L’OVNI du lundi, épisode 8


Un morceau de musique qui trotte dans la tête et n’en sort plus quoi qu’on fasse, voilà de quoi vous agacer quelques heures, voire quelques jours. Mais guère plus. Comment faire pour que cette musique vous pourrisse la vie… à vie? Un Californien a trouvé la solution et l’a brevetée !

**** L‘OVNI du lundi, épisode 8 : le tatouage sonore ****

Il suffisait d’y penser : enregistrez un extrait audio, imprimez-le sur un décalcomanie, transférez-le sur la peau, tatouez en suivant soigneusement le tracé, prenez votre smartphone et scannez avec ce dernier l’image du tatouage. Miracle, on entend le petit extrait audio ! On re-scanne, on ré-entend. On re-scanne, on ré-entend. On re-scanne, on ré-entend. On re-scanne, on ré-entend. On re-scanne, on ré-entend. On re-scanne, on ré-entend. On re-scanne, on ré-entend. Ben oui, je vous ai prévenus, c’est à vie…

tatouage

Cette idée, qu’il aurait été dommage de rater pour notre rendez-vous du lundi, est à mettre au crédit d’un tatoueur de Los Angeles, Nate Siggard. Il a déposé une demande de brevet pour sa technique baptisée « Soundwave Tattoo » et il a fondé pour l’occasion une entreprise nommée « Skin Motion ». On apprend sur le site de l’entreprise qu’il cherche à fonder tout un réseau de tatoueurs agréés. Et surtout, la vidéo qu’il a postée sur Facebook a été vue environ 15 millions de fois et lui a valu plusieurs milliers de messages de personnes intéressées.

Diantre ! Voyons vite de plus près la chose :

Voilà donc ce qui déclenche tout ce buzz et ces échos élogieux dans la presse féminine. « Rouge framboise » y voit un « mélange impressionnant, voire même bluffant, qui combine l’art et la technologie » et « Glamour » déclare qu’il s’agit d’une « Innovation sans précédant » ( oui, la faute d’orthographe est d’origine, on ne peut pas être bons dans tous les domaines à la fois ! ). Nul doute que ce verdict, posé par un journal d’investigation de ce niveau, est le fruit d’une recherche d’antériorité minutieuse.

Les lecteurs de ce blogs ayant, eux, une certaine culture technique, sont probablement en train de grommeler que ça ne peut pas marcher. Il suffit d’avoir regardé de près le sillon d’un disque vinyle pour deviner que ces scarifications empâtées ne permettront certainement pas d’entendre un signal compréhensible. Ils ont parfaitement raison mais en fait il y a une astuce et la voici. Attention, grosse exclu pour Invention-Europe car (étrangement) les journaux de mode n’ont pas détaillé ce point dans leur analyse.

Contrairement à ce que le nom « Soundwave Tattoos » évoque, ce n’est pas du tout le signal audio qui est tatoué mais une enveloppe sonore. Et cette enveloppe sonore, une fois reconnue par l’application, sert d’identifiant pour aller chercher dans une base de donnée hébergée par l’entreprise l’extrait audio qui y est associé. En d’autres termes, rien n’empêche d’associer un extrait audio avec une enveloppe sonore qui n’aurait rien à voir. Il semblerait même que ce soit systématiquement le cas car c’est ce qui permet que les tatouages soient suffisamment distinguables les uns des autres. Donc effectivement, ça marche, sauf que ça aurait marché exactement de la même façon si au lieu de cette prétendue « soundwave » on avait tatoué une tête de hibou, un QRcode ou sa liste de courses.

Et c’est là que notre ami tatoueur est malin. Parce que le tatouage ne permettant absolument pas de reconstituer l’extrait audio qu’on pensait y mettre (à vie…), son porteur dépendra toujours de l’entreprise « Skin Motion » pour pouvoir y accéder. Que celle-ci change de politique commerciale, perde une partie de ses bases de données ou cesse son activité et le « Soundwave Tattoo » redeviendra ce qu’il était, un gribouillis sans aucune valeur esthétique mais qui en plus n’aura aucune signification.

tatouage 2

Quand les opérateurs téléphoniques se donnent autant de peine pour garder un client captif pendant 12 ou 24 mois, il faut admettre que cette méthode pour garder prisonnier un client à vie méritait largement un dépôt de brevet. Antériorisé par le marquage au fer rouge des esclaves sur les galères, c’est vrai, mais pas entièrement (on mettra ça en catégorie Y dans le RRP) car les esclaves ne payaient pas un centime… Ca nous éloigne un peu du storytelling attendrissant que nous vend le tatoueur (c’est sa petite amie qui lui a inspiré sans le savoir cette idée, il s’est ensuite fait tatouer les gazouillements de leur bébé et la voix de sa fiancée qui dit « je t’aime », etc.) et qui semble faire son effet.

Car tout ce buzz finit par fonctionner. La commercialisation n’est pas encore ouverte (elle est prévue pour ce mois-ci, juin 2017) mais des milliers de clients se sont déjà inscrits sur une liste d’attente mise en place sur le site (https://skinmotion.com/soundwave-tattoos/). On ne va pas les plaindre, ils n’avaient qu’à s’abonner plutôt au nôtre !

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