Au cœur de son atelier, installé depuis 1989 au Port du Rhin, le carrossier Hubert Haberbusch restaure les voitures d’exception comme un couturier habille les dames. Artisan d’art, il est aussi inventeur, et travaille depuis plus de deux ans à la création d’un « automobilier ».
Hubert Haberbusch est un fervent défenseur de l’artisanat. De son talent pour la carrosserie, il a su faire un art, reconnu en 2007 et 2012 par le label « entreprise du patrimoine vivant ». Son savoir-faire, il le transmet volontiers aux stagiaires et aux jeunes issus du compagnonnage qui viennent se former dans son entreprise. Avec eux, il multiplie les projets, en lien ou non avec l’automobile.
« C’est le rêve de tout carrossier de faire sa propre voiture »
Parmi la foule d’idées qui semblent lui traverser l’esprit en permanence, le maître tôlier en a retenu une, toute particulière : se lancer dans la création d’un nouveau prototype électrique. « C’est le rêve de tout carrossier de faire sa propre voiture » , sourit-il.

En feuilletant des archives au musée il y a deux ans, Hubert Haberbusch et son équipe sont tombés sur les esquisses de Gabriel Voisin. En 1923, ce fabricant d’automobiles de luxe avait imaginé une voiture aux formes arrondies et aux roues disposées en losange.
Le concept plaît au carrossier, qui s’en inspire et imagine un véhicule urbain où les passagers seraient assis dos à dos, pour gagner de la place. D’autres arrangements sont envisagés : un moteur électrique placé au centre de la voiture, et un volant à bascule, qui permettrait de changer de conducteur et de la déplacer dans un sens comme dans l’autre.
Ni tout à fait voiture, ni tout à fait mobilier
« En 2010, on a commencé à travailler sur ce projet avec un stagiaire de Créapole (NDLR : école supérieure des arts appliqués, à Paris). Nous étions encore dans l’optique de fabriquer une voiture et nous cherchions un design », explique Hubert Haberbusch. Mais difficile de concevoir un véhicule esthétique quand l’avant et l’arrière sont techniquement identiques. « Sur les premiers croquis, il ressemblait à un œuf de remonte-pente. Ça n’allait pas » , tranche l’artisan.
En 2012, il entend parler de l’appel à projet Tango, qui subventionne des programmes portés par deux entreprises aux compétences différentes. Avec l’aide de l’urbaniste Philippe Hautcour, le carrossier dépose alors un dossier de candidature où il présente un prototype un peu différent de celui imaginé au départ. « Au lieu de faire une voiture, l’idée est venue de réaliser un mobilier urbain qui se déplace et peut être à la fois un moyen de transport, un engin de livraison, une sculpture, ou une borne interactive avec un plan de la ville » , détaille Hubert Haberbusch, qui attribue à cette invention le nom d’« automobilier ».
En quête d’un partenaire pour la partie technique
L’engin mesurera à peu près la même taille qu’une Smart. Il pourra se conduire sans permis, car il ne dépassera pas les 30km/h en agglomération. « Comme on ne part plus sur l’idée de créer une voiture, on est beaucoup plus libre. » Mais la route est encore longue. « Toute la difficulté est de trouver un partenaire pour la partie technique. Nous sommes capables de faire la carrosserie. Il nous manque la motorisation. »
Pour trouver ce partenaire, l’artisan a misé sur une nouvelle association. Avec Lucas Matague, designer au sein de l’entreprise Shifta, il travaille actuellement à la réalisation d’une vidéo qui montrera l’évolution de l’automobilier et son usage dans la ville. « Le film sera terminé pour le mois de novembre. Il va permettre de promouvoir notre prototype », précise-t-il. Et va aussi relancer la réflexion de l’équipe sur le design de l’automobilier : « En travaillant avec cette deuxième entreprise, peut-être que nous arriverons à une forme approximative ». Si Hubert Haberbusch ne trouve pas son bonheur en France, il espère dénicher un partenaire en Chine, un pays avec lequel il a forgé des liens.
Mais tout projet a un coût. Plus de 100 000 euros jusqu’à aujourd’hui pour l’automobilier. « C’est l’entreprise qui investit. Cela nous prend du temps mais nous sommes sûrs de détenir une bonne idée. Et puis ça soude l’équipe. »
Des projets, l’artisan en a d’autres, se laissant guidé par un principe : « Il faut toujours avoir plusieurs fers au feu… »
Auteur : Hélène Bonnet
Source : www.lalsace.fr
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