A la recherche de la trouvaille extraordinaire


Un piaf pour retirer les yeux des ananas, un pack de jus de fruit à deux compartiments, un écarteur de cuisses et des bracelets de chevilles contre les jambes lourdes. Des trouvailles surprenantes, souvent loufoques, parfois utiles présentées, cette semaine, au concours des inventeurs du village de la science. Hier, les inventions les plus fonctionnelles, originales et astucieuses ont été récompensées.

Inventer c’est un « émerveillement devant les possibles et les perspectives. » Guy Pignolet, a participé, cette semaine, au concours des inventeurs et créateurs de la Réunion, avec 11 autres compétiteurs en lice. Cette 3e édition s’est déroulée au parc des expos, au cœur du village de la science de Saint-Denis. Les gagnants ont été désignés, hier (palmarès ci-contre). Le jury a dû évaluer la technique, la fonctionnalité, les astuces, l’originalité, la présentation, l’intérêt de chacune des inventions présentées. Les trouvailles, individuelles ou collectives, sont déjà sur le marché ou encore au stade du prototype. Elles concernent des secteurs très variés : bâtiment, restauration, loisirs, habillement… Certains de ces Géo trouve-tout, qui inventent, créent, bricolent depuis leur enfance, ont déjà remporté des prix. D’autres sont néophytes, inventeur par hasard. Ils ont imaginé un objet pour améliorer leur quotidien, celui de leurs proches et se sont pris au jeu. Cette année, une entreprise était sur la ligne de départ mais aucune classe n’a concouru.

17 300 brevets déposés en France en 2004

L’invité d’honneur, hors concours, Jacques Sarrat est venu de Biarritz. Médaille d’argent 2005, au salon Inov de Bordeaux, il a inventé un abri de piscine avec une poutre centrale pour ouvrir plus facilement les portes. Grâce à cette idée, il crée actuellement sa propre société, en métropole. Ce concours, organisé par Sciences Réunion, ouvert à tout public à partir de 15 ans, n’a recensé que des adultes. Des hommes uniquement, tous Réunionnais, sélectionnés parmi une petite vingtaine de candidatures. Tous rêvent secrètement d’avoir inventé un produit extraordinaire. Des fantasmes souvent déçus. Selon l’institut national de la propriété industrielle (INPI), dans les Dom, en 2003, 57 brevets ont été déposés (plus qu’en Ardèche ou dans les Deux-Sèvres). On en comptabilisait 73 en 2001 et 47 en 2002. A l’échelle réunionnaise, aucun chiffre n’est disponible. En France, 17 300 brevets ont été déposés, l’an dernier. Les entreprises sont les premières concernées. A titre d’exemple, L’Oréal (516 dépôts) et Renault (483) sont les plus dynamiques. Pour la première fois depuis dix ans, la croissance annuelle des dépôts de brevets, dans notre pays, a augmenté de 2,6 %. Les Allemands restent loin devant nous. Bien évidemment, toutes ces idées de génie ne sont pas commercialisées. Une poignée seulement connaîtra le succès. Ceci étant, ce concours réunionnais a permis aux inventeurs participant de faire connaître, de promouvoir leur découverte. Et qui sait de décrocher un contrat, de trouver un fabricant, un investisseur, un acheteur ?

L’écarteur anti-jambes lourdes

C’est sans doute l’invention la plus saugrenue, la plus loufoque du concours. Pourtant, elle devrait soulager les jambes lourdes. Georges Blanchard (Saint-Denis) a souffert, lui-même, d’une thrombose artérielle de la jambe gauche. « J’ai passé trop d’heures, non-stop, les jambes croisées derrière mon ordinateur », explique-t-il. Il y a un an, cet inventeur déjà primé ces deux dernières éditions, met au point un joug d’écartement des cuisses, sorte de maintien pour éviter une mauvaise circulation sanguine. Et pour ne pas voir sous les jupes des filles, il a même disposé une petite plaque de pudeur. Galant homme. Les chevilles n’ont pas été oubliées : Georges a inventé des bracelets anti compression. L’ensemble s’appelle le Kit confort « pretty legs ». Aujourd’hui au chômage, Georges recherche un fabricant ou souhaiterait vendre sa licence. Depuis son enfance, Georges bricole, invente. Chez lui, il a même confectionné ses meubles. Et il a déjà inventé un jeu de l’oie mathématique, un clavier multilingue… il a toujours des projets plein la tête : « Les idées, c’est comme l’amour, ça ne s’explique pas.  »

