVIIe siècle.

Le mirage de présent dans le passé

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A partir du codex Arundel du Victoria and Albert Museum, et du codex Forster de la British Library, sont présentés individuellement dans une scénographie sobre et intelligible soixante feuillets extraits majoritairement de ces deux codex. On les découvre derrière deux séries de vitrines parallèles à la surface inclinée, offrant ainsi une consultation optimale, réparties de part et d’autre d’un même volume elles laissent libre place à la circulation du visiteur qui peut profiter de bancs alignés au milieu de la salle pour observer les animations 3D projetées au-dessus des vitrines, donnant vie aux dessins contenus plus bas sur les précieux feuillets. Quatre grands thèmes organisent cette présentation qui devient aussi représentation de la pensée de Léonard : L’œil de l’esprit, Les mondes du Grand et du Petit, Concevoir et exécuter, La force. Ces études détaillent des vues, elles dé-taillent le corps et ses organes, révélant l’anatomie humaine. On trouve dans cette projection de l’idée sur le papier la possibilité même du réel, processus que l’on peut éclairer par ce propos de Henri Bergson : « Qu’un homme de talent ou de génie surgisse, qu’il crée une œuvre : la voilà réelle et par là même elle devient rétrospectivement ou rétroactivement possible. » (1) C’est particulièrement ce dont il est question chez Léonard de Vinci en présence de ces feuillets, et le trouble que l’on ressent à leur égard, tant son auteur pressent ou prend la découverte à pleine main, provient de ce que « le possible est donc le mirage du présent dans le passé. » (2)

L’analogie

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Ayant la double étiquette d’anatomiste-ingénieur (on y reviendra), le système de pensée de Léonard correspond à un principe de mise en relation : on le nomme analogie. Ce mode de pensée ne lui est pas seulement propre, puisqu’il l’est, comme l’a fait remarquer Michel Foucault, à la période de la Renaissance pour en constituer le cadre de pensée (l’épistémè). Quelle est dès lors l’originalité de Léonard de Vinci ? Elle réside, comme l’a souligné l’historien de l’art Daniel Arasse, dans le renouvellement de la conception de l’analogie : « Pour Léonard, l’analogie descriptive permet de clarifier, par comparaison, la structure d’un objet ou d’un phénomène. Par delà cet emploi descriptif, l’analogie telle que la pratique le plus souvent Léonard constitue, aujourd’hui encore, une méthode scientifiquement légitime – dès lors qu’elle est employée au registre de l’hypothèse et de la conjecture, non à celui de la preuve. » (3) Elle est corrélation entre ses propres travaux jusqu’à illustrer le lien entre une étude d’un cœur et d’un noyau de pêche (voir cliché ci-dessus), selon une théorie aristotélicienne qui se figure le lien entre la pousse des racines à partir d’un noyau, et la ramification des veines à partir du cœur (pseudo-évidence d’une représentation).

Le génie redimensionné

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Dès lors, le professeur Martin Kemp, spécialiste de Léonard de Vinci et commissaire de cette exposition avec Thereza Wells parvient à révéler l’état d’esprit, le mode opératoire de l’artiste italien à travers cette présentation. La démarche de de Vinci s’apparente plus à celle d’un artisan qui parvient parfois à dépasser sa propre époque sur le plan théorique, tout en restant tributaire de son cadre mental et technologique, mais en tombant aussi dans certaines impasses. Alors, à partir des feuillets présentés, le génie en ressort, pour reprendre un mot de Daniel Arasse, « redimensionné », car aux inventions de Léonard a succédé un Léonard inventé : ce qui est une évidence pour les historiens de l’art l’est déjà moins pour le grand public. Si cette mise au point est pertinente, c’est l’enjeu même de cette exposition qui l’est aussi (et surtout), donnant à voir le mouvement d’une pensée, sa dynamique et son étendue. En observant cette étude du corps féminin, on est frappé par son rendu, sa capacité à dévoiler l’intérieur par le biais des différents aspects de la coupe, et pourtant, une étonnante rectitude frappe les interconnexions jusqu’à révéler rapidement un corps fiction, géométrisé à souhait il est irréel, extraordinaire.

Une projection de la pensée

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La forme même tendra vers la forme unie, unique si bien que le mouvement de l’eau pourra étrangement rappeler celui des cheveux de la fusion à la confusion en somme d’une conception holistique (totale) du monde vivant. Alors à quoi pensait Léonard de Vinci ? Il s’agit de donner à voir à partir de ces dessins et croquis la projection de la pensée sur le papier, il s’agit de révéler le processus de la pensée et l’ampleur de ses curiosités, tout en sachant que le charme constitutif au mystère est justement de ne lever qu’une partie du tout, et comme l’indiquait Aristote, que le commencement est la moitié du tout. Il en est ainsi de cette écriture pour laquelle on a dit hâtivement que son inversion (les caractères sont inversés et rédigés de droite à gauche) consistait à protéger les découvertes de son auteur : de Vinci était gaucher et il y a plus à pencher pour une pratique stylisée et un style pratique, que pour un procédé qui serait un (frêle) gardien du savoir. Ce dernier n’était pas public, son auteur n’avait pas publié ses écrits, à quoi on peut avancer légitimement comme l’évoquait l’historien de l’art E. H. Gombrich, une crainte d’être jugé hérétique.

