Article de presse

« Le Progrès est la lumière des nations »


C’était ce qu’affirmait l’immense inscription qui se trouvait sur le mur du fond du pavillon des machines, lors de l’exposition universelle de 1900, à Paris.

Notre nation alors ne doutait pas d’elle-même. C’était la Belle Époque, une ère de croissance économique et de propagation d’innovations technologiques majeures – l’électricité, le téléphone, le chemin de fer, la photographie et le cinéma, les engrais, et de nombreuses autres.

Le pays du rationalisme, de Descartes, Voltaire, Diderot… semblait s’être extrait par le haut d’un siècle d’hésitation, de conflits, d’une guerre avec la Prusse qui lui avait 5 milliards de francs-Or – plus d’une année de PIB de l’époque, pour choisir l’espoir et le progrès.

Où est ce pays de la raison ? Le pays qui interdit les expérimentations de recherche sur le gaz de schiste ou sur les OGM ? Qui manifeste pour l’interdiction de la recherche à l’égard des stockages des déchets nucléaires ou des nanoparticules ? Qui s’inquiète de la nocivité des ondes radios sans que jamais une seule étude sérieuse n’en ait prouvée la dangerosité? Qui est l’un des seuls pays au monde à avoir interdit aux individus l’accès au séquençage de l’ADN sous prétexte que des dérives pourraient en découler ?

La France, jadis si allante à l’égard du progrès s’en méfie aujourd’hui

Il ne s’agit pas d’affirmer que toutes ces technologies sont inoffensives, et qu’elles peuvent être mises en œuvres à grande échelle sans risque. Mais simplement, de faire observer que la France, jadis si allante à l’égard du progrès s’en méfie aujourd’hui grandement.

S’il ne fait aucune doute que le progrès peut-être dangereux, il ne peut-être dangereux de chercher et il ne peut être condamnable d’essayer. Interdire sans connaître, c’est faire l’apologie du sectarisme. C’est rejouer la tragédie de Galilée au XXIème siècle. Cela peut sembler exagéré ; pourtant, n’avons nous pas inscrit le principe de précaution dans notre constitution ? N’a-t’on pas créé de nombreuses institutions qui, finalement, sont en charge de nous prémunir contre les dérives que l’on dit très certaines du progrès ?

A l’heure où notre modèle social semble largement menacé, où la croissance est en panne, où toutes les études montrent combien nous doutons sur la capacité de notre pays à se réinventer, nous devrions pourtant comme jamais, affirmer et réaffirmer l’impétueuse nécessité du progrès, de l’innovation, du rêve. Car c’est de notre fibre innovante, de l’ingéniosité de notre nation –dans son sens étymologique- qu’admirent et reconnaissent nombres de chercheurs et entrepreneurs étrangers, que viendra notre salut. C’est de l’innovation, des startups, des chercheurs, des scientifiques, que viendra la création d’emploi, le renouveau.

C’est dans la raison que se trouvent nos meilleures chances de rebond

Mais pour que cela soit, il importe que l’on retrouve cette foi dans l’avenir, et que l’on rappelle que c’est dans la raison, et non dans les affirmations superstitieuses que se trouvent nos meilleures chances de rebond. Les mandats que nous donnons à nos institutions, les lois que nos représentants votent, les principes de régulations, les messages que véhiculent nos élus sont les premiers vecteurs de la forme de la société que nous choisissons d’avoir.

Au delà de tous les impératifs budgétaires qui corsètent la latitude d’action de nos élus, voici une chose qui ne coute rien et qui peut rapporter beaucoup. Organiser nos institutions, nos lois, agir pour faciliter l’émergence d’une société qui ait foi dans l’innovation et qui puisse s’y essayer, sans se départir d’une analyse critique et scientifique des risques éventuels des innovations. Voici, en ce moment de doute, ce qui pourrait être un vrai projet pour notre pays.

Auteurs : Gilles Babinet et Nicolas Colin

Source : lecercle.lesechos.fr

C'est à vous !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.