Ce nom est associé à une pastille pharmaceutique célèbre. Son inventeur était Ménéhildien. Mais beaucoup l’ont oublié.
QUI se rappelle de Joseph Arthur Géraudel dans les rues de la ville aujourd’hui ? Presque personne. Pourtant, ce patronyme est encore sur les tablettes des plus grands centres d’élaboration de composés pharmaceutiques.
Géraudel a vu le jour en Argonne, en 1841, dans le hameau de Bellefontaine. Des parents modestes, une enfance spartiate passée dans une de ces chaumières de bûcherons. Chaque jour, il arpentait le chemin, lorsqu’il était scolarisé au collège de Sainte-Ménehould. Les moyens de sa famille ne lui ont pas permis de poursuivre ses études. Obligé de travailler, il débute à la pharmacie Labrosse, rue Chanzy. Pendant 4 ans, il profite du gîte et du couvert contre un travail ardu dans l’officine.
À 18 ans, on le retrouve à Metz. Il enchaîne les boulots en relation avec le monde médical. Là, il comprend que sa progression est liée à l’élévation de sa culture personnelle. Le soir, avec le soutien d’un inspecteur primaire à la retraite, il travaille ses classiques et obtient avec succès, en 1862, son examen de grammaire au lycée de Metz. Obtention qui lui ouvre l’accès au titre de pharmacien 2e classe.
De Paris à l’Argonne
En 1863, il gagne la capitale pour entrer dans l’officine d’un savant. Il y reste un an. En 1864, il remporte le concours d’internat des Hôpitaux de Paris et exerce à la Salpetrière et à l’hôpital Saint-Antoine. L’année suivante, il se distingue par ses prestations médicales lors de l’épidémie de choléra. Il obtient du ministre Duruy, le grade de pharmacien 1re classe.
Soucieux de son indépendance, sans fortune personnelle, il revient à ses origines, reprend l’officine de ses débuts qu’il rachète à son premier patron. L’ancien élève a dépassé le maître. Il s’engage dans de nombreuses actions, notamment en Bourgogne contre le phylloxera. Son goût de la recherche le pousse à l’étude du traitement du « catarrhe des bronches », une maladie qui affecte sa mère. Il se tourne vers le goudron, lui trouve une action bénéfique dans les vapeurs qu’il émet, sous condition d’éliminer les substances inflammatoires qu’il a récoltées dans sa préparation. La purification du produit le conduit à son emploi par la voie orale pour aboutir à une formule de cachet. La pastille au goudron est née.
Il se porte acquéreur du terrain situé à l’arrière de la mairie, terrain sur lequel on implantera plus tard une école. Avec 50 emplois créés, la mise en place des machines dans des locaux neufs, chauffés, éclairés, la naissance de l’établissement est saluée avec enthousiasme et reconnaissance dans toute la région. Malin, Géraudel use de supports promotionnels originaux, notamment par l’intermédiaire de bandes dessinées dans le Journal Illustré. L’apogée sera atteint lorsque ces pastilles de goudron s’exporteront. Il conclura notamment un marché avec l’armée russe.
Le philanthrope
Géraudel, débarrassé de ses soucis matériels, se consacrera à des actions de mécénat. Sa participation aux sociétés de bienfaisance, à la Croix-Rouge, à la Commission des logements, à la mise en place de la bibliothèque, lui vaut, de son vivant, l’estime et la reconnaissance des habitants. Il fait réaménager les bois arpentés durant son enfance, avant de décéder en 1906.
Sa famille placera un buste à son honneur. Aujourd’hui, seul le socle demeure. L’usine périclite après la Seconde Guerre mondiale. Le 10 juillet 1994, une équipe des amis de l’Hôpital, entourée de ses descendants remettait en place, au Quartier Valmy, dans les jardins de la maison de retraite, un buste de Géraudel, une oeuvre de Michel Schillinger.
Comme un ultime hommage posthume.
Source : www.lunion.presse.fr
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