L’Europe cherche à combler son retard économique


Mars, puissante et virile, dominant la fragile Vénus : l’analogie planétaire choisie par l’idéologue de la nouvelle droite américaine Robert Kagan pour décrire la suprématie américaine sur l’Europe, fonctionne à merveille sur le plan économique. La victoire probable de George Bush ne changera rien à l’état de domination économique de Washington sur Bruxelles.

Hasard du calendrier, au moment où les citoyens américains reconduisaient au pouvoir l’homme qui a symbolisé durant quatre ans l’hyper-puissance américaine, l’ancien premier ministre néerlandais Wim Kok adressait à la Commission européenne un rapport sans complaisance, pointant le retard économique sans cesse grandissant qu’accuse l’Europe face à son concurrent d’outre-Atlantique. «L’écart de croissance s’est creusé par rapport à l’Amérique du Nord et à l’Asie», explique l’ancien dirigeant social-démocrate. Si le modèle social européen se traduit pour ses citoyens par une plus grande espérance de vie ou une plus faible mortalité infantile, l’avance américaine est patente dans la majorité des domaines, comme en matière de recherche : les États-Unis abritent 74% des 300 premières sociétés du secteur des technologies de l’information et 46% des entreprises les plus dépensières en matière de R & D.

«Qu’il s’agisse des demandes de brevets, du nombre de chercheurs scientifiques, du classement des universités au niveau mondial, du nombre de prix Nobel, ou de citations dans les revues scientifiques, l’Europe est toujours à la traîne des États-Unis», écrivent les auteurs du rapport. La croissance, l’emploi et la productivité y sont inférieurs, le continent souffrant en particulier de son vieillissement démographique. D’ici à 2050, la proportion moyenne des retraités par rapport aux actifs doublera.

L’adoption de l’euro n’a pas permis à l’Union de faire face au ralentissement économique du début 2001. Les dirigeants européens ont été incapables d’enrayer la glissade du dollar, qui a pénalisé les exportations européennes. Alors qu’au milieu de son mandat, l’Administration Bush laissait filer ses déficits budgétaires, les pays européens se retrouvaient pris à contre-pied, brusquement étranglés par l’étau du pacte de stabilité, et incapables de surcroît, de réformer leur instrument budgétaire fétiche. Certes l’Union a ses fleurons industriels, comme Airbus. En juin dernier, par ailleurs, elle a réussi à faire plier Washington en se dotant du système de navigation par satellite Galileo, concurrent du GPS américain.

Leader dans sa croisade pour la ratification du protocole de Kyoto, à laquelle s’oppose Washington, elle a également réussi sur le sujet, à rallier Moscou à son propre camp. Mais la démonstration serait plus convaincante s’il y avait plus de trois pays (la Suède, l’Allemagne et la Grande-Bretagne) à avoir enregistré depuis 1999 des progrès «visibles» dans la réduction des gaz à effets de serre.

De même, les États membres restent incapables d’adopter le brevet communautaire, censé faciliter la vie des inventeurs. Or l’élargissement ne devrait pas faciliter la prise de décision politique. Officiellement, Washington soutient le processus : «Nous sommes en faveur d’une Europe plus forte, plus compétitive et plus prospère», a répété hier Rockwell Schabel, l’ambassadeur américain au sein de l’UE. A condition, persifle une source diplomatique au Conseil, que l’Europe s’élargisse sans s’intégrer. Que Londres, par exemple, continue à refuser l’euro et que la Turquie adhère. Les États-Unis préfèrent une Europe vaste à une Europe forte.

Déjà aujourd’hui, les États-Unis s’appuient sur leur allié britannique qui s’oppose par exemple, contre l’avis de Paris et de Berlin, à une levée de l’embargo des armes à destination de la Chine. De même, la Grande-Bretagne a longtemps bloqué le développement du système Galileo avant finalement de se rallier à l’intérêt communautaire.

Les deux économies sont étroitement intégrées, comme le fait remarquer le Centre des relations transatlantiques, un think-tank bruxellois  » dans les huit dernières années, les investissements américains aux Pays-Bas ont été dix fois supérieurs à ceux réalisés en Chine… « , ce qui n’empêche pas l’Oncle Sam de montrer les crocs dès lors que ses intérêts sont en danger.

Bruxelles : de notre correspondant Pierre Avril

Source : www.lefigaro.fr


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