Article de presse

Ces inventions vont changer nos vies


A cette heure, les rues de Paris sont encore paisibles, à peine troublées par le souffle des climatiseurs géants, reliés par des canalisations aux endroits stratégiques de la ville. Ils fonctionnent à l’aide de piles à combustible qui convertissent l’hydrogène en électricité et diffusent un air frais par des bouches de ventilation. En cette fin d’été, la chaleur reste accablante. La capitale, comme la plupart des autres cités, s’est climatisée pour que les Parisiens puissent supporter des températures estivales moyennes supérieures à 35 °C.

Guy Leclerc se félicite de son récent emménagement dans cet immeuble moderne du Xe arrondissement. Il est doté, à chaque étage, d’un petit jardin suspendu et ombragé. Ce qui n’est pas la seule vertu de ce bâtiment construit en béton blanc, réfractaire à la chaleur et «propre». Ce nouveau matériau est capable de s’autonettoyer par effet de photocatalyse en décomposant les salissures d’origine organique sous l’action de la lumière solaire. Tout comme les vitres, également autonettoyantes, ce qui n’est plus un must. D’abord réservée aux bureaux, cette innovation s’est généralisée chez les particuliers depuis une trentaine d’années.

Après sa douche, notre homme s’habille, prenant soin de choisir un maillot thermorégulateur dont la fibre de synthèse, proche de la soie, intègre une matière à base de paraffine qui lui assure une température vestimentaire de 20 °C quelle que soit la chaleur extérieure. Ce matin, il part à Dubaï pour un voyage d’étude. En sa qualité d’architecte, il est convié à visiter la Deep Tower, première tour souterraine de 400 mètres de profondeur (ou de hauteur ?), édifiée dans les sables du désert. Un pari étonnant. Les murs tapissés d’écrans géants organiques reproduisent une luminosité naturelle. Et c’est un succès. Qui aurait misé, il y a encore dix ans, sur un tel concept ? Il faut dire que les promoteurs garantissent aux acquéreurs une vie paisible, sans tempête de sable ni chaleur caniculaire.

Un airbus avec salle de sport et spa

Prévoyant, il glisse dans son attaché-case ses lunettes antivirus, dont la monture est susceptible de parer à toute attaque virale et bactériologique. A tout hasard, il se munit aussi de son spray aseptisant. Grâce aux détecteurs de virus, on sait aujourd’hui si un lieu est contaminé par un virus ou une bactérie. En cas de risque, il suffit de vaporiser l’endroit pour éradiquer l’indésirable.

Il s’équipe de son traducteur simultané, un petit appareil qui se loge dans l’oreille façon boules Quiès. Après des années de tâtonnements, le système est enfin au point, avec un taux d’erreur inférieur à 1%. Ce petit bijou de technologie a la capacité de convertir un signal acoustique, reçu par un micro, en un ensemble de phonèmes, unités sonores qui constituent les mots. Les phonèmes sont ensuite identifiés et traduits par un système qui balaie, en moins d’un milliardième de seconde, une banque de données renfermant tous les vocables connus, en analysant et interprétant toutes les configurations des mots.

Le temps presse. Il lui faut encore se rendre à l’aéroport. Il aurait aimé prendre le statoréacteur à hydrogène, lancé l’année dernière. Une prouesse de l’aéronautique avec des moteurs utilisant à la fois l’air comme fluide propulseur et l’hydrogène pour provoquer une combustion supersonique et peu polluante. La navette atteint 5 500 kilomètres à l’heure en moins de trente minutes et grimpe à Mach 5. Des sensations aussi impressionnantes que le prix des billets. Il s’est donc contenté d’un vol sur la dernière version Palace de l’Airbus A 480. Ainsi, ce qu’il aura concédé en temps, il le rattrapera au niveau du prix et en termes de confort. L’Airbus est doté d’une salle de sport, d’un spa et même d’un court de squash.

