L’Institut du monde arabe propose une exposition qui montre l’apport, considérable et souvent oublié, des savants arabes au développement scientifique de l’Europe occidentale entre le VIIIe et le XVe siècle.
Médecine, chirurgie, optique et pharmacopée
De grands savants musulmans connaissent la notoriété, comme le célèbre médecin persan Ibn Sinâ, connu en Occident sous le nom d’Avicenne (980-1037) et dont le Canon de la médecine restera pendant des siècles une référence inégalée. Aux XIIe et XIIIe siècles, Le Caire et Damas sont les principaux centres de recherche médicale. Les hôpitaux ressemblent fort à nos centres hospitaliers d’aujourd’hui : ils accueillent des malades, sont ouverts à des consultations externes mais aussi à l’enseignement, et ont un personnel des deux sexes.
L’Espagne joue également un grand rôle avec le médecin andalou Az-Zahrawi (al-Zahrawî Albulcassis, XIe siècle) qui, dans son traité de chirurgie, décrit tous les instruments utilisés et toutes les opérations possibles, compte tenu bien sûr des connaissances du temps.
Des découvertes cruciales sont faites dans le domaine de l’optique physiologique concernant, par exemple, le fonctionnement de l’œil et permettant des opérations aussi délicates que celle de la cataracte. Parmi d’autres découvertes fondamentales, figure la description par Ibn al-Nafis de la « petite circulation », le passage du sang du cœur au poumon. La musique est utilisée en thérapie pour apaiser les malades mentaux, un usage encore loin d’être répandu aujourd’hui en Occident. Les espèces animales font aussi l’objet d’études vétérinaires poussées, en particulier les chevaux. Tout ce savoir médical sera diffusé en Occident, en grande partie par le biais de l’Espagne.
Mathématiques, astronomie, astrologie et cartographie
Inventeurs, entre autres, de l’algèbre (du mot arabe al-djabr ), de la trigonométrie et de la géométrie, les mathématiciens nous ont transmis le système de numérotation dit des chiffres arabes, avec à sa base le zéro inventé par les Indiens. Discipline essentielle, les mathématiques trouvent ensuite leur application dans beaucoup d’autres domaines : de la musique à l’astronomie en passant par l’architecture et les arts.
Discipline phare, l’astronomie permet de résoudre les problèmes concrets que pose la pratique religieuse à tout bon musulman : comment se repérer dans le temps pour déterminer l’heure exacte des cinq prières quotidiennes ? Comment trouver la direction de La Mecque, vers laquelle tout croyant doit se tourner pour prier ? Les savants, après avoir étudié les connaissances des Grecs et des Indiens, mettent au point de nombreux outils de mesure du temps et de l’espace, dont le plus connu est l’astrolabe. Plusieurs d’entre eux sont exposés à l’IMA, ainsi que des cadrans solaires, des globes célestes, des tables astronomiques, sans oublier des traités d’astronomie et des miniatures illustrant l’utilisation de ces instruments.
Les philosophes et les religieux musulmans ont très tôt décrié l’astrologie, cette science de l’interprétation qui se base sur des calculs mathématiques, mais cela n’a en rien freiné son développement. La plupart des souverains ont justifié leurs actes en s’appuyant sur l’astrologie. Lorsque le calife abbasside al-Mansûr fonde Bagdad en 762, il le fait au moment précis indiqué par les astrologues. De même, les armées musulmanes n’attaquent l’ennemi que si les planètes leur sont favorables. Si l’astronomie permet de mesurer le temps, la cartographie joue un rôle essentiel dans la maîtrise de l’espace. La civilisation arabo-musulmane s’étend en moins d’un siècle sur trois continents, de l’Espagne à l’Inde. La pratique d’une religion (l’islam) et d’une langue (l’arabe) communes va permettre d’unifier ces territoires divers et éloignés les uns des autres. Mais pour les conserver et les contrôler, le pouvoir en place va devoir, en premier lieu, les situer et les connaître, d’où l’essor de la géographie et de la cartographie. Passer systématiquement de la recherche théorique à l’application concrète est une caractéristique que l’on retrouve dans chaque domaine scientifique.
Architecture et décoration
L’architecture et la décoration, domaines d’application par excellence des mathématiques, s’épanouissent de Tolède à Lahore. Toutes les coupoles utilisent une règle d’architecture inventée par les savants musulmans, basée sur une conception mathématique en trois dimensions, qui permet de passer d’un plan carré à un plan circulaire : les muqarnas. Les pavages et les mosaïques reprennent des motifs géométriques fondés sur des calculs mathématiques : dix-huit motifs différents de pavement ont ainsi été élaborés par les artisans musulmans et l’on s’est aperçu, bien plus tard en Occident, qu’ils étaient parvenus au maximum des possibilités mathématiques.
La céramique, domaine d’application de la chimie, est la discipline maîtresse des arts décoratifs.
On a retrouvé de beaux objets, témoins d’une progression technologique parvenue à son aboutissement : ils illustrent la variété des procédés employés dans l’empire arabo-musulman ainsi que le très large éventail de couleurs obtenues.
Enfin, ce que les savants arabes nomment « les sciences des procédés ingénieux », regroupe toutes les techniques permettant d’exploiter les énergies naturelles (hydraulique et éolienne) et leur application mécanique : les procédés d’irrigation ont fait l’objet de recherches approfondies et leurs multiples utilisations dans l’art des jardins, ceux des villes maures d’Espagne (Cordoue, Grenade et Séville), restent un témoignage brillant de ce que furent les âges d’or de l’islam.
L’âge d’or des sciences arabes, du 25 octobre 2005 au 19 mars 2006. Institut du monde arabe, 1, rue des Fossés-Saint-Bernard, Paris 75005. imarabe.org serveur vocal : 01 40 51 38 11.
Entretien avec Aurélie Clémente-Ruiz, commissaire adjoint de l’exposition, propos recueillis par Véronique Dumas.
Source : www.historia.presse.fr
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