Le jeu du « Toupi Chinois »

« Inventer, c’est vivre différemment, ne pas être comme les autres, ne pas rentrer dans le système. C’est se sentir illimité, avec l’espoir que le produit devienne international, que ça fuse. C’est aussi un besoin de reconnaissance. » Luigi Rangama (Le Port) invente des jeux. Ce touche-à-tout a fait des études dans l’équipement énergétique, l’infographie, le commerce. Plusieurs cordes à son arc, qu’il allie avec son goût pour le bricolage, la matière et une forte curiosité… Ce cocktail détonnant lui a permis de remettre au goût du jour, il y a plus d’un an, le « Toupi chinois ». Avec cet amusement traditionnel réunionnais, il a inventé un double jeu : de table et de stratégie. Luigi a assuré le suivi de sa création de A à Z, du graphisme jusqu’à la distribution. Depuis un mois, ce nouveau jeu de société, présenté au concours, est commercialisé dans certaines grandes surfaces réunionnaises. Il est fabriqué en métropole. Luigi a déjà plein d’autres projets en tête : faire du « Toupi chinois », un cadeau souvenir pour les touristes de l’île, et séduire, prochainement, le marché européen.

Un pack, deux en un

Dans la même brique, le même pack, contenir du vin blanc et du rosé, des jus d’orange et d’ananas, du lait entier et écrémé, du rhum et du jus de fruit… Sans les mélanger ? Si si, c’est possible. Maxo Clain (Sainte-Clotilde) a inventé un contenant novateur avec deux compartiments, et deux bouchons bien évidemment. L’intérêt ? « Gagner de la place dans son réfrigérateur, dans sa glacière » et simplifier la vie du consommateur. Maxo, ancien professionnel de la restauration, a réalisé un prototype et déposé un brevet. Il a quitté son travail pour se consacrer pleinement à sa trouvaille et espère rencontrer des partenaires financiers pour ouvrir, localement ou en métropole, une entreprise d’emballages.

Lacets magiques pour cour d’école

C’est en inscrivant son fils en maternelle, que le déclic s’est produit. Teddy Robert (Sainte-Clotilde) participe à une réunion à l’école : la directrice déconseille les chaussures à lacets pour les marmailles, pour des raisons pratiques et de sécurité. « Les lacets se défont, les enfants marchent dessus… » Mais, selon ce père de famille, intérimaire, les souliers à « scratchs » coûtent plus chers et le choix des modèles est plus limité. Il veut trouver une solution, une alternative. Il invente alors, il y a deux ans, l’attache universelle pour chaussure à lacets : un système de fermeture éclair, interchangeable d’une paire à une autre, qui se fixe avec des agrafes dans les trous ordinairement destinés aux lacets. « C’est un gain de temps pour les parents, le personnel scolaire, une sécurité, une autonomie pour les petits ». Son invention n’est qu’au stade du prototype. Le brevet est en cours de validation. C’est sa concubine qui a cousu l’objet magique. Son fils a fait le cobaye. Et bien évidemment, il a été séduit par l’astuce du papa. Teddy recherche des investisseurs pour que les choses avancent, se concrétisent. Il a même pensé introduire ce nouveau produit dans le monde du sport, pour faciliter la vie des décathloniens ou des triathlètes. Avant tout, il est « fier » d’avoir créé un objet sorti de son imagination. Pour lui, c’est une première.

