Hakim Nacer a fondé la société Biopharme, autour d’une invention par deux fois priméeHakim Nacer est le type d’homme pouvant perdre 28 kg, parce qu’il a décidé de reprendre le cyclisme et de gagner sa catégorie au Grand Prix de Martignargues, quatre mois après, pour l’Ascension.
Le monsieur dort peu, récupère vite, possède un cœur ne dépassant pas 46 pulsations à la minute, travaille beaucoup. Mais pour le camper, c’est au caractère qu’il faut en référer, trempé dans une dynastie d’industriels de la filature en Alsace et l’austérité d’une jeunesse de coureur cycliste. La première imposa « de se prendre en charge, se débrouiller, faire ses preuves » ; la seconde a forgé sa confiance en lui, qu’il conduisit jusqu’au professionnalisme, espoir chez « Z », jeune pro dans une équipe italienne, avant de renoncer.
Il en dit : « Ce qui fait mon énergie, ma motivation, c’est le sport de haut niveau. » Diplôme d’école de commerce et MBA d’une université américaine en main, Hakim Nacer dut pourtant faire autre chose et comme dans la famille « on a trop d’idées pour travailler pour quelqu’un » , que faire sinon bâtir son affaire. Il en fondera quatre, confection, négoce, vente par correspondance jusqu’à celle qui nous occupe et lui vaut de frais lauriers. En 2006, ce quadragénaire, enfant d’une famille de Kabylie en France depuis plusieurs générations, a fondé Biopharme. Entre quatre murs dans le jardin de sa villa, à Grabels, au bout de huit ans d’efforts, de prototypes, de réveil à 2 h du matin pour tester l’idée survenue dans son sommeil, de salons à ausculter le marché.
Il a inventé une sorte de coton tige creux, qui contient la solution que l’on désire appliquer sur la peau, la plaie. Simple : on brise la tête, le liquide imprègne le coton, la seule dose nécessaire, sans saleté, gaspillage ni maladresse.
Une évidence protégée par une vingtaine de brevets, monde compris, parce que de discussions à bâton rompu avec les pharmaciens et médecins de la famille, il s’avérait qu’ils se mettaient de « l’éosine ou de l’antiseptique partout » , en soignant leurs patients.
Dans le petit bureau qui voisine toujours avec sa maison, malgré l’usine créée voici un an à Euromédecine, il conserve dans un modeste carton la trace de ses tentatives, tandis que des présentoirs de pharmacie exposent ses produits.
Il a fallu résoudre les questions techniques. Puis trouver les formulations et parfois en faire développer par des laboratoires ; concevoir l’outil de production, trouver des fonds en s’affranchissant du désintérêt de « la Région et la CCI » pour le projet. Oséo suivit l’entrepreneur, qui avoue, euphémisme, être « un petit peu endetté… » Ce ne fut pas vain.
Après trois mois de mise en marché, Biopharme avait réalisé 400 000 € de chiffre d’affaires grâce à son Clic & Go innovant. Cet applicateur existe pour le traitement des aphtes, des boutons de fièvre, des verrues, soigner une plaie, désinfecter, appliquer une colle de suture ; Hakim Nacer a conçu une gamme cosmétique, vétérinaire, dentaire, prépare des produits en podologie et « le potentiel est considérable. On est sur la piste et c’est un Boeing qui est au décollage. » L’homme est ambitieux, il « n’a pas le choix » , juge-t-il. Les faits semblent lui donner raison : il vient de rafler coup sur coup un prix d’innovation décerné par les pharmaciens, via une revue professionnelle, et celui du salon Pharmagora – le principal en France – dans le même registre.
Auteur : Olivier LE NY
Source : www.midilibre.com
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