Le navire imaginé par Guirec Daniel est révolutionnaire. L’administration française refuse de lui délivrer l’autorisation de rouler. Le concepteur, d’origine perrosienne, est dépité.

Entretien
Quel est votre projet ?
J’ai inventé un bateau amphibie routier de A à Z, je l’ai nommé TRINGAboat, en référence aux oiseaux. Il est amphibie puisqu’au retour de navigation, il sort de l’eau par ses propres moyens. Le bateau est routier, puisqu’il roule à 16 km/h jusqu’à un jardin, sans remorque ni véhicule pour le tracter.
Quels sont les avantages de votre TRINGAboat ?
Actuellement, l’ensemble des ports de plaisance bretons sont saturés. Pour les plaisanciers, le délai d’attente peut atteindre plusieurs dizaines d’années. Mon bateau est donc destiné aux plaisanciers confrontés à la pénurie de places de port, et résidant à quelques kilomètres d’un accès à l’eau. Il offre également une esthétique et un confort égal à celles des bateaux conventionnels.
Cette innovation majeure est aussi respectueuse de l’environnement. Sa mise à l’eau ne nécessite pas la présence de tracteurs et de remorques garés en haut de l’estran. Malheureusement, mon bateau a peu de chance de voir le jour en France.
Pourquoi, qu’est-ce qui coince ?
La réglementation actuelle ne permet pas à mes véhicules d’emprunter la route. Ses caractéristiques propres (sa longueur : c’est un tricycle) l’empêchent de correspondre aux catégories existantes de véhicules routiers, alors même qu’il est doté de tous les équipements de sécurité réglementaires (feux avant et arrière, ceinture de sécurité, rétroviseur, plaque minéralogique…). Cependant, compte tenu de l’exemplarité de mon projet, j’avais bon espoir que les administrations acceptent d’innover réglementairement, en autorisant un tel véhicule à emprunter la route. C’est une situation ubuesque.
Y a t-il des personnes intéressées par votre projet ?
Oui, absolument. Par exemple, au dernier salon du nautisme qui s’est tenu en décembre à Paris, mon stand a été très apprécié. J’ai reçu de nombreuses remarques positives de la part des visiteurs. Tous mettaient en avant le caractère révolutionnaire de mon invention. Des Russes, des Américains étaient captivés par mon projet, car il propose un réel changement dans la pratique du nautisme.
Selon vous, « la France tue l’innovation ». Pouvez-vous vous expliquer ?
Les politiques publiques soutiennent les entreprises innovantes. Cela fait maintenant deux ans et demi que je me bats contre l’administration française. J’ai contacté le ministère des transports, de l’intérieur, du redressement productif et même le Premier ministre. Je n’ai reçu aucune réponse positive, ni même de refus motivé.
Les entrepreneurs sont légitimes à demander à l’administration française d’être exemplaire en matière de patriotisme économique. Selon moi, cette attitude peut notamment expliquer le taux de chômage persistant en France. Une fois le TRINGAboat homologué, je projette de construire une cinquantaine de bateaux par an. Avec cette activité, je souhaite créer une centaine d’emplois au niveau local.
Et maintenant, que comptez-vous faire ?
Maintenant, je vais vendre mes brevets. J’effectue des démarches en ce moment même en Amérique, au Texas notamment. Au final, mon projet va favoriser les entreprises étrangères. Quel gâchis.
Vidéo à voir sur www.tringaboat.fr
Auteur : Jérémy RATTIER
Source : www.ouest-france.fr
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