Histoires et Passés

Münster invente les guides illustrés


A la fois physicien, théologien et grammairien, Sebastian Münster, né en 1489 à Ingelheim (Allemagne) et mort de la peste à Bâle (Suisse), le 23 mai 1552, est l’auteur d’une œuvre multiforme qui englobe à la fois des commentaires bibliques, des essais philosophiques, un principe de grammaire hébraïque et un traité de mathématique. Mais s’il est aujourd’hui passé à la postérité, c’est avant tout comme l’inventeur du premier guide illustré.

Rien ne le prédispose pourtant à marquer ainsi l’histoire du tourisme. De fait, c’est à la vie monastique que Sebastian Münster se destine à l’origine. Une orientation que sa rencontre avec les écrits de Luther, alors qu’il est novice chez les cordeliers, contrarie au point de le pousser à se convertir au protestantisme. Oubliant ses aspirations religieuses, cet amateur de géographie se passionne très vite pour la cartographie, qui se perfectionne à l’époque grâce aux grands explorateurs. A l’université de Heidelberg, où, depuis 1529, il est en charge de la chaire de théologie, il consacre tout son temps à cet art mystérieux qui consiste à représenter le monde sur un rouleau de parchemin.

Au sein du scriptorium de cette université il apprend, dix ans durant, à graver des cartes. Münster se révèle vite si doué dans le domaine de la topographie qu’on le surnomme localement le Strabon allemand, en souvenir de ce géographe grec des débuts de l’ère chrétienne. Mais sa renommée dépasse rapidement les frontières. Notamment grâce à la série de gravures qu’il réalise pour illustrer la Géographie de Ptolémée en 1540. Le succès de l’ouvrage conduit son éditeur à le réimprimer quatre fois.

Le talent de Münster est indéniable et ses trouvailles, pour le moins originales. Il montre le continent européen sous les traits d’une femme : la péninsule Ibérique constitue sa tête ; l’Italie et le Danemark, ses bras ; la Russie, le bas de sa robe.

C’est en s’attaquant à la cartographie des principales villes européennes que le géographe va véritablement se révéler. Les représentations en vues aériennes qu’il consacre à la plupart des grandes cités (à commencer par Istanbul, Blois et Tours) depuis 1520 sont assurément des chefs-d’œuvre. Leur publication, en 1541, dans ce qui s’intitule la Cosmographie universelle va faire date. A mi-chemin entre l’encyclopédie et l’atlas, son ouvrage traite, en effet, de la planète entière ; ou du moins, des contrées connues à l’époque. Il « contient la situation de toutes les parties du monde, avec leurs propriétés et appartenances », précise la préface de l’époque, signée par un certain Roissy. Comprenez : « La description des pays et régions d’icelluy, la grande variété et les diverses natures de la terre, le vrai portrait des animaux étranges et inconnus, avec le naturel d’iceux. »

Constitué de cinq parties – dont trois sont consacrées à l’Europe, une à l’Afrique, une à l’Asie -, ce livre se présente d’une certaine manière comme le premier guide de voyage moderne. Y figurent, de fait, nombre d’informations utiles pour les pèlerins et commerçants en déplacement sur « les figures et portraits des villes les plus notables, l’origine, l’accroissement et transport des royaumes, l’ensemble des coutumes, lois, religions, faits et changements de toutes les nations, avec les généalogies des rois, ducs et autres princes de toute la terre ».

Montaigne, qui le considère comme un ouvrage de référence, n’envisage aucun déplacement sans lui. Il regrette ainsi dans son Journal de voyage – qu’il compose lors d’un long périple en Allemagne, en Autriche et en Italie – qu’il n’y ait pas plus « de livres qui puissent avertir des choses rares et remarquables de chaque lieu comme le Münster ». Et des générations de voyageurs l’ont emporté avec eux.

Traduite en cinq langues (dont le français en 1552), cette Cosmographie est l’un des best-sellers des XVIe et XVIIe siècles. Un succès que Valentin Dufour justifie dans la préface de sa réédition de 1883 par le fait que « Münster s’est entouré de toutes les précautions qui pouvaient assurer à son livre exactitude et authenticité ». Si l’auteur ne semble pas avoir visité l’ensemble des pays cités, il a du moins compulsé une abondante documentation. « Ainsi, à défaut de livres imprimés dont il s’est servi, comme de celui de Corrozet pour Paris, on le voit demander – et recevoir – de Bonnivard des documents pour l’histoire de Genève, comme aussi se plaindre que les magistrats de Lyon lui ont refusé communication de notes et surtout d’un plan de leur ville, procédé qu’il trouve, de fait, peu aimable de leur part », note Valentin Dufour.

A dire vrai, le livre de Sebastian Münster fourmille d’erreurs. S’il s’illustre, c’est plutôt par ses nombreuses gravures sur bois figurant des « portraitures » des villes et monuments les plus emblématiques de la plupart des cités décrites. Plus que les informations, parfois farfelues, qui y figurent, ce sont ces estampes qui font de ce guide un instrument utile aux voyageurs de l’époque. Cet ouvrage comporte en effet près de 400 cartes, notamment l’une des plus anciennes représentations topographiques connues de Paris. Des vues aériennes qui s’affranchissent parfois de la réalité objective (qu’il s’agisse des proportions ou des détails architecturaux) mais qui offrent un aperçu de la distribution des principales rues des villes évoquées. L’ancêtre de nos cartes routières, en quelque sorte.

Source : www.historia.presse.fr

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