Le Salon des inventions bat son plein à Palexpo. En 2001, Vincent Perosino y avait obtenu une médaille d’or. Malgré l’obtention d’un brevet, il n’a jamais pu commercialiser son produit.
En 2001, Vincent Perosino gagne une médaille d’or au Salon international des inventions de Genève. Huit ans plus tard, à peine plus que le temps de la réflexion, il croit toujours à sa trouvaille, «un appareil qui permettra de sauver des vies», précise-t-il. Mais qu’en reste-t-il réellement ? Deux prototypes, la fameuse médaille ainsi qu’une coupe et un diplôme rédigé en caractères cyrilliques. Un prix spécial, «décerné par le ministère russe pour les Situations d’urgence», relève ce Meyrinois de 35 ans.

Une coupe, deux prototypes, un diplôme rédigé en caractères cyrilliques : voilà ce qui reste de l’appareil imaginé par Vincent Perosino. Le Meyrinois avait pourtant remporté la médaille d’or à Genève en 2001, mais il n’a jamais réussi à commercialiser son invention.
Vincent n’a donc pas fait fortune. Et son parcours s’apparente à celui de bien des inventeurs, dont l’idée, aussi géniale qu’elle fut, n’a jamais été commercialisée. La sienne ? «Un appareil qui localise son porteur lors d’un accident, d’une perte de conscience, d’une avalanche ou d’une noyade par exemple. Son originalité ? Il renseigne les secours sur l’état de santé de son possesseur et il se déclenche automatiquement.»
L’idée lui vient d’abord à la mort de son père. Pourquoi, se dit-il, une personne meurt seule alors qu’on pourrait la sauver si, même inconsciente, elle porte le fameux appareil qu’il imagine ? Puis lui reviennent les images de deux copains d’école : «A l’époque, j’avais 7 ou 8 ans. Ils sont morts noyés quand la voiture de leurs parents a coulé. Un douanier, qui a plongé, a pu sauver leur père. Les corps des victimes, eux, ont été retrouvés un an plus tard. Avec mon appareil, on aurait peut-être pu les localiser immédiatement et les sauver.»
Multipliant croquis et essais, Vincent comprend très vite : pour qu’elle ait une chance de voir le jour, il faut miniaturiser son invention, baptisée «transmetteur de dysfonctionnement vital». «L’idéal serait de la produire sous la forme d’une montre-bracelet», imagine-t-il.
Seulement voilà. Des prototypes, d’abord un gros boîtier puis un plus petit, à la miniaturisation, il y a un monde. Auquel l’inventeur n’a pu accéder. Il est pourtant fou d’électronique depuis son plus jeune âge, avant d’en faire son métier. «Enfant, je fouinais dans les décharges, démontant des pièces de TV ou de radio. Je fabriquais des alarmes. Il y en avait partout dans ma chambre.»
Dans les années 90, il crée une première invention, en partenariat avec un moniteur d’auto-école : un détecteur de réaction motrice. L’appareil est intéressant. Mais Vincent tombe dans le piège classique : «J’ai été mal conseillé par un investisseur roumain. Il a fini par faire faillite, non sans avoir transmis des données à d’autres qui m’ont copié. Du coup, mes partenaires commerciaux m’ont lâché», affirme-t-il.
Dans son esprit se glisse alors la célèbre peur de l’inventeur. «C’est vrai, on craint tous que notre idée soit volée, copiée par un autre. Cette peur est à tout moment présente.» Alors il travaille seul à sa deuxième invention. «J’étais temporaire, mais je refusais des boulots pour pouvoir y travailler, se souvient-il. J’y consacrais tout mon temps. L’invention, c’est un virus : quand ça vous prend !»
Il n’y a pas que le temps qui vient à manquer. Son porte-monnaie est lui aussi malmené. «Toutes mes économies y sont passées, avoue-t-il. C’est difficile à chiffrer, mais il faut compter plusieurs dizaines de milliers de francs entre l’obtention des brevets, la fabrication des prototypes et les nombreux rendez-vous à honorer.»
Quand il décroche sa médaille d’or en 2001, il pense avoir fait le plus dur. «Je ne vous dis pas le nombre de cartes de visite que j’ai récoltées durant le salon! Mais bien que rendez-vous et invitations se soient multipliés, y compris chez de grands horlogers, je n’ai rien obtenu. Je suis un technicien, moi, je ne sais pas bien me vendre. Une seule fois, on m’a proposé le rachat de mon brevet, pour 25 000 francs. Mais mon concept est génial, multi-usages, il vaut beaucoup plus !»
Aujourd’hui, faute d’avoir pu payer les annuités permettant de prolonger son brevet, l’invention de Vincent est tombée dans le domaine public. Son inventeur n’est pas amer pour autant : «J’ai ramé, oui, et j’ai vite compris que je ne ferais pas fortune. Mais ça bouillonne toujours dans ma tête. Si j’apporte des modifications.»
Le Meyrinois y croit encore, c’est sûr. «Cette montre, c’est le travail de toute une vie, confie-t-il. Mais ce qui m’importe, c’est qu’un jour, moi-même ou un autre puisse la réaliser. Parce qu’elle sauvera des vies et c’est ce qui compte le plus à mes yeux. Et si, de surcroît, on se souvient de moi comme étant l’initiateur du produit, alors ce sera merveilleux.»
Auteur : XAVIER LAFARGUE
Source : www.tdg.ch
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j’ai rencontré vincent hier. C’était une belle rencontre. J’aimerais pouvoir le contacter… mais je n’ai pas son no de téléphone, ni rien d’autre…. voulez-vous m’aider?
Jocelyne Gunzinger
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