Sous Louis XIV, le château de Versailles est devenu un véritable terrain d’expérimentation.
En 1743, pour améliorer le confort de ses appartements à Versailles, la duchesse de Châteauroux fit installer une « chaise volante ». Blaise-Henri Arnoult, premier machiniste de Louis XV, imagina l’ancêtre de l’ascenseur, qu’on manœuvrait au moyen d’un contrepoids. L’histoire raconte qu’un jour l’appareil resta coincé et qu’il fallut abattre un mur… Des anecdotes comme celle-là, la nouvelle exposition du château en regorge. Objets sérieux ou insolites à l’appui, elle démontre que le siège officiel de la monarchie absolue en France est devenu un terrain d’expérimentation à partir du règne de Louis XIV. C’est Colbert qui, en 1666, prend l’initiative de réunir une douzaine de savants et de créer l’Académie des sciences pour mettre leur érudition au service de l’État et du prestige du souverain. Il leur accorde une rente annuelle. Ils jouissent d’une liberté totale, mais participent à des projets collectifs qui améliorent l’embellissement du domaine, en cours de construction, ainsi que la vie quotidienne à la cour.
Le premier vol de la montgolfière en 1783
« Le problème de Versailles, c’est son ampleur, souligne Béatrix Saule, commissaire. Sur les plans, il y a des fontaines, des jardins, des forêts. Pour domestiquer la nature, on se rend compte que le savoir-faire traditionnel des artisans ne suffit plus. On fait donc appel aux scientifiques, qui élaborent un système de pompe pour élever les eaux, utilisent la lunette astronomique pour se projeter loin et avec précision sur le terrain, jouer avec la perspective, fabriquer des illusions d’optique. L’architecte Le Nôtre supervise. » Le Roi-Soleil a les moyens de financer ces aménagements. Alors le maître d’œuvre achète des équipements coûteux et engage du personnel qui travaille à plein temps au château. D’autres disciplines sont représentées: la zoologie (une fois morts, les animaux de la ménagerie sont disséqués), la botanique (les jardiniers font venir du monde entier 4.000 plantes, croisent les espèces, acclimatent riz, tabac, ananas), l’anatomie. Louis XIV bénéficie des derniers progrès de la médecine lorsqu’il se fait opérer d’une fistule, sans anesthésie !
A l’aide d’instruments de mesure et de maquettes, on enseigne les connaissances accumulées aux puissants: Louis XV se passionne pour les mathématiques, la marquise du Châtelet est physicienne. L’astronomie sert pour la navigation, la géométrie et la chimie pour l’artillerie. « Les retombées sont militaires, économiques, industrielles. » Les ingénieurs présentent leurs inventions au roi pour prouver leur utilité et les vendre aux manufactures. « Tous les capitaux, même privés, sont à Versailles. On fait du business, on signe des contrats. » Les démonstrations suscitent bien des surprises: un miroir ardent, ancêtre du four solaire, acheté 7.000 livres par Louis XIV ; l’expérience de l’électricité dans la galerie des Glaces en 1746 conduite par l’abbé Nollet ; le premier vol de la montgolfière en 1783 avec, à son bord, un mouton, un canard et un coq. « Sans oublier l’acquisition par Marie-Antoinette d’un automate. On songeait déjà à l’androïde, pour soustraire l’homme aux tâches pénibles et répétitives. »
Sciences & Curiosités à la cour de Versailles, au château de Versailles. Tél. : 01.30.83.78.00. Tous les jours sauf lundi. Jusqu’au 27 février 2011.
Auteur : Stéphanie Belpêche
Source : www.lejdd.fr
En savoir plus sur Invention - Europe
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.
