Fabriquer en Chine, mais à quel prix ?


C’est le cauchemar de toute entreprise qui fait de l’impartition : devoir rappeler massivement un produit fabriqué à l’étranger parce qu’il est dangereux ou affronter une tempête médiatique parce que son sous-traitant emploie des enfants.

Cela vient d’arriver au détaillant de vêtements Gap. Le 28 octobre, The Observer révélait que l’un de ses fournisseurs indiens employait des enfants. Cette révélation ne pouvait tomber à un plus mauvais moment pour la société californienne qui vient de lancer une publicité axée sur… la famille.

Les PME ne sont pas à l’abri. En mai, Foreign Tires Sales, un commerçant du New Jersey, a rappelé des milliers de pneus. Son sous-traitant chinois lui avait expédié un lot défectueux, dont certains pneus ont causé des accidents mortels. L’entreprise risque maintenant la faillite. Et comment passer sous silence les déboires de Mattel ? Cet été, elle a dû procéder à des rappels de jouets contaminés au plomb. Ils avaient été fabriqués en Chine. Recul des ventes, chute du titre en Bourse, réputation entachée : l’onde de choc a été brutale.

Pis encore, la multinationale américaine a dû s’excuser auprès de la Chine. Après avoir accusé à tort les sous-traitants chinois, Mattel a avoué qu’elle était responsable du vice de conception : elle leur avait donné de mauvaises spécifications !

Les spécialistes sont formels : l’impartition est une stratégie de gestion essentielle pour beaucoup d’entreprises afin de réduire leurs coûts. La concurrence est sans pitié pour les canards boiteux.

Si elle est mal exécutée, cette stratégie peut en revanche devenir un cauchemar et menacer la survie même des entreprises, surtout les PME.

Voici cinq conseils pour éviter les mauvaises surprises.

1) Évaluez les coûts… tous les coûts !

C’est devenu un cas classique : une entreprise impartit une de ses opérations pour réduire ses coûts, mais elle oublie que cette stratégie a aussi un coût. Résultat : elle perd de l’argent !

Et ces coûts sont substantiels : transport de composants ou de produits finis, retards de livraison, paiement de tarifs douaniers au Canada lorsque des éléments sont importés au pays pour y être assemblés ou vendus.

Les nombreuses heures consacrées à l’impartition doivent aussi être comptabilisées; car du temps, c’est de l’argent, rappelle Jean Nollet, titulaire de la Chaire de gestion des approvisionnements à HEC Montréal.

 » Le temps que le gestionnaire passe à discuter avec son sous-traitant ou à voyager, parce qu’il doit sauter dans un avion pour régler un problème, cela représente aussi un coût.  »

Les retards de livraison de produits saisonniers (pneus d’hiver, jouets donnés à Noël, etc.) sont pernicieux parce qu’ils entraînent un manque à gagner. Avez-vous déjà essayé de vendre des pneus d’hiver en février ?

2) Trouvez la perle rare

Oubliez Internet, le téléphone ou le BlackBerry : mieux vaut se déplacer pour dénicher un sous-traitant de qualité. Selon les spécialistes, il faut porter des lunettes roses pour croire que tout peut être fait à distance.

 » Il faut rencontrer les sous-traitants, visiter leurs usines, leur parler pour établir une relation de confiance « , insiste Ken Wong, un spécialiste en marketing et en stratégie d’affaires de l’Université Queen’s, à Kingston, en Ontario.

La stabilité financière du partenaire est aussi élément fondamental.

 » Il faut obtenir des rapports de solvabilité « , dit Pierre Farah-Lajoie, directeur de la société-conseil Moreault et Associés. Selon lui, l’âge de l’entreprise sous-traitante est aussi un indicateur. Ainsi, il est plus risqué de faire affaire avec une entreprise fondée il y a trois mois qu’avec une société en activité depuis trois ans.

La protection de la propriété intellectuelle est un autre enjeu clé.

Même lorsqu’on a un brevet, on a tout intérêt à soigner ses relations personnelles avec les sous-traitants si on ne veut pas se faire voler ses idées, disent les experts.

Du reste, les entreprises font toutes face au même dilemme, selon Luc Martin, associé responsable du secteur manufacturier au Canada chez Samson Bélair Deloitte & Touche, à Montréal.  » Elles doivent calculer combien elles peuvent économiser en faisait de l’impartition par rapport au risque qu’elles courent que l’on copie leur procédé.  »

3) Donnez des mandats clairs

Même si elle compte sur le meilleur sous-traitant au monde, une entreprise éprouvera des problèmes si elle donne de mauvaises consignes ou des spécifications imprécises. Les mandats d’impartition doivent donc être clairs et cohérents.

Pour ce faire, certains spécialistes recommandent que les activités imparties soient supervisées par l’un des meilleurs gestionnaires de projets à l’interne.

Luc Martin estime pour sa part que c’est l’ensemble de l’entreprise qui doit mettre la main à la pâte.  » Outre les approvisionnements, il faut impliquer les gens du marketing, des finances et des technologies de l’information.  »

Pour que les spécifications du mandat soient bien comprises, les spécialistes recommandent aussi de tout mettre par écrit et, bien entendu, dans la langue du sous-traitant.

Les experts proposent aussi aux entreprises d’étirer leurs heures de travail, le matin comme le soir, pour que le sous-traitant puisse facilement joindre une personne-ressource en cas de besoin, ce qui permet d’éviter des erreurs.

4) Assurez-vous de comprendre la culture du sous-traitant

La connaissance de la culture nationale des sous-traitants est un grand atout pour éviter les problèmes de communication, indique Gerald Ross, pdg de Rubicon Intelligence Unit, une firme-conseil en stratégies d’affaires.

Selon lui, il ne suffit pas de parler la même langue – souvent l’anglais dans le monde des affaires – pour se comprendre. Il faut connaître la façon de penser de l’autre, la façon dont il aborde le temps, les us et coutumes locaux, etc.

De plus, cet ancien doyen de la Faculté de management de l’Université McGill estime que les entreprises doivent confier la gestion des projets à l’étranger à des gens du pays.  » N’envoyez pas seulement des gestionnaires d’ici pour superviser vos activités. Embauchez des gestionnaires locaux; ça limite les problèmes « , affirme M. Ross.

De son côté, Jean Nollet, de HEC Montréal, affirme qu’on généralise trop souvent à propos des cultures étrangères.  » Par exemple, il n’y a pas une mais des cultures chinoises !  »

Les gens d’affaires de la côte est de la Chine, la région la plus dynamique, n’ont pas la même mentalité que ceux du centre ou de l’ouest du pays, sans parler de Hong-Kong, qui a été longtemps une colonie britannique.

5) Vérifiez soigneusement la qualité des produits

C’est un principe de base encore trop souvent oublié des entreprises :  » Assurez-vous que le produit fabriqué à l’étranger respecte les normes de votre marché « , dit Luc Martin.

Comment ? En faisant des tests d’échantillonnage avant de vendre les produits en magasin. Une entreprise avisée visitera aussi l’usine de ses fournisseurs pour s’assurer qu’ils effectuent contrôles de qualité efficaces.

 » La constance de la qualité des biens fabriqués dans les pays émergents est un défi de taille « , admet Pierre Farah-Lajoie.

Ainsi, il est primordial que les entreprises confient à des employés expérimentés ces vérifications complexes et coûteuses.

Auteur : François Normand

Source : www.lesaffaires.com


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