Les découvreurs oubliés


Derrière presque chaque grand inventeur que l’histoire a retenu se dissimulent une foule d’autres ingénieux individus tombés dans l’oubli. Souvent méconnus, ces petits génies ont souvent ouvert la voie, voire été les véritables précurseurs d’une invention.

C’est ainsi que États-Unis en Thomas Edison, à qui on attribue l’invention de l’enregistrement sonore en raison du brevet qu’il a déposé en décembre 1877 pour son phonographe à feuille d’étain, aurait été précédé par Édouard-Léon Scott de Martinville qui, en 1860, prenait un brevet pour son phonotaugraphe, un appareil s’apparentant à plusieurs égards au phonographe d’Edison mais qui ne permettait pas de reproduire les sons enregistrés. Qui plus est, Edison se serait fait coiffer au poteau par un autre Français, du nom de Charles Cros, le «véritable père spirituel du phonographe», selon les spécialistes des archives sonores Marie-France Calas et Jean-Marc Fontaine.

Des brevets repris

Charles Cros avait déjà «décrit le 16 avril 1877 un procédé d’enregistrement et de reproduction des phénomènes perçus par l’ouïe — le tracé ondulé en profondeur — qu’il dépose dans un pli cacheté à l’Académie des sciences le 30 avril 1877», alors qu’Edison dépose aux États-Unis un brevet pour des idées semblables en décembre de la même année, rappellent les deux experts dans leur publication intitulée La Conservation des documents sonores.

Pour bien signifier l’originalité de ses inventions, Charles Cros dépose le 18 avril 1878 un nouveau brevet «dans lequel il décrit non seulement les principes sur lesquels Edison travaille et travaillera jusqu’en 1910 (le tracé ondulé en profondeur) mais où il énonce le principe même de l’enregistrement moderne sur disque, qui sera utilisé jusqu’au microsillon: le tracé ondulé latéral, seul procédé performant».

Finalement, Charles Cros meurt dans le plus grand dénuement en 1888, avant même de voir se réaliser ses brevets. Ceux-ci seront toutefois repris après sa mort par l’Allemand Émile Berliner, qui met au point en 1887 le principe du premier disque plat sur lequel le son fait l’objet d’une gravure latérale dans un sillon enroulé en spirale. Ce disque, qui tourne à raison de 78 tours par minute, est lu par le fameux gramophone conçu par Berliner lui-même.

Meucci avant Bell

Le véritable inventeur du téléphone n’est pas Alexander Graham Bell mais plutôt Antonio Meucci, un ingénieur italien peu fortuné ayant émigré à Cuba avant de rejoindre les États-Unis, où il s’est éteint en 1889.

En décembre 1871, Antonio Meucci dépose une demande provisoire et payante de brevet pour l’ensemble de ses innovations. Toutefois, faute de moyens financiers suffisants pour la prolonger, il la laisse expirer en 1874. Or, deux ans plus tard, en 1876, l’Américain Alexander Graham Bell dépose à son tour deux brevets pour l’invention du téléphone, qu’il aurait conçu en terre canadienne.

Poussé par la Globe Telephone Company et la National Telephone Company, qui réclament l’abolition du monopole de la compagnie Bell, le gouvernement des États-Unis intente dès 1885 un procès contre la Bell Telephone Company et Alexander Graham Bell dans le but d’annuler les brevets accordés à ces derniers en raison du fait qu’ils violaient les travaux réalisés antérieurement par Antonio Meucci.

Défendue par des avocats rusés, la compagnie Bell tente par tous les moyens de bloquer le déroulement de ce procès. Quatre mois plus tard, elle intente à son tour un procès contre la Globe Telephone Company, qui avait acquis en 1883 les droits de Meucci sur le téléphone.

Pour rendre à César ce qui appartient à César, la Chambre des représentants des États-Unis a adopté une résolution, en juin 2002, qui reconnaît officiellement la contribution déterminante d’Antonio Meucci à l’invention du téléphone. Justice a enfin été rendue.

Et l’inventeur de la radio est…

Avant même que le physicien et homme d’affaires Guglielmo Marconi (1874-1937) ne dépose son premier brevet sur la radioélectricité, en 1896, et qu’il ne réalise la première transmission de messages télégraphiques par ondes hertziennes en 1899, l’ingénieur serbe Nikola Tesla (1856-1943), considéré comme un des scientifiques les plus géniaux de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, avait pressenti dès 1893 le développement de la transmission d’énergie électrique sans fil.

Reconnu à tort comme le pionnier des transmissions par radio, Marconi est déchu en 1943 alors que la Cour suprême des États-Unis reconnaît l’antériorité des travaux de Nikola Tesla qui, à partir de l’âge de 28 ans, poursuivra sa fructueuse carrière aux États-Unis.

Auteur : Pauline Gravel

Source : www.ledevoir.com


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