Les chercheurs préparent la riposte


Mécontents du texte concocté par le ministère, ils pourraient relancer leur mobilisation.

Le procédé a fait ses preuves : on organise « la fuite » d’un projet de loi avant qu’il ne passe devant le Parlement et on observe la réaction des principaux intéressés. Un test grandeur nature avant validation. Depuis dix jours, les syndicats de chercheurs et le collectif Sauvons la recherche sont en possession d’une ébauche très avancée du projet de loi d’orientation et de programmation de la recherche et de l’innovation (LOPRI), concocté par leur ministère de tutelle. Et c’est peu de dire qu’ils en sont mécontents. « Cela va au-delà de nos espérances. Mais dans le sens négatif ! » lance Jacques Fossey, secrétaire général du Syndicat national des chercheurs scientifiques (SNCS-FSU). Le retour de bâton est pour le moins sévère, un an tout juste après l’impressionnante mobilisation du monde de la recherche.

La LOPRI acte en effet de sérieux changements dans la structure du système de recherche français. Principales critiques à son encontre : ce projet de loi assoit le pilotage de la recherche par le gouvernement et sa soumission à des impératifs industriels. Il est aussi reproché au ministre Fillon d’user de procédés pernicieux en se réappropriant des termes formulés lors des États généraux de la recherche de Grenoble, fin octobre 2004. Ainsi, le Haut Conseil de la science est-il devenu le Haut Conseil de la science et de l’innovation… dont les membres sont tous nommés par le gouvernement.

Autre exemple : les pôles régionaux de recherche et d’enseignements supérieurs (PRES) deviennent des « machines de guerre », selon Maurice Hérin, secrétaire national du SNESUP. Il n’est plus question ici de coordonner organismes publics et universités, mais de façonner des « centres d’élite qui recevront l’argent selon des axes prioritaires définis par le gouvernement », détaille Jacques Fossey. D’un côté, les « petites » universités délivreront des licences (bac + 3), de l’autre, les PRES formeront la crème des chercheurs.

De la CGT au SNCS-FSU, en passant par la CFDT et SLR, tous craignent la disparition des organismes publics de recherche, largement moins dotés, d’ici cinq ans, que l’Agence nationale de la recherche (ANR) lancée à l’automne dernier. Une agence qui, là encore, délivrera des fonds sur la base de priorités fixées au sommet de l’État. Une autre façon pour le gouvernement d’asseoir son contrôle. « On passe d’une logique de financement de structure à une logique de financement par projets », résument les syndicalistes. De plus, les contrats à durée déterminée, contre lesquels le monde de la recherche s’est battu l’an dernier, reviennent en filigrane dans ce projet de loi.

Le document promet toutefois de ne pas diminuer les fonds alloués à la recherche, mais compte sur le secteur privé pour atteindre 2,5 % du PIB. Au passage, l’objectif des 3 % est donc mis de côté. « La conjonction de nombreux éléments pourrait relancer le mouvement. On pourrait être surpris par un important regain de mobilisation très prochainement », suggère Jean Kister, de la CGT. Le collectif Sauvons la recherche, lui, se réunissait hier pour décider des formes que pourrait prendre cette mobilisation. L’hiver promet d’être chaud dans les labos.

Auteur : Vincent Defait

Source : www.humanite.presse.fr

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