Avec France-Inter, la chronique de Bernard Maris journaliste et écrivain. Alors que l’exposition universelle va débuter dans quelques jours, retour sur la Chine et le problème économique majeur qu’elle pose : la copie.
Après avoir éduqué le monde, la Chine doit elle le copier ?
La Chine a apporté les plus grandes inventions à la civilisation, l’imprimerie, le papier, la poudre, la boussole, l’horloge, le gouvernail etc etc et voilà qu’aujourd’hui elle copie sans vergogne les produits occidentaux, ce qui les irrite beaucoup, et irrite en particulier les Américains. Par exemple, l’i-pad d’Apple est déjà commercialisé en copie dans certains grands magasins chinois. Vous direz ce n’est pas très fair play, mais en même temps c’est de bonne guerre économique. L’histoire du capitalisme n’est faite que de copies et de contrefaçons, les premiers à avoir copié les européens étant bien entendu les américains, tout au long du XIX° siècle même si quelques inventions furent à l’origine américaines. Ensuite, après la 2ème guerre mondiale les Européens ont copié les Américains, puis les Japonais, et aujourd’hui c’est au tour des Chinois.
Qu’y faire ?
En principe, il existe un office européen des brevets et un office mondial de la propriété intellectuelle auprès de qui on peut porter plainte. Et puis il y a les tribunaux chinois, mais il ne faut pas trop compter sur le droit chinois. C’est même l’absence de droit qui gêne souvent les industriels. Selon la chambre américaine de commerce en Chine, les angoisses les plus fréquemment invoquées par les producteurs sont les incertitudes du droit et les discriminations, c’est-à-dire le fait que l’accès aux marché chinois soit compliqué et que les entreprises chinoises soient systématiquement favorisées par rapport aux entreprises étrangères. En fait, la Chine pratique un protectionnisme intelligent et sélectif : elle est libérale quand elle est la plus forte, et protectionniste quand elle est plus faible, pour laisser à ses propres industries le temps de grandir, grossir et devenir compétitives. Ce que ne peuvent pas faire les entreprises européennes. La Commission européenne qui baigne dans le dogmatisme le plus épais, considère que le libéralisme fait toujours du bien à l’économie. Il faut laisser les entreprises en concurrence, ça les fortifie. C’est un peu comme si vous disiez qu’il faut laisser le renard entrer dans le poulailler, car cela provoquera par la sélection naturelle la survie des meilleures poules. Sauf que les meilleurs poules finissent aussi par être mangées par le renard. Pour en revenir à la Chine, sa politique monétaire, très astucieuse, lui permet de maintenir ses exportations à un prix abordable. Il faut noter que les entreprises américaines ne se plaignent pas vraiment de la faiblesse du yuan. Beaucoup d’entreprise américaines sont importatrices de produits chinois, les Américains consomment chinois, et ils n’ont pas intérêt à payer trop cher ce qui vient de Chine.
Il est donc pratiquement impossible d’éviter la copie, il faut faire avec : les commerçants sont des passeurs. Ce sont les marchands arabes qui ont fait passer le zéro venu de l’Inde en Europe, et avec le commerce passent les marchandises, les idées et les techniques. C’est ce que certains économistes appellent la « pollinisation » : une manière de faire fructifier la richesse du monde.
Auteur : Bernard Maris – France Inter
Source : www.marianne2.fr
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