Ressusciter la marine à voile, mais sous de nouveaux atours, ceux du cerf-volant de traction. L’idée peut sembler saugrenue. Stephan Wrage, un ingénieur allemand de 33 ans, fait cependant le pari que la technologie et le marché sont mûrs.
Alors que le pétrole ne cesse d’augmenter et les règles antipollution de se durcir, M. Wrage ambitionne d’équiper les navires marchands de cerfs-volants géants capables d’accroître leur vitesse de 10 % ou de réduire jusqu’à 50 % leur consommation. « Il ne s’agit pas de remplacer le moteur diesel. Notre but est d’utiliser le vent quand il y en a », résume l’inventeur. C’est en régatant il y a quelques années sur un petit dinghy, un dériveur, que le jeune homme utilise pour la première fois une aile de traction, ce cerf-volant qui révolutionne les sports de glisse, sur terre, eau et neige. « J’ai été impressionné par sa puissance, et me suis demandé comment on pouvait l’utiliser », se souvient-il.
Tracter des bateaux lui a semblé une réponse raisonnable, même si d’autres avant lui s’y sont cassé les dents. Dans les années 1980, le groupe pétrolier BP avait conduit des expériences avec des parachutes, mais la transposition à de grands vaisseaux avait semblé trop onéreuse. L’utilisation d’ailes plus profilées aurait nécessité des jeux d’enrouleurs sophistiqués. Trop complexe, trancha-t-on alors.
Les essais conduits depuis quatre ans par M. Wrage sur une maquette de cargo de 2 tonnes, puis un remorqueur de 18 tonnes, montrent que ces obstacles sont en passe d’être surmontés, « même si de nombreux développements restent à faire », précise l’inventeur, dont la société SkySails détient 8 brevets. « Notre aile décrit en permanence des cercles, ou des huit, à haute altitude, et profite ainsi du vent apparent, ce qui lui donne deux à trois fois plus de puissance qu’un parachute passif », précise-t-il. Le pilotage de l’aile, son largage et sa récupération sont entièrement automatisés grâce à un bras mobile.
Alors qu’il faut deux ou quatre fils pour conduire un cerf-volant depuis le sol, SkySails a eu l’idée de transférer ces commandes sur une « gondole », suspendue entre le navire et l’aile. Le cerf-volant n’est donc relié au bateau que par un seul point, sur un sabot mobile, capable de se déplacer autour de la proue pour choisir le meilleur compromis entre le cap suivi et la direction du vent. La gîte s’en trouve limitée. « Un bon point pour les passagers de yachts sujets au mal de mer », avance M. Wrage, qui vise aussi le marché de la plaisance de luxe.
Pionnière, la compagnie allemande Beluga Shipping vient d’acheter un système SkySails qui équipera un cargo de 140 m de long. L’aile fera 160 m2. Premières démonstrations en 2007.
Auteur : Hervé Morin
Source : www.lemonde.fr
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