Histoires et Passés

Clément Ader fut, aussi, l’inventeur de la stéréo


Certains hommes possèdent plusieurs casquettes. Inventeur iconoclaste, Clément Ader (1841-1925) est de ceux-là. Nous connaissons tous son avion en forme de chauve-souris, exposé au Musée de l’air et de l’espace du Bourget. Mais ce qui lui a valu sa renommée il y a plus d’un siècle, ainsi que sa fortune, est le premier instrument de diffusion de musique en stéréo : le « théâtrophone ».

En matière d’innovation, M. Ader n’en est pas à son coup d’essai. Il se lance tour à tour dans la production de vélos, dépose un brevet pour une machine à relever des rails, pose le premier câble sous-marin et améliore le téléphone de Bell. Il déposera 74 brevets sur cet appareil. En 1880, il participe à la création de la Société générale des téléphones, premier réseau téléphonique privé de la capitale.

Mais en 1881, il réalise un coup de maître. En installant des micros à l’Opéra Garnier de chaque côté de la boîte du souffleur, il restitue le son en stéréo en un autre lieu, laissant l’illusion à l’auditeur de l’époque de se trouver dans la salle, qui plus est aux meilleures places. Cette invention préfigure la stéréophonie.

A en croire André Lange, de l’Observatoire européen de l’audiovisuel, cet appareil qui sera baptisé huit ans plus tard « théâtrophone », emballe immédiatement le public. Enthousiaste, Victor Hugo écrit en 1881 : « On se met aux oreilles deux couvre-oreilles qui correspondent avec le mur, et l’on entend la représentation de l’Opéra, on change de couvre-oreilles et l’on entend le Théâtre-Français (…), on change encore et l’on entend l’Opéra-Comique. »

L’invention est commercialisée en 1889 par la Compagnie du théâtrophone. C’est une sorte de juke-box avant l’heure, dans lequel on introduit 50 centimes pour écouter un air pendant cinq minutes. Les théâtrophones sont dès lors installés dans les cafés, les théâtres et par la suite chez les particuliers. Parmi eux on trouve Marcel Proust qui, pour un abonnement de 60 francs par mois, l’équivalent de 3 napoléons, jubile lors d’une représentation de Pelléas et Mélisande, de Debussy. Cette nouvelle technologie s’exporte vers la Belgique, le Portugal ou la Suède. Le système, promis à un avenir radieux, reste néanmoins archaïque, les fils se multiplient dans les lieux de spectacle. Jean Cocteau, sur un ton goguenard, qualifie d’ailleurs le théâtrophone de « pieuvre acoustique ».

Toutefois, les problèmes juridiques autour des droits de diffusion commencent à poindre. Giuseppe Verdi porte plainte auprès du tribunal de Bruxelles après avoir entendu une de ses œuvres sur un théâtrophone. Il obtient gain de cause en 1899. Cette décision fera date dans la jurisprudence sur les droits d’auteur. Malgré cela, les royalties permettent à M. Ader de se constituer un joli magot. Il peut dès lors s’atteler à la recherche qui lui tient à cœur : l’aviation.

L’arrivée de la radio et du phonographe sonne le glas de l’aventure du théâtrophone en 1932. De multiples expériences de diffusion musicale en stéréo se heurtent à des problèmes techniques qui semblent à chaque fois insurmontables, jusqu’aux premiers disques en stéréo, en 1958. Aujourd’hui, avec le numérique, on peut de nouveau écouter de la musique à l’aide de son téléphone. Finalement, l’iPod n’est qu’un « théâtrophone » sans fil !

Auteur : Jacques-Marie Vaslin est maître de conférences à l’Institut d’administration des entreprises d’Amiens.

Source : www.lemonde.fr

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