L’industrie française en question


Dans son rapport « Pour l’industrie 2008 », l’Association de documentation industrielle (ADI) tire la sonnette d’alarme sur l’état de l’industrie française. Dans l’attente de vraies mesures gouvernementales.

« Un pays qui n’a plus d’usine est un pays qui n’a plus d’économie. » Cette phrase de Nicolas Sarkozy, prononcée en février dernier à l’usine sidérurgique Arcelor Mittal de Gandrange (Moselle), qui fait l’objet d’un plan de fermeture partiel(1), se voulait rassurante. Mais le constat est là : depuis 2003, 600 000 emplois industriels ont été supprimés dans un pays où l’industrie ne représente plus aujourd’hui que 21 % du PIB, contre 29 % en Allemagne, en Espagne et au Japon, 27 % en Italie, 22 % aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Le rapport « Pour l’industrie 2008 », publié le 13 mai 2008 par l’Association de documentation industrielle, s’inquiète du « décrochage » que connaît l’Hexagone, « alors que l’industrie européenne maintient globalement ses parts de marché ».

Le déficit du commerce extérieur du pays (39 milliards d’euros en 2007) est, selon les auteurs, « imputable largement » à ces faiblesses. Car si l’industrie représente 75 % des exportations françaises de biens et de services (et 90 % des dépenses R&D des entreprises), elle répond insuffisamment à la demande intérieure. « Hors énergie, la croissance des achats reste soutenue tant pour les produits agroalimentaires (+ 8,6 %), que pour l’industrie civile (+ 6,7 %) », indiquent les Douanes. L’automobile (+ 11 %), les équipements mécaniques (+ 12 %) et les biens intermédiaires (+ 8,6 %) sont particulièrement concernés.

Face à ces constats, le pétrole et l’euro ne suffisent plus à expliquer la contre-performance du commerce extérieur. La durée légale du travail (35 heures) ne fait pas non plus partie des six « politiques particulièrement emblématiques de cet environnement anti-industriel »(2) relevées par l’ADI en 2007. Un an presque jour pour jour après les élections présidentielles, l’association a donc fait le point sur les mesures prises par le nouveau gouvernement. Elle se satisfait de la création, en mars 2008, d’un secrétariat d’État en charge de l’Industrie ; Bernard Brun, président de l’API, l’appelait encore de ses vœux dans la presse nationale six jours avant la nomination de Luc Chatel à ce portefeuille.

Elle salue les dispositions de la loi TEPA (travail, emploi et pouvoir d’achat), qui devraient notamment « mettre fin aux expatriations fiscales » et « développer fortement les business angels ». Mais les auteurs estiment ces premiers efforts insuffisants et émettent une série de propositions,essentiellement fiscales. « Ce qui fait la spécificité de la France, c’est d’avoir mis en place le taux de prélèvements obligatoires sur les entreprises le plus élevé d’Europe, supérieur de 7 points au taux moyen européen (19 %, ndlr). » D’une façon générale, l’ADI regrette l’absence d’une « politique pour l’industrie, c’est-à-dire qui en émancipe le développement ».

Stratégiquement, des économistes soulignent le besoin de re-spécialiser l’industrie, qui se serait trop dispersée sectoriellement. Gilles Leblanc en fait même la raison principale du déficit commercial français. Pour Gilles Untereiner, directeur général de la Chambre de commerce française en Allemagne (CCFA), « la spécialisation et la focalisation de ses moyens pour augmenter sa courbe d’expérience et bénéficier d’arguments différenciateurs est un des moyens majeurs de la performance. Les Allemands pratiquent cette voie de manière persévérante et presque intuitive. Le but est de développer un savoir-faire et une compétence incontournables, voire monopolistiques »(3).

Luc Chatel organisera dans les prochains mois un colloque sur les métiers et l’industrie du luxe afin « d’identifier de nouvelles actions à mener pour dynamiser le secteur ». Le ministre de la Défense a, quant à lui, insisté sur l’importance d’augmenter les ventes d’armement à l’étranger, chiffrant à six milliards d’euros les commandes de 2008.Mais rien n’indique que des annonces comme celles-ci marquent une volonté française de s’affirmer véritablement sur certains secteurs. D’autres analystes, comme Patrick Artus, pointent le doigt vers un besoin de synergie interentreprises. Sur ce point, le gouvernement se basera sur les résultats, dans les prochaines semaines,  de l’évaluation des pôles de compétitivité commandée au cabinet Boston Consulting Group pour renforcer ses aides aux plus prometteurs.

(1) Entériné le 30 mai 2008, le plan social prévoit la suppression de 575 postes sur 1 100 dans l’aciérie.

(2) L’ADI incrimine plutôt le cumul des exonérations de charges sociales, en particulier sur les bas salaires (depuis 1993), la taxe professionnelle, l’absence de renouvellement du tissu industriel, les quotas de CO2 (qui incitent à la délocalisation), ou encore « l’éclatement du dispositif de pilotage public ». www.indusdoc.fr

(3) In « Performance comparée des exportateurs allemands et français », CCFA.

Les trois priorités de Luc Chatel

– Économie de l’intelligence : favoriser l’innovation grâce au crédit d’impôt recherche.

– Industries du futur : les éco-industries,le nucléaire civil et les télécoms constitueront le premier ensemble d’action. Le lancement d’un Haut Comité stratégique sur les Eco-industries (d’ici le 14 juillet) et d’une agence d’ingénierie « destinée à fournir l’appui institutionnel français aux pays intéressés par l’énergie nucléaire civile » ont été annoncés.

– Accompagnement des transitions industrielles. Pour Luc Chatel, les salariés doivent désormais se préparer à évoluer professionnellement en fonction de la conjoncture industrielle (changement de métier, d’entreprise et de territoire). Sa solution réside dans la formation « tout au long de la vie ». Aucune précision n’a jusqu’ici été apportée. Par ailleurs, le ministre a annoncé, le 10 juin, la création d’un « fonds national de revalorisation des territoires touchés par des restructurations mises en œuvre par des entreprises en redressement ou liquidation judiciaire ou n’appartenant pas à un groupe de plus de 1 000 salariés ». Une proposition de loi devrait intervenir « dans les prochaines semaines » en vue de la mise en place de ce fonds doté de « 5 à 10 millions d’euros par an ».

Auteur : Cécilia Dubé

Source : www.actu-cci.com


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