Il y a bien sûr les universités et les centres de recherche industrielle. Mais il y a aussi les passionnés, ceux qui seuls dans leur sous-sol, au fil de leurs expériences et de leurs réflexions, sont convaincus de détenir l’« idée ». Des chercheurs-entrepreneurs à l’état pur.
Simon Côté est de ceux-là. Ce chimiste dans la trentaine a passé des soirées et des fins de semaine à jongler avec une idée qui lui semblait intéressante. Une idée qui l’a conduit à fonder son entreprise, Matrix. Il s’est lancé dans l’aventure avec un partenaire, un ingénieur qui s’intéressait aux affaires.
M. Côté a mis au point un support qui permet de synthétiser des peptides plus purs que ce qui se fait actuellement dans l’industrie. Parce qu’il allège les étapes de purifications, son procédé est plus efficace, dit-il.

Le chimiste-entrepreneur Simon Côté a mis au point un support qui permet de synthétiser des peptides plus purs que ce qui se fait actuellement dans l’industrie. Un procédé qu’il commercialise par son entreprise, Matrix. Photothèque Le Soleil, Jocelyn Bernier
L’industrie pharmaceutique est une grande consommatrice de ces molécules qui servent, entre autres, dans le traitement du sida. L’intérêt financier y est : Matrix paie le matériel de base 4 $ le kilo. Après l’avoir transformé, elle le revend de 7000 $ à 8000 $. Elle peut encore perfectionner le produit de façon à doubler la valeur, assure Simon Côté. Au bout de la chaîne, les peptides fabriqués sur cette base valent… 1 million $ le kilo.
La « traversée du désert » a été longue pour Matrix. Et pénible. Elle a toutefois commencé par un coup de pouce inestimable de l’Université Laval, qui a mis un laboratoire à la disposition du chercheur, à prix d’ami, de 1999 à 2001. Reste qu’au départ, son seul financement était « sa carte de crédit ». Sans le boulot régulier de sa conjointe, il n’aurait pu y arriver, affirme-t-il.
Il est arrivé à produire un premier produit commercialisable en 2003. Car il y a un monde entre produire quelques grammes dans une éprouvette et fabriquer des kilos pour satisfaire aux commandes des clients.
Un temps fou
Pendant la mise au point de son invention, M. Côté et son partenaire ont eu à se démener pour trouver des investisseurs. Difficile de dire laquelle des deux entreprises demande le plus d’énergie : « On a passé un temps fou à expliquer ce qu’on faisait, on a refait le plan d’affaires des dizaines de fois. » Une des choses qu’il déplore : lorsqu’il tentait de convaincre les institutions de le financer » Innovatech, Desjardins, le Centre québécois de valorisation des biotechnologies « , il n’a jamais pu s’adresser directement à un chimiste.
Matrix a d’ailleurs frôlé la catastrophe, à la fin de 2002. L’entreprise était alors en pourparlers avec Inovatech-Québec et Desjardins pour du financement. Elle employait déjà huit personnes. Alors que M. Côté croyait qu’une entente était dans la poche, le gouvernement québécois a pris la décision politique de couper le financement d’Innovatech.
Du jour au lendemain, il s’est fait claquer la porte en plein visage. « J’ai reçu la lettre durant la troisième semaine de novembre 2002 », précise-t-il. Comme Innovatech se retirait, Desjardins a fait de même. « On a dû remercier toute notre équipe. Les gens ont été tellement déçus. Pas seulement parce qu’ils perdaient leurs emplois, mais parce qu’ils avaient perdu confiance. »
L’entreprise a repris vie en devenant à la fois fabriquant et distributeur de la même classe de produit, mais sous sa forme traditionnelle. « Au moins, on se fait connaître dans l’industrie. »
Elle a aussi bénéficié de quelques placements privés, ce que M. Côté appelle du love-money.
Aujourd’hui, Matrix est à la limite de la rentabilité, et les choses semblent tourner du bon côté.
Simon Côté reste amer de toute cette situation. L’argent est difficile à trouver, mais le support, le coaching aussi. Les investisseurs s’impliquent rarement dans le processus, si ce n’est que par un coup de fil aux deux semaines, dit-il.
Dans les cours universitaires, on ne parle jamais affaires, ajoute-t-il. Les ressources existent, mais le temps qu’il faut mettre pour les trouver gruge l’énergie. Les mille et une tâches reliées à l’entreprise aussi : « Je suis v.-p. R&D, mais je fais aussi l’expédition, dit-il. Et je lave les toilettes. »
Aujourd’hui, le jeune chimiste se demande si tout ce temps passé à tenter de convaincre des investisseurs n’aurait pas été mieux utilisé à dénicher des clients…
Auteur : Anne-Louise Champagne
Source : www.cyberpresse.ca
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