La logique collaborative s’est étendue à d’autres applications, comme Wikipédia.
Le logiciel libre a engendré une nombreuse descendance : ses principes circulation la plus large possible de la création, modifications ouvertes à tous ont suscité dès la fin des années 90 des interrogations. Et si ce modèle était applicable à d’autres formes d’innovations ? Avec plus ou moins de succès et selon des modalités sensiblement différentes, les projets s’inspirant du modèle des logiciels libres ont fleuri : l’encyclopédie collaborative et gratuite en ligne Wikipédia, mais aussi certains travaux scientifiques et même des projets culturels de diffusion musicale ou audiovisuelle.
Partage. «L’enseignement des logiciels libres, c’est qu’on peut imaginer des systèmes qui encouragent la diffusion rapide des savoirs sans que cela pénalise l’innovation», remarque Dominique Foray, économiste à l’École polytechnique de Lausanne. Le succès du «libre» n’a rien d’anodin : jusque-là, les politiques dominantes privilégiaient une logique aux antipodes de celle du partage. Par le brevet (sur les inventions) ou le copyright (pour les œuvres ou les logiciels), la loi garantit aux entreprises que leurs créations ne doivent pas être copiées. Et qu’elles peuvent donc en tirer un bénéfice financier et ainsi continuer à innover. C’est le modèle appliqué par Microsoft : pour obtenir Windows, il faut payer une licence. Avec le logiciel libre, c’est l’inverse : il s’agit d’encourager la copie et la coopération d’individus reliés par le Net.
Le cas de l’encyclopédie en ligne Wikipédia est emblématique. Ce service, piloté par une fondation financée par des dons, est ouvert aux contributions de tous. Chacun peut donc créer ou enrichir un article sur les sujets où il s’estime compétent. Malgré des polémiques récurrentes sur la fiabilité des informations disponibles, Wikipédia s’est imposé comme l’un des sites les plus visités de la planète. En biotechnologie, certains chercheurs prônent de la même façon le partage de leurs innovations plutôt que leur protection par brevets. Et l’on trouve des défenseurs de la «musique libre», par exemple en France avec le site Dogmazic.
Ecueil. La motivation politique des promoteurs de ces mécanismes est souvent un moteur puissant. Comme le dit Thierry Noisette, coauteur d’un ouvrage sur les logiciels libres, «chaque camp politique y trouve quelque chose. Les gens de gauche, les valeurs de partage, et les libéraux économiques, un modèle de concurrence».
Reste un écueil : le modèle économique «libre», appliqué à d’autres domaines que le logiciel, tâtonne encore. Les laboratoires pharmaceutiques reposent largement sur la défense de leurs brevets pour vivre, et la quasi-totalité des industries culturelles, musique et cinéma en tête, est fondée sur un modèle reposant sur l’interdiction de la copie.
Auteur : Florent LATRIVE
Source : www.liberation.fr
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