Pourquoi ça marche.
En ces temps de crise, la high-tech trinque et pourrait connaître une récession pire que celle de 2001, lors de l’éclatement de la bulle Internet. Raison de plus pour miser sur l’innovation et la contre-programmation afin d’échapper à ce tragique destin en essayant de se «différencier au maximum» comme disent les marketeux. C’est le pari réussi d’Apple avec son mobile authentiquement multimédia iPhone, celui du premier cyberlibraire du monde Amazon avec son lecteur numérique Kindle ou encore de Nintendo avec ses consoles de jeux. Autant de succès qui sont également des modèles de simplicité et d’un plaisir d’usage mis à disposition du plus grand nombre.
La preuve : Ubisoft.
La grande success-story du jeu vidéo français ne se dément pas. Créateur de licences mondialement célèbres (Rayman, Prince of Persia, Splinter Cell, etc.), le troisième éditeur mondial fait mieux que résister à la crise. Il l’ignore malgré les pressions à la baisse sur les prix et les marges que pourrait provoquer un recul de la demande. Dans un secteur où, à raison de 15 à 20 millions d’investissement par titre, les erreurs se paient extrêmement chères, Ubisoft a bien mieux manœuvré que ses concurrents. Par exemple l’américain Electronic Arts, qui a multiplié par 20 ses pertes pendant la cruciale période des fêtes et en est à son huitième trimestre consécutif déficitaire.
Si l’éditeur français s’est imposé comme une référence du secteur ces dernières années, il le doit avant tout à sa «réactivité» selon les mots de son président Yves Guillemot. Ubisoft a par exemple tout de suite cru à la vague «casual» (1) ouverte par les consoles de Nintendo et a multiplié les titres dans ce domaine. Ce pionnier sera l’un des premiers à sortir en juin un jeu spécialement adapté à l’univers de la DSI, la nouvelle console portable du fabricant japonais. «On a investi dans ce nouveau type de jeux à destination de la famille et d’un public féminin à un moment où ce secteur était encore peu encombré, explique Guillemot. Résultat, de zéro il y a trois ans, ce segment du marché qui connaît la plus forte croissance aujourd’hui a représenté en 2008 un quart de notre chiffre d’affaires.»
Autre facteur de la réussite du premier des studios français, Ubisoft a vite compris que chaque nouvelle création devait être pensée comme une véritable marque, susceptible de se décliner sur le long terme mais aussi en films et pourquoi pas en livres. Un pari à chaque fois risqué mais qui assure une récurrence de chiffres d’affaires d’autant plus rentable que rien ou presque n’est sous-traité chez Ubisoft. La solidité du modèle tient enfin à son impressionnante internationalisation. Après le Canada, devenue sa première terre d’implantation devant la France, la société qui compte 5 500 salariés a essaimé aux quatre coins du monde. Présente à Shanghai et à Bucarest, elle s’est récemment implantée en Chine, en Ukraine ou à Singapour. Et a multiplié les rachats de studios indépendants comme Action Pants basé à Vancouver, au Canada. «Cela nous permet de mieux répartir nos risques et donc d’en prendre plus, explique Yves Guillemot. L’an dernier, le marché a progressé en moyenne de 20 % et franchi pour la première fois la barre des 3 milliards d’euros en France. Une croissance qui devrait réduire de moitié cette année pour se situer aux alentour de 10 % mais qu’Ubisoft, comme souvent, entend bien dépasser.
(1) Le casual game cherche à toucher tout type de joueurs, de tout âge et de tout horizon. Les joueurs de Casual Game ne se considèrent pas comme des «gamers» à part entière.
Auteur : CHRISTOPHE ALIX
Source : www.liberation.fr
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