L’innovation est-elle condamnée à disparaitre en France ?


Passionné d’innovation et de marketing produit, je vous livre le résultat d’une de mes récentes réflexions sur l’innovation en France.

Qu’est ce que l’innovation ?

Selon Wikipédia : « C’est un changement dans le processus de pensée visant à exécuter une action nouvelle. Elle se distingue d’une invention ou d’une découverte dans la mesure où elle s’inscrit dans une perspective applicative. »

Innover, c’est donc se différencier et défricher de nouveaux marchés. L’innovation, qu’elle soit industrielle ou dans les services, assure la croissance de demain.

Toutefois, innover est difficile :

1. C’est compliqué : ce n’est pas une mince affaire de concevoir de nouveaux produits ou services.

2. Innover coûte cher (et même de plus en plus cher).

3. L’innovation est souvent non (ou peu) finançable par les banques.

France, douce France :

Je trouve qu’il est agréable d’innover en France car :

– nous avons de très bons ingénieurs (même si de plus en plus difficiles à recruter)

– nous avons un beau pays culturel propice à l’inspiration et l’innovation

– l’Etat propose des aides nombreuses et intéressantes au soutien de l’innovation (voir le livre blanc d’Olivier Ezratty sur le sujet)

« Success story », une expression qui reste anglaise :

Mais il y est beaucoup plus difficile d’en faire une énorme « success story ». Pourquoi ? En raison d’un manque important de financement.

Une fois les premiers 100k€ dépensés, vous êtes encore loin du régime de croisière et avez besoin de kérosène pour continuer à avancer à vive allure. Concevoir un nouveau produit, le mettre sur le marché et trouver son marché représentent en général au bas mot 3 années d’investissement dans du personnel hautement qualifié et expérimenté.

Chiffres clef :

Pour bien comprendre, voici quelques points de repères financiers des étapes de développement :

– Bâtir un prototype : 4 à 6 mois – 30k€

– Lancer une version bêta : 4 à 6 mois de plus – 30k€

– Passer en version 1.0 : 2 à 3 mois – 15k€

=== Total intermédiaire = entre 10 et 15 mois (~75k€ en mode personnel non rémunéré)

– Lancer son produit par un plan marketing adapté : 3 à 6 mois – 50 à 100k€

– Rendre le produit mature : 200k€ (12 à 18 mois, temps incompressible de maturité)

– Trouver son marché (à effectuer en parallèle de l’étape précédente) et industrialiser ses offres : 50 et 100k€

=== Total = entre 2 et 3 ans (~450k€)

Ce qu’il faut retenir :

– Les marchés devenant de plus en plus mûrs, il devient de plus en plus compliqué et lourd financièrement de passer d’un mode prototype à un mode industriel. Je ne pense pas que « les barrières technos sont de plus en plus faibles ». Certes, pour faire la même chose qu’il y a 5 ans, c’est plus rapide, mais les exigences d’aujourd’hui sont beaucoup plus fortes (il suffit de regarder les voitures, l’électro-ménager, le hifi, les sites Internet …)

– On oublie souvent l’étape « maturité du produit » et l’étape « trouver son marché », ce qui joue sur l’évaluation du besoin financier …

– Lever de l’argent n’est plus un luxe mais bien essentiel au développement (et donc à la survie car l’innovation sans développement meurt rapidement).

Le problème est que l’écosystème du financement privé est très raréfié en France quant il s’agit d’innovation.

Si vous avez un produit non innovant, vous générerez plus rapidement de l’argent et il vous sera plus facile de démarrer et donc de trouver de l’argent. (l’inconvénient restera toutefois une barrière à l’entrée plus faible pour la concurrence).

Pour monter un projet innovant et avoir une chance de le réussir, j’estime qu’il vous faut ~500k€, soit … un 3 pièces de 60m2 à Paris.

La comparaison vous fait peut être sourire mais sachez qu’il est beaucoup plus facile de vous faire financer ce 3 pièces que votre entreprise (le niveau de risque n’étant pas le même pour une banque).

Ma conclusion est que le système de financement en France n’est pas mauvais en soi mais insuffisant pour financer de l’innovation : l’État joue son rôle mais l’éco-système bancaire fait cruellement défaut et laisse un trou béant que les investisseurs privés ne peuvent pas compléter à eux seuls. Dans ces conditions, il me semble logique de voir les gens les yeux rivés vers l’innovation outre atlantique et de constater la plupart du temps l’importation en France de modèle déjà existants déjà là-bas … parfois montés par des Français.

Auteur : Stéphane Castellani

Source : www.business-angel-france.com


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