L’œil de l’esprit

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Pour sa formation, à Florence, au cœur de l’atelier de Verrochio, il trouva un enseignement qui allait révéler, faire éclater son talent pour explorer le visible et l’invisible. Les dispositions de ces croquis révélés par la plume, l’encre brune et le lavis par-dessus pierre noire, n’ont de cesse de montrer les prédispositions de Léonard de Vinci en cette fin de quattrocento (notre XVe siècle), et au début du cinquecento. Une fois levé l’obstacle que constitue l’enveloppe charnelle, par la dissection de cadavres humains, il étudie le fonctionnement vasculaire ou moteur du corps, ses recherches servent son art, et son art met en valeur ses recherches. Prenons le feuillet ci-contre : la précision du trait exprime avec son rendu la virtuosité de l’observation à même de saisir l’aspect mécanique d’une partie des échanges qui se produisent dans le corps, à partir de cette étude sur le cœur (sans doute celui d’un bœuf).

Les mondes du Grand et du Petit

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Dans l’ouvrage que l’historien et théoricien de l’art, Erwin Panofsky, à consacré au codex Huygens (qui est une reproduction du peintre Carlo Urbino à partir de dessins de Léonard), apparaît la conception tout à fait unique à la Renaissance, qu’avait de Vinci du mouvement. Concernant la partie de cette présentation dédiée aux mondes du Grand et du Petit, il faut envisager que de Vinci « perçoit le mouvement comme une transition ininterrompue d’un état à un autre, chacune de ses étapes manifestant (transitoirement) cette mutation infinie des configurations qui parcourt l’ensemble des phénomènes naturels. La théorie des mouvements du corps est inséparable, chez Léonard, de l’étude des mouvements de l’eau et de l’ensemble de ses conceptions scientifiques et artistiques. Non seulement en effet, ces dessins reposent explicitement sur l’analogie du microcosme et du macrocosme, mais le parti d’abstraction et de géométrisation adopté évoque les dessins anatomiques où Léonard substitue des cordes aux muscles, mettant ainsi clairement en évidence l’intérêt d’anatomiste-ingénieur qu’il porte à la mécanique corporelle. » (4) De Vinci a poussé bien plus loin que ses contemporains la recherche du corps, de son harmonie constitutive, et qu’importe dès lors ses impasses puisque cette pensée en mouvement a été pensée du mouvement, avec cette idée d’une (mise en) relation entre une esthétique du mouvement, de son efficacité, et l’esthétique plastique de la forme de l’organe, soit un design avant l’heure, d’où le titre anglais de l’exposition : « Experience, Experiment, Design ».

(1) Henri Bergson, La Pensée et le mouvant, PUF, 1998, p.110
(2) ibidem, p.111
(3) Daniel Arasse, Léonard de Vinci, Hazan, Paris, 2002, p.78-79
(4) Erwin Panofsky, Le Codex Huygens et la théorie de l’art de Léonard de Vinci, Flammarion, Paris, 1996

Auteur : Jean-Baptiste Touja pour Evene.fr – Octobre 2006

CÔTE D’IVOIRE / Une Académie pour stimuler la création et l’invention


Organiser des compétitions et de concours pour stimuler la créativité des jeunes chercheurs et artistes. C’est l’une des missions de l’Académie des Sciences, des Arts, des Cultures, des Arts d’Afrique et des diasporas africaines. Elle a été créée à Abidjan en septembre 2003.

La Côte d’ivoire s’est dotée d’une Académie des Sciences, des Arts, des Cultures, des Arts d’Afrique et des diasporas africaines. Son objectif : encourager les créations, les inventions et l’œuvre des créateurs. Ce sont les professeurs Barthélemy Kotchy et Antoine Yangni Angaté qui nous ont fait la révélation en marge de la Conférence des intellectuels d’Afrique et de la diaspora tenue à Dakar du 6 au 9 octobre 2004.

Selon MM. Kotchy et Angaté, vice-président et membre de cette Académie, la création de ladite structure a été décidée par le président ivoirien lui-même par décret datant du 1er septembre 2003. L’Académie, composée de scientifiques, de philosophes, d’écrivains, de créateurs et d’inventeurs, est un organisme public spécial rattaché à la Présidence de la République ivoirienne.

Son vice-président nous a confié que différentes commissions s’activent pour la structuration et les recensements des problèmes actuels. Après l’inventaire de toutes les créations et inventions, ces dernières pourraient décider d’octroyer des bourses ou décerner des prix aux jeunes chercheurs, aux étudiants ou créateurs les plus méritants.

L’une des missions de l’Académie des Sciences, des Arts, des Cultures, des Arts d’Afrique et des diasporas africaines d’Abidjan est aussi de prendre l’initiative ou de participer à la facilitation des missions de paix en Côte d’Ivoire, en Afrique et dans le reste du monde. Elle comprend soixante membres ivoiriens permanents, vingt-et-un membres étrangers permanents et six membres associés par région culturelle.

Auteur : OMAR DIOUF