La Chine est-elle devenue mercantiliste en matière d’innovation ? C’est l’avis de Robert D. Atkinson, président du Think Tank ITIF (The Information Technology & Innovation Foundation), qui présentait son dernier rapport Enough is Enough : Confronting Chinese Innovation Mercantilism (Ca suffit : faisons face au mercantilisme chinois en matière d’innovation) au Sénat américain le 28 février dernier. Les autres intervenants lors de cette présentation étaient le Sénateur démocrate de l’Oregon, Jeff Merkley, le directeur exécutif de l’Association for Competitive Technology, Morgan Reed et le co-président de Dewey & LeBoeuf’s International Trade Practice Group, Alan Wolff.
Les relations entre la Chine et les États-Unis sont la source de nombreux débats et peurs dans la classe politique américaine, tant du côté démocrate que républicain. Les premiers craignent principalement l’impact de la Chine sur les travailleurs américains et leurs conditions sociales alors que les seconds se focalisent plus sur la sécurité nationale et la santé économique des entreprises américaines.
Le principal grief envers les autorités chinoises est le manque de fair-play à la suite de leur intégration au sein de l’OMC. Alors que la justification théorique du commerce international est essentiellement basée sur les avantages comparatifs, le modèle chinois d' »indigenous innovation » est lui basé sur un avantage absolu et la volonté de maîtriser l’ensemble des filières technologiques et industrielles.
L' »indigenous innovation »
Pour Robert Atkinson, les autorités chinoises ont changé d’objectif au milieu des années 2000. En effet, alors que précédemment la croissance chinoise était tirée par les investissements étrangers et les implantations d’entreprises multinationales (modèle introduit par Deng Xiaoping au début des années 80), depuis 2006, les autorités chinoises ont pour objectif de défendre leurs entreprises nationales et de les faire croître pour former « China Inc. », comme l’appelle Robert Atkinson.
Le transfert de technologie forcée et la propriété intellectuelle bafouée
Tant Robert Atkinson que le Sénateur Jeff Merkley estiment que le vol de propriété intellectuelle (PI) est le principal problème vis-à-vis de la Chine. Le premier estime que cela représente 48 milliards de dollars annuellement et le second entre 5 et 12 millions d’emplois américains. Le principal vol de PI porterait sur les logiciels.
L’autre grief très important porté à l’encontre des autorités chinoises concernant la PI est le transfert « forcé » de celle-ci. En effet, la Chine a mis en place, pour ses procédures d’appels d’offres publics, une régulation qui impose non seulement une fabrication sur le territoire chinois mais aussi un transfert de propriété intellectuelle au profit de la Chine.
Pourquoi rester en Chine ?
Au regard de l’ensemble des critiques faites à la Chine une question légitime se pose : pourquoi continuer à vouloir s’implanter sur le marché Chinois ? Des élus, majoritairement républicains, mais aussi des entreprises, à l’image de Google, tentent de lutter contre cette situation en mettant des barrières légales pour les uns, en quittant le marché Chinois pour les autres.
Néanmoins, ce marché de 1,2 milliards de personnes, dont une classe moyenne estimée à 500 millions de chinois (soit l’équivalent du cumul de celle des USA et de l’Europe), ne peut être sous estimé et totalement abandonné dans le contexte actuel de crise économique et de forte concurrence entre les entreprises de haute technologie. Cette concurrence aboutit au fait que les entreprises n’arrivent pas à se protéger seules et concèdent des transferts de technologie très importants qui, de l’avis de certains experts, pourraient même aboutir à moyen ou long terme à les mettre en danger.
Une alliance US-UE-Japon et de réels moyens de défense
De l’avis unanime des intervenants, les entreprises ne peuvent pas être seules leaders en matière de protection de leur propriété intellectuelle vis-à-vis de la Chine. Les procès pour infraction aux lois internationales de protection de la propriété intellectuelle sont rares notamment à cause des rétorsions économiques que les autorités chinoises réservent aux entreprises plaignantes.
Pour le Sénateur Jeff Merkley « nous ne jouons pas avec les mêmes règles sociales et environnementales ». Néanmoins, comme Robert Atkinson, il estime que le commerce international est une bonne chose et que le repli sur soi ne serait pas une bonne solution, tout en refusant l’option classique qui consiste en un libre-échange censé être gagnant-gagnant. Leur proposition porte donc sur le renforcement d’un partenariat stratégique entre les USA, l’Europe et les autres économies de marché le souhaitant et d’une concertation quant à l’attitude à tenir face à la Chine, notamment afin de la « contraindre » à jouer plus fair-play dans le cadre du commerce international.
En conclusion, la question des relations avec la Chine peut donner lieu à de réelles opportunités pour le développement des relations américano-européennes. La question de la formation d’étudiants chinois par les universités américaines devient elle aussi de plus en plus sensible. Enfin, la principale crainte exprimée pour le futur est de voir les autres grands pays émergents adopter une position similaire ou une stratégie de repli sur soi, deux options considérées comme très dommageables pour les pays occidentaux.
Auteur : Jérôme Ferrand
Source : www.bulletins-electroniques.com
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