Prototypage Rapide

Comment l’impression 3D va révolutionner les marchés industriels


Parmi les grandes innovations qui font l’objet de toutes les attentions lors des salons internationaux, l’impression 3D est probablement celle qui va bouleverser le plus profondément le monde industriel.

Alors qu’il existe déjà des modèles d’imprimante 3D accessibles à moins de 1.000 euros, il n’est pas difficile d’anticiper l’explosion, à moyen terme, des modèles et la disponibilité de gammes de plus en plus larges, pour des usages des plus basiques jusqu’aux plus complexes.

Sans volonté d’exhaustivité, que peut-on entrevoir comme usages nouveaux et, surtout, comme conséquences sur le monde industriel ? De la transformation plus ou moins profonde de certains secteurs d’activité à la naissance de nouveaux marchés à part entière, l’impression 3D va créer des opportunités immenses. Mais également de nouveaux risques et enjeux à gérer.

Vers le consommateur assembleur

Si l’on tente de porter notre regard à moyen terme, deux temps peuvent se dessiner. Au cours du premier – qui a déjà commencé -, les imprimantes 3D vont être de plus en plus largement utilisées par les industriels pour certaines opérations telles que le prototypage, la fabrication de pièces uniques ou de petites séries, la personnalisation, etc. Les consommateurs, de leur côté, vont commencer à fabriquer eux-mêmes certains objets simples, composés d’une seule matière ou d’un nombre limité de matières.

Dans un second temps, l’impression 3D sera adaptée à la production de grandes séries, qu’il s’agisse de produits simples ou complexes, exigeant des procédés de fabrication avancés et/ou l’emploi de matières et composants complexes. Les imprimantes 3D, de plus en plus sophistiquées, équiperont des usines de nouvelle génération qui pourront produire à grande échelle, plus facilement et plus rapidement. Les particuliers, quant à eux, s’attaqueront à la fabrication d’objets un peu plus complexes, à la personnalisation de certains biens de consommation et à la fabrication automatisée de certains consommables. Quelles seront les conséquences sur l’industrie manufacturière et le secteur tertiaire ? L’un des premiers et principaux domaines concernés va sans aucun doute être celui de la logistique, qui va glisser progressivement vers deux marchés centraux » : la logistique des matières premières et la logistique des composants et sous-ensembles. Le premier marché est aisé à comprendre, et la logistique des « cartouches » de matière première – en lieu et place des cartouches d’encre – devrait être immense, adressant aussi bien les besoins des industriels que ceux des consommateurs finaux.

Le second marché trouve un excellent indice dans une annonce récente de Google : celle du projet de smartphone Ara. Ce futur smartphone sera entièrement personnalisable et renouvelable par le consommateur lui-même, depuis la coque externe jusqu’au processeur et au moindre composant. À la clé, une idée maîtresse » : proposer une plateforme de smartphone low cost, extrêmement évolutive et diversifiable. Plus besoin de racheter un smartphone neuf pour disposer de capacités plus élevées ou simplement d’un nouveau look!; il suffit de changer certains composants, selon que l’on souhaite faire évoluer son esthétique, ses fonctions, ou les deux. Mais, derrière cette volonté louable de freiner le cycle de renouvellement des appareils, on devine que peu à peu les consommateurs vont devenir des assembleurs. Des assembleurs capables de reconstituer des objets complexes (dans leur composition ou leurs fonctions). Ils fabriqueront eux-mêmes une partie des composants de ces objets -« les plus simples »- et voudront se faire livrer les plus complexes. Cette logistique des sous-ensembles et composants devrait ainsi devenir centrale. Pour les fabricants industriels, la généralisation des imprimantes 3D dans les procédés de fabrication va se traduire par de nombreux bouleversements. Cette généralisation devrait tout d’abord ouvrir l’ère de la véritable fabrication à la commande. Avec, pour corollaire, un bouleversement profond de la manière de gérer les stocks, qui devrait concerner de moins en moins de produits finis.

Parallèlement, la propagation des imprimantes 3D va créer de nouveaux marchés. L’un des principaux devrait être le marché des fichiers CAO (conception assistée par ordinateur) à télécharger. Pour quiconque, c’est une chose de posséder une imprimante 3D, c’en est une autre de disposer des fichiers contenant les instructions nécessaires à la fabrication des objets. Ainsi, pour les industriels, c’est un tout nouveau marché qui va naître ; celui de la commercialisation de leur propriété intellectuelle en tant que telle. Il est même possible d’imaginer la naissance de start-up uniquement spécialisées dans la conception de fichiers pour imprimantes 3D. Un peu à l’image de ces start-up qui font fortune grâce aux jeux pour tablettes et smartphones, il y a fort à parier que des start-up connaîtront la même fortune grâce au développement de programmes d’impression 3D qui deviendront des succès internationaux. Et, bien sûr, les App Stores ne manqueront pas de jouer un rôle central pour commercialiser ces programmes.

Possibilités immenses et… risques nouveaux

Le monde de l’impression 3D n’est pas qu’un monde merveilleux et enthousiasmant. L’un des premiers risques est la contrefaçon et la violation de la propriété intellectuelle. Tout comme les douanes, les services de répression des fraudes et les entreprises privées luttent quotidiennement contre le trafic d’objets contrefaits, il faudra demain contrôler le trafic des fichiers d’impression 3D contrefaits. Avec toute la difficulté inhérente au contrôle des échanges dématérialisés.

Un autre risque est celui lié à la qualité des produits. Les objets et les biens fabriqués par les industriels répondent naturellement à des règles et des normes strictes de qualité. Qu’en sera-t-il demain des objets fabriqués – ou assemblés – directement par les consommateurs, à la maison ? Il est déjà parfois difficile de contrôler des entreprises ; on peut imaginer le casse-tête que représenterait le contrôle des individus apprentis industriels.

Enfin, la généralisation des imprimantes 3D peut virtuellement représenter une menace pour certains métiers. Si, demain, il est possible de fabriquer des pièces grâce à une imprimante 3D, cela va-t-il remettre en question l’existence, par exemple, des sous-traitants qui travaillent la matière (usinage, tournage, emboutissage, traitement de surface, etc.) ? Il n’est pas exclu de l’envisager, avec toutes les conséquences négatives que cela peut impliquer. Il pourrait en être de même pour les entreprises fabriquant des objets simples et faciles à reproduire ou imiter : ces entreprises risquent fort de voir leurs carnets de commandes chuter avec le développement de l’impression 3D. Va-t-on assister à un nivellement industriel par le haut, où ne subsisteraient que les entreprises innovantes et celles maîtrisant des procédés de fabrication particulièrement complexes ? L’impression 3D est-elle une innovation destructrice, au sens des grappes d’innovation de Schumpeter ?

Dans tous les cas, les imprimantes 3D vont bouleverser, pour ne pas dire révolutionner, le monde industriel et la manière de consommer. Procédés de fabrication, logistique, distribution, savoir-faire, propriété intellectuelle… c’est toute la chaîne et ses différentes étapes qui seront impactées. En matière d’anticipation et de gestion – de la production, des stocks, de la logistique, etc. -, c’est un chantier sans précédent qui attend les industriels et leurs partenaires. Et, à ce titre, il n’est sans doute pas exagéré de parler de nouvelle révolution industrielle.

Auteur : Amor Bakrar

Source : www.latribune.fr

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