Livre virtuel, machine-outil logicielle

Une sorte de « machine-outil logicielle » qui bousculerait l’édition classique ? Cette invention, destinée aux créateurs, enseignants, publicitaires, permet de réaliser un livre « cybernétique ». Grâce à ce logiciel, les pages blanches d’un livre virtuel s’enrichissent par ordinateur de textes, cartographie, animation de bandes dessinées, d’effets étonnants et créatifs… Ce nouvel outil est destiné également aux handicapés moteurs et déficients visuels (lecture du livre etc.). Il pourrait aussi valoriser les langues locales (créole, malgache…) de par sa capacité multilingue.Jean-Claude Ridolce (Sainte-Clotilde), ex informaticien, proche de la retraite, n’en est pas à sa première invention. Il a déjà créé une trentaine de logiciels, sur la génétique, l’astrologie, la cartographie. L’idée de ce livre virtuel remonte déjà à 4-5 ans. Il a coordonné sa création, depuis notre île mais n’a pas travaillé seul. Il s’est entouré de jeunes artistes et techniciens Suisse, Hongrois, Chilien, Français, Malgaches. Cette coopération internationale s’est déroulée via Internet, sans contact direct. Moderne, non ? La diffusion de ce livre virtuel est prévue, au mieux, avant fin 2005. Elle sera marchande mais partenariale dans l’hémisphère nord et de commerce équitable pour les pays du tiers monde, les structures humanitaires…

Le « Piaf » qui tire les yeux de l’ananas

« Je suis comme tout le monde, éplucher un ananas, ça me gonfle ! André Scius (Saint-Joseph) s’est inspiré des moineaux pour son invention. En les voyant picorer dans du pain dur, ils m’ont donné une idée. Je leur ai volé leur bec » : une pince, un extracteur en inox pour tirer les yeux du fruit, les petits morceaux restants dans la chaire. Cet outil est un « complément de l’épluchage, pour éviter les aphtes et accentuer les saveurs ». André a ouvert son entreprise unipersonnelle, il y a quelques mois. Il fabrique et vend sur les salons, les marchés, ce nouvel instrument, breveté depuis février. Il en a déjà commercialisé 800 à 5 euros et l’a appelé le Piaf, en hommage aux oiseaux. Son envie aujourd’hui ? Vendre son brevet. « Ce produit nécessiterait une exploitation mondiale, qui n’est pas à ma portée, qui me dépasse complètement. Le commerce, ce n’est pas mon truc. » Grâce au Piaf, cet ancien céramiste porcelainier d’origine alsacienne, a inventé un second objet, le tnag (gant à l’envers). A force de manipuler des ananas et d’enfiler des gants souples en plastique toute la journée, André a créé un dispositif, une boîte surprenante, avec un système de dépression. A l’intérieur, les gants gonflent. Il est donc plus facile d’y introduire ou d’y retirer ses mains. Le prototype a quelques jours. Les idées fusent : « une façon d’être, d’être un éternel insatisfait, perfectionniste aussi probablement… »

Brevet ou enveloppe Soleau ?

Deux solutions existent pour protéger une invention : le dépôt d’un brevet ou d’une enveloppe Soleau. Un dépôt de brevet en France, auprès de l’institut national de la propriété industrielle (INPI) coûte 535 euros (pour un brevet de base, sans compter la recherche d’antériorité et la rédaction). Il faut compter 18 mois de procédure confidentielle pour la délivrance du brevet. L’inventeur peut aller plus loin et préférer un brevet international auprès de l’organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI). Dans ce cas, à lui d’adopter une bonne stratégie, de sélectionner les pays intéressants, selon les fabricants, les concurrents sur place. Un brevet international peut coûter plusieurs dizaines de milliers d’euros. Enfin, l’enveloppe Soleau (du nom de son inventeur) est un moyen simple et peu coûteux (15 euros). Elle préconstitue la preuve d’une invention et lui donne une date certaine. Mais attention, cette enveloppe n’est pas un titre de propriété industrielle. Son titulaire ne pourra s’opposer à l’exploitation de sa création effectuée sans son consentement.

Source : www.clicanoo.com


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