Âgé de 60 ans, préretraité, Félix (nom fictif) est musicien percussionniste et organisateur d’événements musicaux.
Il a conçu un engin qui pourrait aider les gens à faire leur épicerie et à porter leurs paquets et voudrait le mettre en marché.
«De nombreuses personnes n’ont pas d’auto et doivent aller faire leur marché à pied. J’ai donc imaginé un objet et trouvé la compagnie qui pourrait le fabriquer. J’y crois profondément. Je l’ai fait essayer à des amis et ils ont beaucoup aimé l’idée et le concept», dit-il.
Cependant, il ne connaît rien à la mise en marché d’un produit et craint que le brevetage de son idée ne lui coûte une fortune.
«Je dois faire protéger mon idée avant de l’envoyer quelque part. Pour que cela me coûte moins cher, je pourrais peut-être prendre une photo de mon appareil et me l’envoyer par lettre enregistrée à mon domicile», dit-il.
En fait, il ne sait pas non plus combien il devrait payer le fabricant, soit Ross and Doel-Industrial Design and Brand Development, pour la recherche et le développement de son concept.
Ses revenus atteignent environ 1 000$ par mois et il doit assumer un loyer de 400$ par mois. Ses autres dépenses totalisent environ 300 à 400$ par mois. Il n’a donc pas beaucoup de marge de manœuvre pour économiser des sous.
Il songe cependant à s’adresser à un ami bien nanti pour lui demander un soutien financier.
Pour solutionner son problème, il a demandé à M. Denis Therrien, directeur de la succursale Saint-Léonard de la Banque de développement du Canada (BDC), de lui indiquer comment réaliser son projet.
Deux choix s’offrent à Félix, selon M. Therrien.
Le premier consiste à vendre son idée à une entreprise qui aura les moyens financiers de la développer et de la commercialiser. S’il choisit cette avenue, les risques financiers de Félix seraient plus minces, mais ses possibilités de profits seraient également plus limitées. Il serait alors considéré comme «inventeur».
La deuxième option consiste à s’engager dans une démarche entrepreneuriale où il possédera sa propre entreprise qui développera et commercialisera son produit. Félix serait alors «entrepreneur». C’est sur cette possibilité que nous nous pencherons.
«Malgré ses ressources financières limitées, Félix a eu le bon réflexe en fabriquant un prototype de son produit et en le faisant tester par des amis et connaissances. C’est souvent à cette étape qu’un entrepreneur peut se rendre compte que ce qui semblait être une bonne idée n’est pas très fonctionnel en pratique», souligne Denis Therrien, Félix est tenté de faire breveter son invention pour empêcher la copie ou la fraude. Cependant, les coûts liés au brevetage sur le territoire canadien, un service offert par l’Office de la propriété intellectuelle du Canada, sont importants.
Après la présentation d’un dossier étoffé démontrant l’innovation technologique du projet et sa faisabilité, il faut compter de 5 000$ à 10 000$ et une période allant de 18 mois à trois ans pour obtenir un verdict.
«L’idée de faire breveter une invention n’est pas mauvaise en soi. Mais même après l’obtention d’un brevet, il faut être en mesure de défendre ses droits devant les tribunaux en cas de violation. Devant la charge de travail et les difficultés inhérentes au brevetage, beaucoup d’inventeurs choisissent plutôt de faire affaire avec une entreprise de design industriel», précise M. Therrien.
Sous-traitance
Félix pourrait donc sous-traiter le développement de son concept à une entreprise externe, en concluant une entente de confidentialité.
L’inventeur pourrait même se tourner vers des écoles de design industriel, telles que l’Université de Montréal et le Cegep du Vieux-Montréal, où les étudiants sont friands de projets du genre. Évidemment, les firmes bien établies s’attendront à être payées en retour. Compte tenu de ses ressources monétaires limitées, Félix pourrait négocier plusieurs modes de rémunération avec le sous-traitant, tels un montant forfaitaire, des redevances sur les ventes futures, ou même une participation du sous-traitant dans le capital actions de son entreprise, s’il décide de mettre lui-même en marché son produit.
À cette étape, Félix devrait prendre le temps de rédiger un plan d’affaires, ce qui lui permettra de déterminer s’il devrait aller de l’avant ou non. Par exemple, le produit répond-il à un réel besoin ? Si oui, ce besoin est-il partagé par suffisamment de personnes pour justifier la vente du produit et sa viabilité commerciale ? Ce besoin est-il déjà comblé, même partiellement, par un produit similaire et donc concurrent ?
Plusieurs organismes proposent des modèles de plan d’affaires disponibles gratuitement sur leur site Internet, la Banque de développement du Canada notamment. Les Centres locaux de développement (CLD) ou les Sociétés d’aide au développement des collectivités (SADC) à l’extérieur de Montréal, de même que les chambres de commerce locales peuvent aussi apporter à Félix un soutien technique et professionnel.«Il ne faut pas craindre de présenter son plan à ses amis et collègues pour obtenir leurs opinions et commentaires», recommande M. Therrien. Capital de risque.
Le plan d’affaires représente aussi l’outil qui permettra au banquier ou à l’investisseur de bien comprendre le projet de l’entrepreneur et ses implications financières.«Étant donné le peu d’argent dont dispose Félix, il devra éventuellement avoir recours à du financement et du capital de risque s’il veut voir son projet se réaliser. C’est avec son plan d’affaires qu’il pourra intéresser les bailleurs de fonds», souligne M. Therrien.
C’est d’ailleurs la prochaine étape que lui conseille de franchir Denis Therrien. L’absence ou l’insuffisance de capital viendra, tôt ou tard, mettre un frein au projet de Félix malgré la qualité de celui-ci ou les efforts qu’il y aura investis.
Lorsque le projet sera suffisamment élaboré et que le promoteur aura rassemblé les fonds à sa portée, la BDC pourrait s’impliquer dans le financement du projet, conjointement avec les CLD, SADC et les institutions bancaires intéressées.
Auteur : Sylvie Dugas (Le Journal de Montréal)
Source : argent.canoe.com
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