Entre-temps, Barbara, son épouse, commissaire de police, s’est levée et achève de se préparer. Elle doit se rendre à Auxerre pour assister à une conférence sur le projet «LiberSat». Ce satellite devrait être lancé dans quelques années pour surveiller les condamnés en liberté surveillée, une technique qui remplacerait progressivement le vieux bracelet électronique. Couplé à un système d’identification de biométrie par thermographie, le dispositif peut suivre à la trace tout individu en analysant à distance la température des différentes parties de son corps et son système veineux. Le colloque prévoit également la démonstration d’un prototype de patch antiviolence qui, après un signal d’inhibition, prévient tout comportement agressif.

Barbara n’oublie pas son fidèle Vortex, un modèle déjà ancien mais toujours efficace. Ce générateur émet des ondes «de formes» non perceptibles par l’oreille humaine, qui déclenchent un phénomène de résonance dans le corps de la cible. Ces ondes font vibrer les organes internes comme le foie, le cœur, l’estomac ou le cerveau et neutralisent l’agresseur. Elle monte dans son automobile à hydrogène et annonce l’adresse du pôle de conférences d’Auxerre. La voiture affiche les informations en légère surimpression sur le pare-brise.

Après avoir quitté le périphérique, notre héroïne s’engage sur l’A6, première autoroute en France équipée d’une piste optique destinée à guider les véhicules. L’ordinateur de bord prend les commandes jusqu’à la sortie d’autoroute, les émetteurs placés dans le bitume régulant direction, vitesse et distance entre les voitures.

Augmentation de la taxe sur l’air respiré

Profitant de cette conduite automatique, elle peut «visiophoner» à son grand-père qui, atteint de la maladie d’Alzheimer, est en convalescence depuis une greffe de neurones dans le cerveau. Elle est immédiatement rassurée. Il lui raconte avec moult détails son opération, devenue courante, en lui rappelant qu’adolescent, en 2004, ses parents suivaient avec attention, pour son propre grand-père, les premières expérimentations de thérapie cellulaire du Pr Lorenz Studer. Il était parvenu à prélever des cellules sur un embryon pour les élever en laboratoire et les transformer en neurones.

Il est déjà 10 heures. Mandrake, le fils de Guy et de Barbara, arrive gare de Lyon pour attraper le TTGV (le train à très grande vitesse) en partance pour Rome. Souffrant de cholestérol, il se colle un patch autosoignant qui lui délivre, sur les prochaines douze heures, ses médicaments à bonne dose. Il dédaigne les paysages qui défilent à 500 kilomètres à l’heure pour consulter les informations sur internet, via ses lunettes 3D équipées d’antennes insérées dans le verre. Il commande vocalement l’affichage des dépêches. On s’apprête à commémorer le centenaire de la mort du général de Gaulle. Le Parlement européen a voté une augmentation de la taxe instituée sur l’air respiré, un impôt imaginé pour financer les traitements antipollution. Une société norvégienne entend, grâce aux nouvelles technologies de conservation du froid, acheminer des icebergs vers les pays d’Afrique et d’Asie situés en zone aride, afin de les alimenter en eau douce. Un centre de recherche annonce la mise au point prochaine du «gestionnaire de nuages» capable de gérer les précipitations et de se prémunir contre les cataclysmes naturels et les inondations qui n’ont cessé, depuis le début du siècle, de se multiplier avec le réchauffement de la planète.

Mandrake songe à ses prochaines vacances d’hiver. Il a organisé avec ses amis un séjour dans le parc national de Khubu, dans l’Himalaya. Depuis qu’il n’y a plus de neige en quantité suffisante pour skier à Megève, la nouvelle station de Tingri est devenue l’endroit à la mode. On y skie à 4 000 mètres d’altitude sans difficultés respiratoires grâce aux capsules d’oxygène.

La brochure consultée via internet vante les nouveaux tapis roulants venus remplacer les téléphériques. Pour lui, ce sera l’occasion d’étrenner ses nouvelles chaussures de ski adaptables au pied par thermo-moulage et qui intègrent des systèmes de communication et de balises d’urgence. Mais avant de partir, il devra réussir ses examens d’entrée à l’école de l’aérospatiale. S’il veut devenir, un jour, comme il en a toujours rêvé, pilote d’une des premières navettes interstellaires. Un vrai métier d’avenir.

Auteurs : Marine BETTI-CUSSO & Philippe DOUCET

Source : www.lefigaro.fr

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