De 0 à 20% du marché
Une peau bleue, framboise, prune, orange, jaune ou noire, pour les plus professionnels. Une gueule entièrement striée, qui ne lâchera pas sa proie : le plat brûlant à extraire du four. Une arête dorsale saillante comme protection arrière.
Le gant Orka porte bien son nom. Entre animal familier » il ne détonnera pas dans la cuisine » et prédateur : depuis sa mise sur le marché en 2001, la moufle de protection aurait englouti de 15 à 20% de son marché.
« Tout dans le produit est utile, souligne Mathieu Lion, fondateur de Mastrad, le concepteur d’ustensiles de cuisine. La circulation d’air, le grip, la rainure externe, pour protéger le dos de la main des résistances du four ! Notre design est fonctionnel, et c’est pour cela que ça marche. »
Fier de son statut d’inventeur, Mathieu Lion n’aurait pu créer son entreprise sans l’aide d’un designer.
« Je vois d’abord le pratique, j’invente, mais j’ai besoin de quelqu’un pour formaliser mes idées, en faire des produits ergonomiques et plaisants à l’œil. »
Seul un designer pouvait répondre à ses attentes. Rencontré par hasard aux États-Unis, Lucas Bignon, fondateur de l’agence Luka Design, devient donc en 1993 un partenaire de référence.
Avec lui, Mathieu Lion travaille l’ensemble de ses inventions.
« Nous faisons beaucoup de brainstorming, nous essayons de ne pas aller dans la même direction que les autres », souligne Lucas Bignon.
Pour la moufle, Mathieu n’était pas satisfait de l’offre du marché. Comme l’entreprise s’était développée avec des produits en silicone, l’idée de se servir de ce matériau a rapidement germé.
« Le design devait en être fonctionnel avant tout, et facile à produire; c’est là que se font les marges », souligne Mathieu Lion.
Et plus les marges sont confortables, plus la créativité peut avoir de la place. Une idée largement partagée par Lucas Bignon, qui enrage contre le design vu comme un outil de promotion.
« Le métier de designer, c’est apporter plus de cohérence à l’objet, mais aussi faire en sorte qu’il soit plus facile à fabriquer. »
Une logique utilisée comme moteur pour Mastrad, qui sous-traite sa production depuis sa création en 1994. Les produits, eux, restent plutôt chers (25 euros la moufle). Il ne faut donc pas décevoir le consommateur.
« Nos objets doivent être simples, ergonomiques, ludiques aussi », insiste Mathieu Lion, qui travaille sans cesse à de nouveaux prototypes. Et cela marche plutôt bien. De zéro, l’entreprise est passée à plus de 12 millions d’euros de chiffre d’affaires l’année dernière.
Auteur : Soizic Briand
Source : lemagchallenges.nouvelobs.com
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